25 mars 2009

Magus : Le Fossoyeur

Petit détour par la BD européenne avec le premier tome de Magus, intitulé Le Fossoyeur. Et si l'époque médiévale n'avait pas livré tous ses secrets ?

Le Moyen Age. Innocent IV s'est débarrassé des sorciers grâce à l'édit de Mônes, instaurant une répression sévère censée assurer à l'Eglise le monopole du pouvoir et des croyances.
Dans un petit village, Stanislas vit à l'écart des habitants qui ne lui dispensent que quolibets et railleries. Il veille sur sa soeur, muette, et tente de découvrir la vérité sur le passé de leurs parents, accusés d'être des créatures du diable. Mais pour cela, il faudrait consulter les archives, tenues par le père Aristide qui en interdit l'accès. Par soif de connaissance, Stan va se retrouver en fâcheuse posture. Enrôlé de force dans l'armée, le voici maintenant fossoyeur, obligé, en plus, de dépouiller les morts pour le compte d'un odieux chevalier.
Qu'est-il advenu de sa soeur ? Est-il vraiment le fils maudit d'un mage ? Et si, à force de creuser des trous pour y enterrer des corps, il finissait par mettre à jour bien plus que la vérité ? Comme, peut-être, un destin...

Voilà une oeuvre dont le pitch m'a tout de suite titillé lorsque j'en ai eu connaissance. L'on pourrait presque comparer Magus au Civil War de Marvel puisque, dans les deux cas, un pouvoir cherche à se préserver "des" pouvoirs (le gouvernement et les surhumains dans le premier cas, l'Eglise et les mages dans ce qui nous intéresse ici). Bon, les similitudes s'arrêtent là bien sûr. ;o)
Le scénario est co-signé par Cyrus et François Debois. Le duo parvient à créer, d'emblée, un univers cohérent et crédible qui mélange fiction et références historiques réelles. Le personnage principal est attachant et, très vite, l'on comprend qu'il n'est pas au bout de ses peines et nous de notre jubilation. Car, il faut l'avouer, l'intrigue est captivante (ce volume se termine d'ailleurs sur un coup de théâtre assez étonnant) et les méchants de l'histoire particulièrement bien campés. L'époque - le bas Moyen Age - est rude, les hommes le sont tout autant et la moindre parcelle de douceur ou de compassion devient alors particulièrement remarquable dans cet environnement aussi hostile que fascinant. Or, l'une des grandes qualités de ce premier tome est de ne pas se contenter de verser dans l'aventure épique mais de prendre le temps de construire des personnalités contrastées permettant de donner une réelle saveur aux évènements contés ici.

Les dessins sont réalisés par Annabel, une jeune artiste particulièrement douée, et la colorisation est assurée par Isabelle Merlet. L'ouvrage possède une identité visuelle forte, avec des couleurs où dominent d'élégantes teintes brunes et ocres. Le trait d'Annabel est à la fois précis et juste en ce qui concerne les décors et paysages (parfois magnifiques) et nous offre, pour ce qui est des personnages, une belle palette de visages expressifs et émotionnellement chargés. Eloïse, par exemple, peut ainsi se révéler dure et arrogante et, l'instant d'après, terriblement fragile. Et ne parlons même pas du détestable Aristide dont le regard narquois et le sourire glacé permettent de cerner rapidement le bonhomme et de susciter, chez le lecteur, les sentiments adéquats.
Quand c'est beau et, en plus, intelligent, l'on aurait tort de bouder son plaisir.

Une entrée en matière réussie et clairement addictive, publiée chez Glénat.