23 mars 2011

Marvel Universe vs The Punisher

Une mini-série hors continuité met à l'honneur le Punisher dans le Marvel Universe hors série #9. Le post-ap fait-il encore recette ? Les romanciers sont-ils forcément de bons scénaristes ? On aborde tout de suite ces questions.

Suite à la propagation d'un terrible virus, le monde s'est écroulé. Les autorités n'ont rien pu faire, lorsque la contamination a été décelée, il était déjà trop tard. Les victimes deviennent rapidement des prédateurs primitifs, aux fonctions cérébrales limitées et versant dans le cannibalisme. Les super-héros ne font pas exception à la règle. Spider-Man le premier s'est mis à boulotter le Rhino devant un stade entier de spectateurs médusés...
Les rares survivants se cachent, les contaminés sont organisés en tribus se partageant les territoires de chasse. Et au milieu de tout cela, un homme. Frank Castle. Il est immunisé. Il a des flingues et des munitions. Il a un maximum de cibles potentielles.
Pour le Punisher, c'est presque une situation idéale.
Une rencontre avec un prêtre et un gamin va pourtant lui laisser le choix entre combattre pour tuer et se battre pour sauver ce qui peut encore l'être.

Voilà un récit orchestré par Jonathan Maberry au scénario et Goran Parlov au dessin. La partie graphique est plutôt convaincante, le créateur de Barracuda a de toute façon l'habitude de mettre en scène le Punisher aux côtés de Garth Ennis (cf Punisher #10, #12 ou #13 de la collection Max). Il livre ici des planches efficaces au style épuré. En vrac, l'on peut citer un magnifique Ben Grimm trônant sur un tas de crâne avec de jolies filles à ses pieds, dans une ambiance très "Conan", ou encore un Stark coincé dans une armure figée qui fait office de perchoir à pigeons (et de cible pour leurs crottes).
Niveau scénario, c'est un peu plus délicat. L'intrigue s'inspire vaguement de The Punisher kills the Marvel Universe (une mini-série présente dans l'Omnibus VF du Punisher) mais en y ajoutant une touche post-apocalyptique. L'auteur fait l'effort de ne pas nous remettre des zombies sur le tapis (le concept original, Marvel Zombies, étant lui-même déjà bien en perte de vitesse) bien que le résultat soit relativement identique si l'on excepte un peu de QI en plus et une certaine capacité à communiquer (on peut donc rapprocher l'ouvrage de la vague de zombies déjà évoquée ici). L'ami Deadpool fait (encore !) une fois partie de l'aventure, mais contrairement à sa prestation dans la revue lui étant dédiée (cf Deadpool #1), il est ici souvent bien plus drôle et mieux employé.
Mais, hormis ces détails peu importants, qu'en est-il réellement de l'intrigue ?

Eh bien elle laisse perplexe. Le final est plutôt bien vu et agréablement pessimiste mais le reste de ces épisodes ne brille pas par son originalité. Surtout, ce que l'on attendait, ce qui était même presque promis dans le titre, n'est pas au rendez-vous. Le Punisher ne s'attaque finalement qu'à quelques personnages, parfois d'ailleurs de manière très rapide, et l'on se demande comment les trois ou quatre adversaires qu'il affronte peuvent représenter le marvelverse.
Si Maberry passe donc à côté de cette partie fun et jubilatoire, il peine malheureusement également à donner de l'épaisseur et du goût à ce monde en ruine qu'il dépeint (l'auteur est pourtant romancier, créateur de pièces de théâtre et... professeur d'écriture). Les personnages secondaires, totalement lisses, ne sont que des serviteurs de l'intrigue (des outils d'auteur trop visibles, non "habillés" en quelque sorte) et non de véritables êtres, pensant, souffrant, dont le destin pourrait préoccuper le lecteur. Même le Punisher reste impassible devant la situation, sans qu'aucune nouvelle facette de sa personnalité ne soit réellement explorée.
Le bilan, sans être désastreux, n'est pas spécialement bon non plus. Et là, il faut en venir aux fondamentaux même de l'écriture. Une histoire doit apporter quelque chose au lecteur. Soit de l'émotion, basée en gros sur la forme, soit une réflexion, constituant le fond du récit. Si l'on peut allier les deux, c'est encore mieux. Ici, l'on n'a quasiment ni l'un ni l'autre. Trucider un personnage qui n'a pas été suffisamment bien installé, c'est comme écraser une mouche. On a beau vous expliquer que c'est un être vivant, que ça a son utilité, tout le monde s'en fout. Pour ce qui est des idées manipulées, malgré un cadre très permissif (fin du monde, histoire hors continuité), elles sont d'une pauvreté assez désolante et, surtout, flirtent dangereusement avec le déjà-vu ("le Punisher est intransigeant", "l'effondrement de la civilisation laisse libre cours aux pires pulsions"). C'est peut-être d'ailleurs parce que le genre post-apocalyptique est si souvent (et si bien parfois) exploré qu'il ne peut plus être considéré comme une bouffée d'air frais en soi. Faire table rase de notre société est devenu un lieu commun qu'il convient d'agrémenter un peu avec audace et originalité. Ce n'est pas le cas ici.

Des types qui ont faim. Un mec franchement balèze qui bute tout le monde.
La routine.