21 mars 2011

Walking Dead : perte/prise de contrôle

Le treizième tome de Walking Dead lève le voile sur les mystères qui entouraient la petite communauté d'Alexandria.

Rick et ses compagnons reviennent peu à peu à une vie en apparence normale. Ils emménagent dans de nouvelles maisons, tentent de se rendre utiles et Carl va même à l'école.
Pourtant, la confiance est encore loin d'être totale entre les nouveaux arrivants et la communauté. Rick, qui est devenu le shérif de cet havre de paix, soupçonne l'un des habitants de se montrer violent envers sa femme et son fils. Ce qui pourrait n'être qu'une enquête de routine dans des circonstances normales risque à tout moment de déraper, d'autant que Rick, prudent, a enfreint l'une des règles de la communauté en se constituant un petit stock de flingues prélevés discrètement dans l'armurerie.
Un nouveau shérif est en ville, mais ce shérif là est bien décidé à imposer sa propre loi. Coûte que coûte.

Nouveau recueil donc, regroupant cette fois les épisode #73 à #78 de la série. Sans aller jusqu'à porter un regard totalement négatif sur ce nouvel opus, il est juste de signaler que c'est sans doute le plus faible de ceux actuellement parus. Le scénario de Robert Kirkman se révèle ici un peu léger, l'auteur expédiant rapidement les diverses intrigues qu'il avait mises en place dans le volume précédent. Les cliffhangers sont moins nombreux, voire absents, et même le final, bien que laissant supposer de futurs rebondissements, s'avère bien gentillet en comparaison des chocs que l'on a connus jusqu'ici.
Même les dessins de Charlie Adlard sont en dessous de la norme habituelle, avec certains gros plans (notamment de visages) franchement ratés et une mise en scène un peu plate. L'on ne peut encore réellement parler de déception mais sans doute certainement d'une petite baisse de régime (bien excusable après plus de 1700 planches). Si le tome #12 était plus calme mais conservait une ambiance lourde et paranoïaque, celui-ci peine à maintenir la tension à laquelle Kirkman nous avait habitué. Reste à voir quelle direction la série va maintenant prendre. Difficile de refaire le coup du Gouverneur ou de laisser la routine s'installer, l'idéal serait donc d'explorer de nouvelles pistes, les possibilités en tout cas ne manquent pas (flashback sur les débuts de l'épidémie, explications sur son origine, excursion hors des Etats-Unis, intervention de l'armée ou d'un nouveau gouvernement...) et devraient permettre de relancer la machine.


Le Coin des Spoilers
C'est ici que l'on entre dans les détails.
La faiblesse de ce tome tient en grande partie à la façon dont sont résolues les incertitudes qui planaient sur la communauté. Le fameux oeil au beurre noir du gosse provient en fait simplement d'un père violent (on s'attendait à quelque chose de bien plus sulfureux), le cas Davidson, qui paraissait faire frémir tout le monde d'épouvante, s'avère également bien gentillet : il utilisait sa position de chef pour s'attirer des faveurs sexuelles, ce qui est certes condamnable mais presque rien en comparaison de la folie du Gouverneur ou des pratiques des Chasseurs.
Même le coup des armes se règle très (trop ?) facilement. Tout comme la prise de pouvoir de Rick et Abraham. Si l'on peut comprendre que les habitants d'Alexandria aient besoin, en ces temps incertains, de leaders forts et courageux, Monroe baisse les bras et abandonne son rôle un peu rapidement. Du coup, le dilemme qui semblait se dessiner dans le tome précédent ("faut-il employer la force contre des innocents afin de garantir notre propre sécurité ?") est esquivé. Le cas de Pete (le père violent) est assez mal exploité également, son élimination étant finalement approuvée et facilitée par ses agissements. La menace qu'il aurait pu faire peser est donc elle aussi écartée et sa neutralisation ne soulève même pas débat.
La seule petite subtilité qui surnage du récit est finalement la gestion de la perte de contrôle de Rick (lorsqu'il va mettre une raclée à Pete), qui lui permettra (par hasard, tout comme sa décision de poster un sniper au cas où) d'apparaître comme le leader idéal, poste qu'il déteste mais semble lui être destiné. La prise de contrôle de la communauté découlera donc d'un simple pétage de plomb.
Au final, c'est presque une promenade de santé pour Rick, Michonne et les autres, habitués à tomber d'horreurs en horreurs. Peut-être s'agit-il aussi d'une manière de nous endormir un peu en attendant le prochain coup de théâtre, après tout, Kirkman a prouvé qu'il savait mener sa barque, et si ce n'est pas le cas, on lui pardonnera facilement ce passage moins palpitant. Il en faudra plus de toute façon avant que le titre ne commence à perdre de son intérêt.



Chroniques précédentes sur la série :

12 commentaires:

Geoffrey a dit…

13 est un chiffre maudit...ça ira mieux au 14 ^^

Dust (Taleb Hichem) a dit…

Un petit bémol concernant le bonus du #75 (numéro anniversaire) qu'on ne retrouve pas en France, je pense que dans le TPB américain c'est pareil mais j'aurais aimé savoir de quoi il s'agit (une histoire humoristique en couleur).

Neault a dit…

@Dust : Il s'agit de sept planches que l'on peut lire de différentes manières. En fait, quand Michonne frappe Rick (après qu'il ait dégainé son arme, à la fin de l'altercation avec Pete), il existe une version alternative des évènements dans laquelle Rick disparaît sous les yeux de ses compagnons.

Du coup, ce qui suit peut être interprété comme un cauchemar ou un what if déjanté. ;o)
Quand Rick se réveille du coma (généré par le coup de Michonne), le monde entier est envahi par des aliens. Ceux-ci sont à l'origine de l'épidémie de zombies et en veulent surtout aux réserves d'eau de la terre. C'est notamment l'occasion de revoir des personnages décédés revenir de manière assez drôle et décalée (notamment le Gouverneur, avec une Lori très sexy à ses pieds).

C'est vrai que la présence du bonus dans la VF aurait été sympa.

fenriss a dit…

Alors je suis à la fois d'accords et pas d'accords avec toi. D'accords car effectivement ce tome 13 m'a déçut, même la "réalisation" m'a parut en deçà de d'habitude.

Pas d'accords parce que je m'attendais à l'explication de l'oeil au beurre noire et qu'elle à un intérêt majeur.
1) Nous montrer à quel point Rick (et nous pauvres lecteurs) est tellement plongé dans l'horreur qu'il pense tout de suite au pire à cause d'un simple oeil au beurre noire( ce qui renforce à mes yeux le fait qu'il a pété les plombs)
2) La vie normale reprend son cours, on peut enfin s'intéresser à des sujets "plus futile". Est-ce que Rick aurait eu le temps de s'occuper d'un père qui frappe son fils en dehors de la protection de ces murs?

Après effectivement, Kirckman a un peu trop fait monter la sauce autour du mystère de la communauté pour pas grand chose, mais peut-être pour mieux nous surprendre plus tard.
Le vrai problème de ce tome, c'est que tout y semble bâclé et réglé à la va vite.

SPOIL:
Il y a tout de même une image que je trouve particulièrement forte, le fait que le coup de feu qui tue Pete va interpeller les zombies, et c'est probablement ce premier coup de feu qui va causer la perte de la ville. Une image un peu naive mais qui me plaît bien.

Neault a dit…

@fenriss : "Nous montrer à quel point Rick (et nous pauvres lecteurs) est tellement plongé dans l'horreur qu'il pense tout de suite au pire à cause d'un simple oeil au beurre noire( ce qui renforce à mes yeux le fait qu'il a pété les plombs)"

--> C'est vrai que cela montre bien à quel point la manière d'aborder les autres a changé à cause de la situation, je suis d'accord.
Par contre, Rick n'a pas tant pété les plombs que ça au final. Certes il pète la gueule au type, ce qui n'est pas spécialement une bonne chose, surtout dans sa nouvelle fonction au sien de la communauté, mais, d'un autre côté, il reste très lucide. Comme l'a souligné Monroe, il n'utilise pas son arme alors qu'il est à bout nerveusement et passe à travers une vitre. Il fait donc preuve en fait d'un self-control assez étonnant si l'on y réfléchit bien.

Après, bien sûr, il est aussi un peu à la dérive et fait preuve de maladresses, autant envers son fils que d'autres, comme Monroe.
Par contre, je n'ai pas réellement saisi les motivations de Michonne. Elle a l'air de réagir de manière assez extrême elle aussi, frappant Rick puis le rabrouant durement alors qu'il lui dit simplement qu'il va faire un somme.
Bref, il n'est pas le seul à avoir un comportement altéré par la situation.

Finalement, malgré le côté "mou" de ces épisodes, on trouve quand même à débattre sur ce qui s'y passe, c'est bon signe ! ;o)

patrick a dit…

Marre d'entendre parler partout de cete série!Les zombies ça me soulent, et pire que tout c'est en noir et blanc! Je préféere largement invincible du même auteur.

jean a dit…

Concernant la back-up bonus du #75, elle sera disponible dans le prochain numéro des Chroniques de Spawn.

Maneu a dit…

Je n'ai pas trouvé ce numéro en dessous des précédents.
Je suis convaincu que Kirkman cherche à installer une sorte de calme avant la tempête.

En outre, l'innommable à répétition, ça peut devenir lassant.

A mon avis, le fait que chaque péripétie fasse finalement l'effet d'un pétard mouillé n'a pour autre but que de nous endormir. Et quand on sait enfilé les 12 tomes précédents, on sait que ça n'augure rien de bon.

- Spoil -

L'assaut des péquenauds aurait pu être bien plus dévastateur, mais cela n'aurait été qu'une redite de l'épisode de la prison.
J'ai été assez surpris de la rapidité avec laquelle la situation a été réglée, pour une fois...
Sachant que ça pue du cul quand même pour Rick et Cie, vu la horde qui va leur tomber sur le coin de la gueule.

J'ai bien aimé aussi le craquage de Rick. Le fait de le mettre de plus en plus à l'écart de ses compagnons, sur lesquels on avait tendance à se raccrocher, est une bonne idée. Même son fiston le rejette. Manquerait plus qu'il nous fasse une "Jack Torrance" ! "Little pigs, little pigs, let me come in ! " ;-D

Bref, je trouve que l'insécurité est instillée de manière toujours aussi subtile et je sens qu'ils vont pas tarder à s'en reprendre plein la tronche.

Matt Murdock a dit…

Je viens de le finir. A mon avis, la faiblesse de ce tome vient du fait que Kirkman ne présente rien de nouveau sous le soleil.
Il nous fait un résumé des thèmes qu'il a déjà exploité par le passé ("jusqu'où êtes vous prêt à aller pour survivre ?"), mais le tout condensé dans un seul tome. On est à deux doigts de tourner en rond.

Même pour le passage le plus borderline, celui de l'exécution par Rick du méchânt papa, Kirkman s'est arrangé pour enlever toute discussion quant au bien fondé de l'acte. L'auteur voulait montrer un acte ambigu, mais il n'a pas eu la volonté d'aller jusqu'au bout et a fait du père la pire des personnes qui soit pour que l'on ne se pose même pas la question sur le geste.

Ce que j'ai apprécié par contre, et comme l'a fait remarquer Fenriss et les autres, c'est que les coups de feux tirés par Rick en abattant Pete auront lourdes conséquences. Leurs actions finissent par avoir des conséquences. Même s'ils n'en sont pas encore conscients.

10n a dit…

Je trouve surtout dommage qu'on en profite pas pour approfondir encore la relation entre Rick et son fils. Jusqu'à maintenant elle a été plus survolé qu'autre chose, sans vraiment apporté un éclairage sur ce qui peut se passer dans la tête du fiston.


-Spoil-

Il a quand même tué 2 personnes, le second étant carrément un meurtre prémédité! Ajoutons à cela que sa mère et sa soeur à peine née sont mortes, je pense que le gosse à de quoi inquiéter!!

Tachyon a dit…

Mais moi il y a quelque chose qui m'intrigue.

Un des types de l'équipe de pourvoyeurs explique à Eugène que Douglas Monroe s'arrange pour garder les "belles nanas" près de lui et envoyer les "plus cons" au casse-pipe. On voit bien à son comportement envers Andrea dans les tomes précédents que ça pourrait être vrai.

Or Monroe accuse son ex ami décédé, Davidson, de ses méfaits là... C'est possible que sa magouille a fini par être découverte et qu'il est accuse Davidson à sa place pour s'en tirer.
Mais dans ce cas pourquoi accepter si facilement que Rick prenne sa place?

Je suis juste complètement parano ou vous pensez aussi qu'il y a quelque chose?^^

Neault a dit…

@Tachyon : tiens oui, je n'avais pas fait le rapprochement mais c'est vrai que Monroe a eu un comportement bizarre avec Andrea. Du coup, que Davidson ait le même genre d'attitude, ce serait une sacrée coïncidence.

Si ça se trouve, Monroe s'est arrangé pour éliminer un "concurrent", ou alors quelqu'un qui avait découvert son petit manège... mais alors comme tu dis, pourquoi laisser Rick prendre les commandes ?
Peut-être pour lui tendre le même piège qu'à Davidson !

Si on était dans Paranoïa, le JdR, par précaution, je buterais Monroe. ;o)