16 mars 2011

Le Frisson : crimes et légendes celtiques

La nouvelle collection de Delcourt, Dark Night, a été inaugurée voici quelques jours. Voyons si Le Frisson, première oeuvre à sortir sous ce label, est digne du polar bien noir que l'on nous promet.

La police de New York est sur les dents, un tueur en série particulièrement sadique vient en effet de frapper, rappelant à certains la psychose générée dans les années 70 par le célèbre Son of Sam. Une première victime est découverte décapitée, une autre est démembrée. Leur point commun ? Ces hommes ont été vus au bras d'une magnifique jeune femme. Malheureusement, tous les témoins en donnent une description différente. Pour certains, il s'agissait d'une très mignonne asiatique, d'autres ont cru voir une éblouissante blonde aux allures de top model ou même une motarde sexy pleine de tatouages.
Un seul homme semble savoir de quoi il retourne. Il s'agit de Martin Cleary, un ex flic qui est convaincu que les assassinats sont des sacrifices rituels issus de la tradition druidique irlandaise. Pire encore, il affirme avoir échappé de peu, lui-même, à cette fille qui glace ses amants avant de les livrer à son tueur de père.
Evidemment, personne ne peut le prendre au sérieux. Cleary va tenter d'en savoir plus pour mettre un terme au carnage, mais il se met ainsi en danger, d'autant que le FBI commence à le soupçonner d'être lui-même l'auteur des crimes...

Nouveau label, au nom assez explicite, pour Delcourt qui souhaite ainsi offrir une sélection des meilleurs polars américains. Le principe est alléchant. Cette première histoire, publiée aux Etats-Unis par DC sous son label Vertigo Crime, est écrite par Jason Starr, un romancier qui fait ici ses débuts dans la bande dessinée, et illustrée par Mick Bertilorenzi.
Graphiquement, un style pas dégueulasse du tout, en noir et blanc, permet de coller assez bien à l'ambiance attendue, c'est à dire quelque chose d'assez sombre et inquiétant. Par contre, c'est du côté de l'intrigue que l'on va avoir la plus grosse surprise. En effet, il s'agit ici tout simplement d'un récit fantastique plus que d'un polar. Bien sûr il y a des meurtres, du sexe, des flics (valorisés par des dialogues adéquats), mais l'irruption, dès les premières pages, d'un surnaturel de bazar conduit très vite à ne plus prendre les fameux tueurs en série au sérieux. Même si l'idée d'exploiter les légendes celtiques pouvait se révéler intéressante, il faudra se montrer bien complaisant pour éprouver de l'intérêt - ou pire de l'inquiétude - face à ce druide centenaire et invisible qui se balade avec sa lance et dont la fille congèle tout ce qui lui tombe sous la jupe. L'on ne peut même pas compter sur le suspens puisque tout est expliqué au lecteur dès le début. A la limite, l'utilisation de vieilles croyances, sans ajout d'un paranormal frisant le ridicule et très mal employé, aurait constitué un meilleur choix.
Bref, une réelle déception, d'autant que l'on sent que l'auteur semble loin d'être un manchot. Reste à espérer que les futurs titres colleront mieux au concept de départ.

Une dark night qui fait pschitt et tourne à la fantasy light.