26 septembre 2009

DMZ : la guerre, c'est bien du malheur...

...et la pluie des fois ça mouille. Petite critique au vitriol d'une série Vertigo quelque peu surestimée, DMZ.

Les Etats-Unis connaissent leur seconde guerre civile. L'armée régulière, embourbée dans des conflits à l'étranger, n'a pas réussi à endiguer la montée en puissance de milices qui constituent maintenant la force principale d'états sécessionnistes dits "libres".
Manhattan, elle, est une zone démilitarisée où est censé régner un cessez-le-feu. Matty Roth, jeune photographe stagiaire, arrive sur les lieux de manière assez violente puisque son hélicoptère est abattu et son escorte éliminée. Il va devoir maintenant survivre par ses propres moyens dans un New York ravagé, transformé par la guerre. Entre les snipers, les fanatiques de tout bord, les pillards et les bombes, Matt découvre également quelques personnages singuliers qui mènent une vie parallèle, presque normale. Certains font pousser de la nourriture sur les toits des buildings, d'autres font du troc, tous s'adaptent à une situation violente qui semble perdurer.
Et bien entendu, il y a les mensonges, les manipulations et les coups bas que Matty va soupçonner puis démasquer.

Bon, précisons tout d'abord que je parle ici des deux premiers volumes édités par Panini, ce qui correspond aux 12 premiers épisodes en VO. Je les avais lus il y a déjà quelques temps et, allez savoir pourquoi, je m'étais vraiment profondément ennuyé. Depuis, des amis qui ont pourtant l'habitude d'avoir un goût relativement sûr m'ont tellement vanté les mérites de cette série que j'ai décidé de relire les volumes en ma possession, histoire de savoir si j'avais vraiment du mal à en dire ou si ma première expérience avait été faussée par un petit coup de fatigue ou une pizza pas fraîche. Et le résultat est identique.
Au scénario, nous avons Brian Wood, un jeune auteur déjà évoqué ici à propos de Northlanders. Cette fois malheureusement, le scénariste n'est pas aidé dans son entreprise par le charme nordique et les légendes qui vont avec puisque les vikings sont remplacés par des GI's. Côté dessin, c'est Riccardo Burchielli qui s'est attelé à la tâche et qui livre un travail plus que correct si l'on excepte quelques maladresses parfois dans la proportion des armes. Voilà pour le cadre général, rentrons un peu maintenant dans le détail.

Il est très difficile de parler sincèrement de quelque chose que l'on n'a pas aimé. Car ici, c'est de cela qu'il s'agit. Non pas d'un manque de travail mais plutôt d'un parti pris qui va à l'encontre de ce que j'apprécie d'habitude dans une histoire. Voire même à l'encontre de mes convictions les plus profondes.
Il y a d'abord le message latent véhiculé par Wood tout au long de cette oeuvre. Une sorte de pacifisme primaire (c'est aussi une forme de fanatisme) et angélique qui veut condamner, encore une fois, la guerre et ses méfaits. Or, la guerre est parfois nécessaire, même si l'intelligentsia new-yorkaise est persuadée du contraire et cède régulièrement, dans le confort d'appartements protégés par les lointains sacrifices de ses fils, à la tentation munichoise. Condamner une guerre parce que c'est une guerre n'a pas plus de sens que d'être contre les antibiotiques. Ce n'est pas automatique mais c'est utile quand même parfois contre certaines menaces. Il y a donc une forme de suffisance et même une condescendance certaine chez Wood lorsqu'il nous refait le coup de l'homme de lettres pourfendant la vilenie militariste et éclairant le bon peuple de son génie.

Vous me direz, quand on est écrivain et pas trop bête, et que l'on veut rafler des prix et attirer des lecteurs, mieux vaut crachoter avec tout le monde dans le sens du vent, ça évite de se ramasser des molards sur le pif. Seulement, on peut le faire avec plus ou moins de talent. Et ici, les poncifs sont si énormes qu'ils en deviennent indigestes. Nous avons le couplet sur la conspiration, sur les supposées errances médiatiques lorsqu'elles soutiennent la parole gouvernementale (la série est présentée, par le Chicago Sun Times, comme un "antidote aux reportages de Fox News" !), et bien entendu tout un lot de grands pontes tous pourris et sans conscience.
Pire encore, Ground Zero (censé être tenu par les troupes américaines dans la série) est présenté comme un moyen permettant au président "de flageller le peuple avec cette tragédie afin de justifier sa politique". Et là, ça commence à foutre la gerbe. C'est avec des réflexions pareilles que des types pourtant instruits parviennent à faire croire à des illuminés ou des gens fragiles que l'on se bat uniquement pour du pétrole ou des dollars. Si c'est le cas, que va-t-on faire en Afghanistan ? Faire main basse sur le commerce de la poussière et des petits cailloux sans doute. Et même en Irak, il était évidemment bien plus simple et rentable de laisser en place un dictateur (qui traitait déjà avec les grandes compagnies pétrolières américaines et européennes) que de le déloger à coups de milliards et de soldats dont les familles possèdent le droit de vote.

La vie est ainsi faite que vous trouverez pourtant toujours des gens pour salir les mémoires et faire état de leur paranoïa sans penser un seul instant qu'ils font énormément de mal autour d'eux ou qu'ils ne saisissent qu'une partie tronquée du sujet qu'ils évoquent. Je ne parle pas des divagations d'incultes genre Kassovitz, qui n'ont visiblement aucune connaissance des faits concrets s'étant déroulés le 11 septembre mais qui viennent tout de même colporter, sur des chaînes publiques (notre argent est vraiment bien dépensé !) les idées nauséabondes issues de leur esprit malade. Je parle plutôt des écrivains, ceux qui connaissent la portée des mots et en maîtrisent le pouvoir, et qui n'hésitent pas à avoir un comportement bassement carriériste au lieu d'avoir une approche sinon originale du moins impartiale et documentée des sujets qu'ils abordent.
Attention, il n'est pas question d'être naïf pour autant. Bien sûr que les manipulations, les mensonges, les saletés de tout ordre existent. Mais pas seulement au niveau militaire ou politique. C'est là des évidences que l'on retrouve partout, dans tous les camps et même dans la vie ordinaire, que ce soit dans le sport ou simplement au bureau.
Se servir de banalités pour démontrer qu'un camp a forcément tort, ce n'est pas interdit, mais ce n'est pas ma conception de l'écriture, même lorsqu'elle est supposée être "engagée". Encore faut-il s'entendre sur le sens du mot engagement. Se faire le chantre des pires propos de comptoir n'a rien de courageux selon moi. Sauf à prétendre que chercher les louanges de la masse est une forme de courage.

Malgré donc un fond assez malsain et très facile, DMZ fait son bout de chemin et Wood avec. J'ai même pu lire sur un site que la série donnait des Etats-Unis une image "bien éloignée de la vision idéalisé dont on a l'habitude" (sic). Je ne sais pas sur quelle planète ce type habite pour penser que les Etats-Unis bénéficient d'une image "idéalisée" en France, mais il ne doit guère s'être penché sur le sujet ces vingt dernières années.
Et donc, pour rajouter une petite cerise sur les planches, le personnage principal est un journaliste, ce qui n'est pas spécialement le genre de stéréotype auquel je m'identifie facilement tant cette profession me semble, au minimum, perfectible. Alors, ok, des journalistes sympathiques et intelligents, ça existe, j'en connais même, mais c'est plutôt l'exception qui confirme la règle. Lorsque l'on sait qu'en France, le modèle pour la plupart des jeunes pisse-copies c'est Patrick Poivre, alors que le type a passé 30 ans le cul vissé sur un fauteuil à lire un prompteur tout en bidonnant ses interviews, il y a de quoi s'interroger sur les motivations profondes des représentants du quatrième pouvoir. Et je ne parle même pas de la déontologie supposée et de la carte de presse brandie à tout propos alors que la plupart de ces pignoufs ne sont pas capables de vérifier une information (surtout à la télévision, la presse écrite est, elle, heureusement un peu épargnée par le naufrage, la "lenteur" du papier en tant que medium ayant souvent du bon).

Bref, tout me fait chier dans DMZ. J'ai l'impression que l'on me prend pour un couillon et que l'on ne prend même pas la peine d'utiliser un peu de vaseline avant de me la mettre, ce qui serait quand même la moindre des choses, même de manière métaphorique, lorsque l'on a un peu d'éducation et de sens pratique.
Les tours de passe-passe de Wood sont même presque insultants lorsque l'on parvient à les distinguer. Montrer un enfant amputé de ses membres par exemple, c'est très violent, personne ne peut justifier cela, mais en quoi cela prouve qu'il y aurait un "mauvais" camp et des salauds absolus ? Ce fantasme des décideurs politiques dénués de sensibilité me gonfle. Cela peut exister mais ce n'est pas une norme. Et après tout, les responsables sont issus de nos rangs non ? Ce sont des gens normaux, avec des parents, des enfants, des amis. Et si vraiment ils deviennent si horribles que cela une fois élus, en quoi les électeurs seraient moins condamnables ? Et surtout, pourquoi le type ou l'état qui se défend serait responsable des actes de son agresseur ? Voilà bien une perversion du raisonnement très courante et une sensiblerie mal placée.

Certains trouvent parfois, à juste titre, le Preacher d'Ennis très violent. Mais cette violence a un sens, un rythme, elle cache même des réflexions tout à fait sensées et parvient à réellement transgresser le politiquement correct ambiant. Ici, Wood est violent également, mais sa violence n'est que putassière et au service d'un propos simpliste, déjà digéré et recraché cent fois, pas forcément par le plus noble des orifices. Et à trop vouloir enfoncer des portes ouvertes, l'on finit par démontrer que l'on manque d'épaules ou que, en tout cas, l'on n'a pas la carrure d'un grand.