25 mai 2014

Débuter dans la lecture de Comics

L'anti-guide pour faire ses premiers pas dans le vaste monde des comics.

La question qui revient souvent lorsque l'on aborde les comics pour la première fois, c'est "mais au nom du ciel, par quoi commencer ?"
Or, si la question semble simple bien qu'emphatique, la réponse l'est beaucoup moins. Tentons tout de même de donner quelques clés pour bien commencer ce long mais passionnant parcours.
Tout d'abord, contrairement à ce que vous pourriez penser, c'est vous qui détenez une partie de la solution. Vous savez ce qui vous attire, ce dont vous avez envie, quel personnage vous semble le plus charismatique... rien de mieux donc que de feuilleter quelques ouvrages en librairie et de prendre ce dont vous avez envie, sans vous soucier, dans un premier temps, de la fameuse continuité. 
Vous avez trouvé un comic avec de jolis dessins et une intrigue qui vous semble alléchante ? Très bien, les difficultés commencent.

Les fameuses difficultés sont essentiellement liées au genre super-héroïque, qui a engendré des pratiques éditoriales particulières. Si vous n'aimez pas les justiciers masqués, rassurez-vous, les comics sont aussi variés que peuvent l'être les bandes dessinées européennes. Vous trouverez ainsi des polars, du western, de la SF, de la romance, de l'heroic fantasy et tout ce qui peut vous faire envie. Vous pouvez avoir un petit aperçu de ce qui existe avec cette sélection de récits. Ces derniers présentent souvent l'avantage d'avoir un début et une fin, au contraire des on-goings, ces séries régulières qui sont publiées à flux tendu depuis des décennies.

Mais bon, vous êtes une forte tête, ce sont les super-héros qui vous intéressent, et tant pis si c'est plus compliqué ! 
Deux grands univers dominent le marché : DC Comics, dont les séries sont publiées en France par Urban Comics, et Marvel, dont les titres sont édités par Panini. Là encore, ce sont vos goûts qui vous guideront vers l'un ou l'autre. Il est important, dans un premier temps, de ne pas se laisser abuser par le fameux relaunch, ce terme barbare servant bien souvent à simplement mettre un numéro #1 sur la tranche d'un livre plus qu'à vraiment rebooter l'univers de son personnage (surtout en France où les publications Marvel ont tendance à régulièrement revenir à un bien abusif #1).

En réalité, peu importe par quoi vous allez commencer, ce sera un peu compliqué au début. C'est d'ailleurs tout à fait normal, le marvelverse ou le DCU comptent des milliers de personnages, hantant de très nombreuses séries régulières, publiées depuis des dizaines d'années pour certaines. Vous ne pouvez donc pas, en quelques minutes, ni même quelques jours, prendre connaissance des évènements importants ou des relations qui se sont tissées au fil du temps entre les protagonistes.
Ce n'est pas grave du tout.
La continuité n'est pas ton ennemie, brave lecteur. Et pour t'en convaincre, je me propose de ressortir ma comparaison sur les relations amoureuses.
Lorsque vous rencontrez une jeune fille (ou un jeune homme, ou un homme ayant la quarantaine, ça a aussi son charme, sisi), vous ne connaissez rien d'elle. Ce n'est pas effrayant, vous faites connaissance. Admettons que vous tombiez amoureux et que vous finissiez par vivre avec cette personne. Au bout de quelques années, vous allez la connaître parfaitement. Vous saurez tout de ses goûts, son passé, son caractère, ses relations. Et pourtant, vous ne l'avez pas accompagnée pendant son enfance ou son adolescence.

Pour un personnage de comics, une tête d'affiche ayant parfois plusieurs séries mensuelles régulières depuis des lustres, c'est un peu pareil. On n'a pas besoin de tout savoir dès le départ. Le plaisir de lecture n'est pas moindre, il est différent. 
Ceci dit, certaines séries (notamment celles impliquant des groupes, comme les nombreux X-Men) demandent un peu plus d'implication personnelle de la part du lecteur, histoire de tout de même comprendre de quoi il retourne.
Pour cela, il existe des encyclopédies, mais entre celles qui sont plus des artbooks, celles qui sont en anglais ou celles qui sont blindées d'erreurs, le choix n'est pas simple. Mieux vaut encore se tourner dans un premier temps vers le net. Certains sites, comme MDCU, proposent des fiches de personnage souvent très complètes et qui vous permettront d'éclaircir l'essentiel de ce qui vous pose problème.

Bien. Vous voilà donc avec un personnage qui vous attirait et sur lequel vous vous êtes un peu renseigné.
Faut-il maintenant le suivre en kiosque ou en librairie ?
Là encore, cela dépendra essentiellement de votre préférence en matière de récit. Le kiosque est par nature plus feuilletonnant, la librairie présente, elle, des histoires en général plus complètes, ou en tout cas plus faciles à suivre.
Le grand nombre de collections (notamment chez Panini) n'aide pas non plus. Certains récits sont publiés trois ou quatre fois, dans des collections différentes, certaines collections ne durent que le temps de quelques numéros, d'autres (comme Marvel Icons) sont à la fois des mensuels kiosque et de gros recueils librairie, et d'autres collections à bas prix rééditent régulièrement des sagas plus anciennes. Ces dernières sont d'ailleurs plutôt intéressantes (cf. les rééditions de House of M ou X-Men : Les Origines) et peuvent aisément servir de point d'entrée "test", vous permettant ainsi d'avoir un premier regard sur un univers sans pour autant vous ruiner.

Après quelque temps, lorsque vous aurez quelques mois de lecture derrière vous, il est peut-être utile d'accorder une attention particulière aux crédits, cette partie qui précise les auteurs des récits. Car si pour commencer, l'on est attiré par un personnage, à la longue, vous verrez que l'on apprécie surtout un auteur à travers lui. Batman ou Wolverine ne sont pas de "meilleurs" personnages que Green Arrow ou Moon Knight. Tout dépend en réalité de la manière dont le scénariste va les mettre en scène. 
Ce n'est pas forcément systématique, mais bien souvent l'on commence par acheter du Spider-Man pour finir par acheter du Straczynski. Le personnage a laissé naturellement la place à l'auteur, car ce que vous allez aimer sur le long terme ce n'est pas un masque mais la manière de le porter.

Voilà pourquoi il n'existe pas de réponse évidente à la fameuse question. Personne ne peut vous dire par où commencer, pas plus que ce qu'il vous "faudra" manger ce soir. Cela dépend de vos inclinations propres. C'est vous qui allez être attiré par un personnage, puis allez aimer un auteur. Le fait qu'un récit soit "accessible" est un plus, sans doute, mais s'il n'est que cela (simple), alors c'est une très mauvaise raison pour l'acheter. 
Un autre point, qu'il me semble important de souligner pour terminer, est la différence qui existe entre la technique et l'impact émotionnel d'une œuvre.

Lorsque l'on critique un tableau, un film, un comic, un roman, peu importe, il est important de le faire sur des bases et arguments techniques. Autrement dit, "ceci est ou n'est pas bien fait parce que..."
Un "j'aime/j'aime pas", dans le cadre d'une critique, n'a aucun intérêt, pour la simple raison que vos goûts vous appartiennent et n'ont pas valeur d'absolu. Par contre, ils existent et ne sont pas, eux, critiquables.
A une époque, sur un forum aujourd'hui disparu, des ayatollahs du bon goût s'amusaient à pérorer en désignant ce qu'il fallait aimer ou non, tout en se moquant évidemment de ceux qui avaient l'outrecuidance de ne pas suivre leurs directives de petits chefs enivrés par le net. Il n'y a aucune raison que de telles personnes (qui existent toujours, au contraire du forum) vous disent quoi lire ou quoi apprécier. Pour la bonne et simple raison que l'art repose sur deux dimensions très différentes.
Si l'on peut reconnaître une habileté technique (ou au contraire une maladresse), que ce soit dans le dessin, la narration, les dialogues, l'on peut aussi être touché par une œuvre, sans se préoccuper de cette fameuse technique. Les sentiments ne se jugent pas, ils s'expliquent encore moins. Si vous êtes joyeux, ou ému, vous l'êtes, je ne vais pas vous expliquer pourquoi vous devriez effacer votre sourire ou sécher vos larmes. Et si vous aimez Frédéric François, je ne vais pas tenter de vous convaincre du fait qu'Iron Maiden est supérieur. C'est autre chose, c'est tout. On peut critiquer une fausse note, un texte mal écrit, mais pas l'engouement qu'une musique peut susciter.  

Et, aussi bizarre que cela puisse paraître, on peut aussi aimer des œuvres (ou des personnes) qui ont des défauts. Parce que si la technique se maîtrise, l'on ne peut guère faire de même avec les émotions. Ne vous laissez pas imposer des goûts qui ne sont pas les vôtres. Bien des gens vous conseilleront sur le net avec bon cœur et franchise, mais ceux qui exercent, planqués derrière leurs écrans, un petit pouvoir qu'ils sont loin d'avoir dans la vie, ne méritent pas d'influencer vos lectures.
Si l'on vous dit "il faut lire ça" ou "c'est génial", demandez-vous pourquoi, quels arguments ont été avancés. S'il n'y en a aucun, pourquoi prendre en compte un avis qui repose sur les goûts d'un autre, ou pire, un avis qui repose sur les a priori de quelqu'un qui avoue bêtement ne pas lire ce qu'il commente ?  (ça arrive plus souvent qu'on peut le penser)
Et si certains arguments vous semblent pertinents mais que, une fois le livre en mains, vous le feuilletez avec une grimace de dégoût (parce que vous n'êtes pas sensible au style des dessins par exemple), alors reposez-le. Une histoire est une rencontre entre son auteur et le ou les récepteurs. Une petite partie de la magie qui fait que des mots ou des dessins se transforment en conte et en émotion pure repose sur vous. Les auteurs ont fait de leur mieux, mais sans un vrai désir de votre part, ça ne fonctionnera pas.

Et si vous tenez absolument à vous référer à une liste, je vous conseille celle-ci. Elle n'est pas sans défauts mais relativement complète. Pourtant, aussi vaste que soit ce catalogue, c'est tout de même toi, lecteur, qui fera ton choix. Il sera forcément pertinent, puisqu'il te conviendra, mais ne pourra servir à d'autres. Fort heureusement, ce qui fait qu'un voyage est agréable, voire envoûtant, ce n'est pas sa facilité mais sa richesse. Et en amour comme en art, les chemins sont trop personnels pour être remplacés par des autoroutes.