20 février 2009

Les Héros de l'Age d'Or sont de retour !

De très anciennes figures, oubliées de tous, reviennent dans la première partie de la série The Twelve, une saga qui méritait amplement une VF aujourd'hui disponible en 100% Marvel.

Berlin. 25 avril 1945. Ils sont douze. Douze Masques participant à l'assaut final contre l'Allemagne nazie, à l'agonie. Ils ne forment pas vraiment une équipe, certains se connaissent, sans plus. Mais ils ont un point commun. Tous vont tomber aux mains des SS qui voient, dans ces surhommes, le moyen de réaliser le dernier rêve du Reich. Mais rien ne se passera comme prévu et les douze héros, cryogénisés, vont rester enfermés sous terre pendant plus de 60 longues années.
Le retour aux Etats-Unis, en 2008, est un choc incroyable. Le pays qu'ils avaient quitté a profondément évolué. Leurs proches ne sont plus. Même la morale a changé. Ce sont douze hommes seuls. Sans avenir. Issus d'un monde où le Bien et le Mal étaient clairement identifiés. Une aubaine pour un gouvernement qui se remet à peine de la guerre civile entre les héros modernes...

Voilà donc une bande de héros improbables, et plutôt kitsch, issus du Golden Age, une époque où les nouveaux encapés étaient légion mais n'étaient pas tous - et c'est peu de le dire - assurés de faire une grande carrière en kiosque. Le principe de cette série est simple et efficace, il consiste à prendre ces anciennes figures tel quel afin de les confronter au monde d'aujourd'hui.
L'on retrouve ici du grand J.M. Straczynski, celui qui était si inspiré sur les premiers Supreme Power par exemple ou sur Amazing Spider-Man. Les protagonistes, bien que nombreux et peu (ou pas du tout) connus sont vite campés, avec leurs failles et un côté à la fois désuet mais terriblement humain. Car la série aurait pu flirter avec la comédie, en jouant sur les anachronismes vivants que sont ces fameux Twelve, mais Straczynski a résolument décidé de basculer du côté du drame. Certains sont rattrapés par leurs crimes passés, d'autres doivent faire face à la perte de proches (parfois tués dans des pays, comme le Vietnam, dont ils ignoraient jusqu'à l'existence), tous ont leurs petites lâchetés et leurs petits moment d'héroïsme. Un héroïsme âpre, fait de sacrifice et de douleur, et teinté de plus de réalisme que ce à quoi l'on pouvait s'attendre. C'est en effet la force de cette série : prendre ce qu'il y a de plus ridicule (ou ce qui a mal vieilli) chez les super-héros et transformer cette faiblesse en force ou, au moins, en réflexion non dénuée d'émotion.

Les dessins sont signés Chris Weston qui parvient aisément à donner une identité forte à chaque héros. Dynamic Man, Master Mind Excello, Rockman, Captain Wonder, Blue Blade, Laughing Mask ou le Reporter Fantôme évoluent visuellement entre le ridicule et une certaine classe (pour certains seulement) à l'ancienne. Plusieurs scènes sont de purs moments d'anthologie, comme les deux manières de raconter, en flashback, les origines de Rockman (telles qu'il les imagine et telles qu'elles sont en réalité), ou encore ce moment, poignant, ou Captain Wonder est écroulé, fou de douleur, sur la tombe de sa femme, s'accrochant désespérément à une pierre tombale devenue la seule émanation concrète de son ancienne vie.
Ce qui est proposé ici par les auteurs va bien plus loin qu'une sorte de réactualisation de noms tombés dans l'oubli. Ils nous invitent à une réflexion sur la place de l'homme dans la société, sur le changement et l'évolution des moeurs, sur ce qui ne changera jamais aussi... sur le futile et l'essentiel, bref, à travers deux époques bien distinctes, c'est d'intemporalité qu'il s'agit réellement. Les lasers et les monstres mécaniques ont laissé la place à ce qui touche à l'universel ; l'ambition, la nostalgie, la culpabilité, l'amour, la peur... un peu de nous avec les costumes moulants en plus, histoire de ne pas trop grimacer en voyant nos exacts reflets dans les planches.

Le comic dans ce qu'il a de plus séduisant : alliance d'intelligence, de sensibilité et de divertissement. Une parfaite réussite.

"Un héros est un homme que la terreur affole. Il sait que s'il avance sur le champ de bataille, il se fera tuer. Il tremble, la voix lui manque quand il entend tonner le canon et siffler les balles, quand il entend les cris des blessés. Il voudrait posséder le pouvoir, s'envoler pour échapper à la mort toute proche. Mais ce n'est pas le cas. La fuite est impossible. Alors, malgré la peur, il rassemble son courage et entre dans la mêlée pour tenter de sauver la vie de ceux qui l'accompagnent. Sachant qu'il en mourra probablement.
C'est ainsi que mon père est mort, pendant la guerre de 1914, parmi des dizaines de milliers d'autres.
Lui était un héros. Mon héros".
Richard Jones, sous la plume de J.M. Straczynski.