18 février 2009

Premier bilan sur le Spider-Man post OMD

Un récent sondage et un nombre suffisant d'épisodes d'Amazing Spider-Man permettent de dresser un premier bilan sur les changements radicaux intervenus récemment dans la vie du Tisseur.

Quesada m'a tueR...
C'est avec le numéro #100 du mensuel Spider-Man que tout commence en France. One More Day va mettre fin à plus de 40 années d'évolution - légère mais réelle - du personnage. L'idée autant que la manière de la mettre en oeuvre vont faire couler de l'encre et susciter quelques débats, notamment sur le Net, pourtant, il faut s'y résoudre, Peter Parker vient de faire un bond dans le passé, jusqu'en 1962 pour être précis.
Avec Brand New Day, c'est donc un Spidey "des origines" qui est remis sur le devant de la scène. L'on revient de manière brutale aux fondamentaux : Parker est célibataire, sans le sou, il vit chez sa tante, retrouve ses copains de fac, son identité redevient secrète et, accessoirement, une partie de ses pouvoirs est annulée sans plus d'explication.
Exit donc le Spider-Man sombre et tourmenté de l'après Civil War, la vie de fugitif n'aura duré qu'un temps pour les Parker. Balayées aussi les relations tissées au fil du temps avec un grand nombre de personnages (personne ne se souvenant plus qui est véritablement Spider-Man). Au diable les évolutions, pourtant mineures, liées à The Other (aucun scénariste n'ayant réellement exploité de toute façon les nouvelles capacités dont le Tisseur bénéficiait à la fin de cet arc). Pete est un grand teen-ager qui approche de... la trentaine !

Face it Tiger, you just miss the jackpot !
Depuis le grand chambardement, nous avons eu droit à seize épisodes de Amazing Spider-Man (en VF s'entend). La série paraissant trois fois par mois aux Etats-Unis, ce sont quatre scénaristes qui sont maintenant chargés de son écriture. Dan Slott, Bob Gale, Marc Guggenheim et Zeb Wells étant tous passés aux commandes, l'on a aujourd'hui une vision un peu plus claire de ce que réserve Marvel à son personnage le plus populaire.
Tout d'abord, avouons-le, les histoires sont plutôt bonnes et agréables à suivre. Et, contrairement à la catastrophe industrielle engendrée par la mythique Saga du Clone, l'opération a été propre, nette, rapide... mais pas sans douleur. Le but avoué est de redonner une certaine fraîcheur au Monte-en-L'air. De retrouver l'esprit des débuts. Les auteurs y sont d'ailleurs parvenus : nouveaux vilains, habile mélange de vie professionnelle, de flirts et d'aventures, castagnes et vannes, tout y est. Seulement, quel besoin y avait-il de rajeunir un personnage intéressant alors que sa version ado existe déjà ? Car, qu'est-ce d'autre que Ultimate Spider-Man si ce n'est un Spidey originel modernisé ? Mais ce n'était pas suffisant pour Quesada qui, on le savait, voyait d'un mauvais oeil depuis toujours le mariage du héros. Seulement, ici, en le faisant "divorcer" à la dure, ce sont les plus intéressantes expériences de Parker qui s'envolent avec sa femme (et je ne parle pas de ce qu'ils pouvaient faire au lit).
Dans des interviews récentes, Quesada tente de calmer les lecteurs en expliquant qu'aucune atteinte n'a été portée à la continuité et que toutes les histoires précédentes ont bien eu lieu. Certes, techniquement, il n'a pas tort, mais c'est là une bien piètre consolation. A quoi sert l'existence bien réelle de ces évènements si leurs conséquences sont désormais nulles ? (une réflexion sur ces fameuses conséquences - ou leur absence - avait été entamée ici)

Le mystère de la tante maudite
Il semble que je ne sois pas le seul à avoir du mal à digérer la régression du personnage. Suite à un sondage effectué sur ce blog pendant une semaine, 219 personnes se sont exprimées sur le sujet. 55 % désapprouvent la ligne éditoriale actuelle et seulement 25 % se déclarent satisfaites. Sans vouloir trop extrapoler, peut-être que parmi ces derniers figurent des lecteurs arrivés récemment sur la série et qui, du coup, se trouvent moins embarrassés par le charcutage de la psychologie du personnage.
En effet, on a beau chercher, il est dur de trouver plus benêt. Le type est fou amoureux d'un top model qui le lui rend bien mais il préfère sauver sa tante (à l'article de la mort depuis des décennies) plutôt que sa femme. A ce niveau là, ce n'est plus avoir le sens des responsabilités, c'est du sado-masochisme. Il faut dire que la fameuse tantine se révèle increvable. Même à l'époque de son mariage, Peter l'a d'ailleurs traînée partout avec lui, jusque dans la tour des Vengeurs lorsque lui et sa femme y ont habité. C'est à cette occasion que la très en forme May Parker aura une aventure avec Jarvis (ces épisodes ayant été élus meilleure romance de la décennie par les magazines "Vivre pleinement sa retraite" et "La sexualité du quatrième âge").
Mais revenons à nos araignées. Les scénaristes ne sont pas dupes et se moquent même parfois de l'"effet Méphisto". Dans le Spider-Man de ce mois, Slott ironise même sur la situation (cf scène #62 du Bêtisier). Mais alors que les moqueries sur les anciens costumes ou les changements de pseudos peuvent passer pour une autodérision bienvenue, il est difficile de ne pas voir ici une sorte de tentative désespérée pour dédramatiser la grogne, pleinement justifiée, des fans.

Etes-vous satisfait de l'évolution actuelle de Spider-Man ?

Le Diable plutôt que le Divorce ?
Puisque ce qui gênait essentiellement Quesada était le mariage de Peter (ce qui aurait fait vieillir, selon lui, "prématurément" le personnage), pourquoi ne pas simplement l'avoir fait divorcer ? Certains vont me répondre qu'aux Etats-Unis, et notamment chez Marvel, il existent des valeurs auxquelles l'on ne saurait toucher. Un divorce, pensez donc ! Il convient néanmoins de tempérer ce point de vue. La Maison des Idées a prouvé à maintes reprises qu'elle était suffisamment ouverte pour briser bien des tabous. Plusieurs de ses personnages, masculins et féminins, affichent ouvertement leur homosexualité par exemple (et même dans des séries dont les protagonistes sont très jeunes, comme les Young Avengers ou les Runaways). D'un point de vue moins social et plus politique, l'après 11 septembre n'a pas empêché une tempérance immédiate (Straczynski écrivant alors, au lendemain du plus tragique attentat de l'Histoire occidentale, un plaidoyer (retranscris ici) à l'humanisme bouleversant) et des condamnations (pas toujours justifiées d'ailleurs) des actions militaires US. Pour un éditeur mainstream accusé parfois (et pas toujours par les plus érudits) de tiédeur et de conformisme, ce n'est tout de même pas mal.
Mais bon, pas de divorce malgré tout. A la place, un pacte avec Méphisto a scellé l'avenir de Peter et Mary Jane. Non seulement parce que cela permettait de se débarrasser d'une épouse jugée - par certains - encombrante (mais quelle femme ne l'est pas à la longue ? (je plaisante !!)) mais aussi parce que la magie infernale pouvait également faire table rase d'un passé pas forcément bien assumé (la toile organique ou le statut de hors-la-loi faisant partie du "package" à jeter à l'eau).

Une toile vide...
Je ne vais pas jouer les hystériques en brûlant mes Spider-Man et en pratiquant du vaudou sur un certain Joe Q. Quoi qu'il arrive, je continuerai à lire la (ou "les" suivant les époques) série du Tisseur. J'aime bien ce type. Il m'énerve mais je l'aime bien quand même. Mais, le plaisir n'est plus le même. Avec The Other puis Civil War, pour ne parler que des sagas récentes, Peter avait traversé des épreuves difficiles, du genre qui laissent des traces, non seulement sur sa personnalité mais aussi dans nos mémoires. Tirer un trait sur tout cela me laisse un goût amer. La toile est toujours là mais l'araignée n'est plus la même. Et sacrifier les souvenirs des plus anciens pour un mythique nouveau lectorat n'est pas une démarche très élégante. Ni très futée. C'est là une logique de chef d'entreprise, certes, mais de chef d'entreprise qui se trompe et qui oublie que, ce qui fait vendre sur le long terme, c'est la vision artistique... pas les bricolages à deux balles.
Ceci dit, nous serons sans doute nombreux à ne pas abandonner l'Araignée. Même si Quesada nous tisse à la raie.