18 juillet 2011

La mort de Captain Marvel

Réédition ce mois du premier Graphic Novel de Marvel : La mort de Captain Marvel. L'agonie vaut-elle encore le coup d'être vécue ?

En 1982, la Maison des Idées sort son premier roman graphique, consacré en fait à la fin de Captain Marvel, bien connu des amateurs de sagas cosmiques. L'on aura par la suite l'occasion de suivre les aventures de son fils, Genis-Vell, et même de le revoir pendant Secret Invasion (cf Marvel Universe #13). Sa fin, scénarisée et dessinée par Jim Starlin, restera néanmoins dans les mémoires comme un évènement important, notamment parce qu'il ne succombe pas à un combat contre un ennemi de plus mais parce qu'il tombe gravement malade, comme le premier civil venu.
Voyons déjà ce que Panini a réuni dans ce Best Of. Outre le Graphic Novel en question, l'on retrouve les Captain Marvel #29 et #34, ainsi que les Marvel Spotlight #1 et #2.
Là, deux façons de considérer le truc. Soit on se penche sur ces épisodes en les considérant comme des reliques vintage intouchables, auquel cas il n'y a pas vraiment besoin de les chroniquer, autant aller faire une messe à l'église du coin, soit on porte un regard actuel sur l'ouvrage et on fait le bilan de ce qui a tenu le choc après presque trente ans. Ici, l'on va opter pour la deuxième solution.

Le matériel a vieilli, et pas toujours bien, c'est évident. Narration, dessins, colorisation, tout est terriblement vieillot, le pire étant sans doute la colorisation dont les teintes criardes donnent envie de gerber au bout de quatre pages. Les deux Spotlight n'ont pas beaucoup d'intérêt, les deux épisodes de la série Captain Marvel permettent par contre d'introduire efficacement le personnage. Le premier nous montre la manière dont il obtient sa fameuse conscience cosmique, dans un gros trip métaphysique mâtiné de mythologie et d'une morale aussi simpliste que désarmante.
Le second nous dévoile une ancienne confrontation entre Mar-Vell et Nitro. Rappelez-vous, il s'agit du fameux type capable de faire exploser tout ou partie de son corps. Un sympathique personnage qui sera d'ailleurs bien plus tard à l'origine des évènements de Stamford qui mèneront à la guerre civile entre les héros.
Voilà pour la partie introduction, l'on attaque maintenant le plat principal.

Mar-Vell revient sur son passé, ses proches se lamentent ou tentent de lui venir en aide, bref, du prévisible, souvent maladroit, mais Starlin parvient tout de même à plusieurs reprises à faire naître une émotion véritable, souvent d'ailleurs lors de planches ou cases silencieuses. Voir Eros verser sa petite larme ou Elysius étreindre Mar-Vell conserve un potentiel émotionnel indéniable, sans doute parce que la souffrance et les larmes, malheureusement, ne prennent jamais de rides.
Le final est assez bouleversant également, et très bien pensé, puisqu'il offre tout de même une vision optimiste de la mort, qui devient un passage plus qu'une fin en soi. Thanos tient d'ailleurs dans cette partie un rôle ambigu des plus intéressants.
Le bilan est donc contrasté. Si du point de vue de l'écriture, l'ensemble est très daté, Starlin impose une vision particulièrement adulte du personnage et parvient encore à avoir un impact sur le lecteur lors de certaines scènes poignantes. Contrairement à ce que Panini prétend sur la quatrième de couverture, nous sommes loin d'une "saga fondamentale jamais égalée à ce jour", mais le coup d'oeil reste instructif et agréablement nostalgique.
Notons que la traduction comporte quelques fautes et maladresses.

Une mort à la réputation quelque peu surfaite.