07 mars 2011

Tony Chu, Détective Cannibale

Retour ce mois du détective cibopathe dans le tome #2 de Tony Chu, intitulé Un Goût de Paradis.

L'agent Chu, membre de la Food and Drug Administration, est toujours aussi mal aimé par son supérieur qui, connaissant son étrange don (Tony est capable d'avoir des visions concernant ce qu'il ingurgite), l'envoie aider la police sur une enquête à propos de braqueurs qui n'ont laissé derrière eux comme seul indice qu'un... étron.
Heureusement, le co-équipier de Chu, remis de ses déboires précédents, lui évite d'avoir à goûter les déjections des malfaiteurs en se lançant dans une investigation "à l'ancienne". Celle-ci aboutit d'ailleurs à l'arrestation des auteurs du méfait mais aussi à la découverte d'un étrange fruit qui pourrait bien servir de substitution au poulet, toujours interdit depuis une terrible pandémie de grippe aviaire qui a causé la mort de plus d'une centaine de millions de personnes à travers le monde.
Tony Chu embarque alors pour l'île de Yamapalu, un endroit paradisiaque d'où le fameux fruit est originaire. Là-bas, entre la police locale corrompue, les malfrats du coin, une envoyée d'une agence concurrente et un vaste complot culinaire, le détective au palais sensible aura fort à faire.

Rappelez-vous, j'avais évoqué en janvier 2010 cette série, dont le titre VO est Chew et qui n'avait pas encore d'éditeur en France. Depuis, Delcourt en a obtenu les droits et c'est donc tout logiquement que nous raccrochons la VF pour ce deuxième tome fraîchement sorti.
L'équipe créative est la même, nous retrouvons John Layman au scénario et Rob Guillory au dessin. L'aspect graphique est toujours aussi agréable, avec des poses et silhouettes exagérées et cartoony qui renforcent l'aspect humoristique tout en rendant plus acceptables certaines scènes peu ragoûtantes. Au niveau de l'intrigue par contre, impossible de cacher une petite déception. Pourtant, tout commence on ne peut mieux avec le retour de l'équipier de Chu, ce qui donne lieu à quelques moments amusants, bien mis en valeur par une narration nerveuse et efficace. Malheureusement très vite (dès l'arrivée sur l'île en gros), le soufflé va retomber. Tout se complique sérieusement en partant un peu dans tous les sens : un poulet enlevé, des chefs du monde entier séquestrés par un gouverneur mégalo, l'intervention rapide de Lin Sae Woo, puis d'un vampire, bref, l'auteur fait dans le joyeusement embrouillé. Cela ne poserait sans doute pas de problème si le côté transgressif et drôle du premier opus n'était ici bien moins présent. L'on reste d'ailleurs un peu sur sa faim avec un tas de pistes, voire de personnages, qui demeurent embryonnaires. L'on ne sait pas grand-chose de plus sur le gallsaberry, la fille du Département de l'Agriculture fait un passage éclair, même la tendance de Colby à flirter avec les frontières de la légalité (ce qui est un euphémisme) n'est finalement que fort peu exploitée.

Attention, ne nous méprenons pas, la lecture de ce tome reste agréable et l'on y trouve de bonnes choses et même des moments sacrément étonnants (concernant le patron de Chu par exemple). Seulement voilà, après un début exceptionnel, cet arc apparaît finalement comme plus anecdotique, avec une baisse de régime qui, il faut le souhaiter, ne sera que temporaire. Le sujet reste toutefois suffisamment original et le personnage principal attachant pour que l'on ne se formalise pas de la présentation quelque peu décevante d'un plat qui reste largement au-dessus de certaines tambouilles malodorantes. C'est malheureusement injuste mais inévitable, le simplement "bon" paraît toujours un peu triste lorsqu'il succède à l'excellent.
L'ouvrage est complété par un petit carnet de croquis (commentés) de trois pages, ainsi qu'une bio humoristique des auteurs. L'on peut déplorer l'absence d'un bref résumé des évènements précédents.

Une légère perte de vitesse qui ne remet aucunement en question la qualité globale de la série et son immense potentiel.