08 janvier 2010

Strange de retour en kiosque

La nouvelle version de Strange, baptisée "journal des sup'héros", est sortie aujourd'hui en kiosque. Voyons le contenu en détail.

Tout d'abord une petite explication sur la renaissance de cette revue. Tout le monde connaît le Strange (de Lug puis Semic) qui a publié pendant des années les plus populaires séries Marvel. Semic perd la licence Marvel en 1996. Strange va alors publier du DC pendant deux ans avant de s'arrêter, en 1998, au numéro #335.
Organic Comix, une association lyonnaise, a fait revivre le titre en 2007. Depuis, il pouvait se trouver en librairie spécialisée. C'est la première fois qu'il sort en kiosque, adoptant du coup une triple numérotation. On peut en effet lire, en haut à gauche de la couverture, "n°1 Extra 345/10", ce qui signifie en fait qu'il s'agit du premier numéro disponible en kiosque mais du 10ème réalisé par Organic et du 345ème si l'on prend en compte la numérotation originale.

Niveau contenu, l'on trouve bien entendu des BD mais aussi quelques interviews et une sorte de mini revue de publications très confidentielles. Commençons par les comics.
La première série (24 planches) publiée est Godland de Joe Casey (scénario) et Tom Scioli (dessin). Classique récit de super-héros. Graphisme très moyen, colorisation flashy, narration "à l'ancienne", c'est dans l'ensemble assez enfantin et très loin de ce que l'on connaît de Casey. Le côté rétro est surement voulu, mais on ne voit pas bien l'intérêt de travailler, de nos jours, comme si l'on était encore dans les années 60.
La deuxième série (14 planches) est Lorelei, par Steven A. Roman (scénario) et Neil Vokes & Steve Geiger (dessin). Ambiance qui se veut un peu horrifique. Visuellement c'est déjà plus sympa, avec un joli effet sépia. Par contre c'est très verbeux et loin d'être enthousiasmant pour le moment.
Reste enfin la dernière série (10 planches), le Fantask' Force de Reed Man. Sans doute le titre le plus agréable à lire (malheureusement c'est aussi le plus court). La narration est un peu rapide mais largement plus moderne, avec de bonnes idées de cadrage et une colorisation qui oscille entre le très joli et le quelconque. Difficile de vous parler de l'histoire puisque cet épisode n'est qu'une courte introduction.

La partie éditoriale est composée essentiellement de deux entretiens. Le premier avec Alejandro Jodorowsky (qui est bien allumé quand même dans son genre, ou alors il n'aime pas les interviews et prend du LSD avant, histoire de rendre ça plus fun), le second avec Jean-Yves Mitton. On va revenir sur ce dernier parce qu'il parvient quand même à sortir quelques énormités. D'abord il s'envoie des fleurs en parlant de Mikros (réalisé avec Reed Man) et en soulignant le fait qu'ils ont envoyé le héros en Afghanistan pour qu'il y affronte des talibans, ce qui "change des super-vilains en slip de la Marvel" (putain, je déteste les types qui disent "la" Marvel...). Alors faudrait peut-être dire à Mitton que Marvel a un peu évolué depuis les années 60 quand même. Envoyer Mikros en Afghanistan en 2007 n'a rien de révolutionnaire. Tony Stark, alias Iron Man, a été envoyé en Irak en... 2004 (Marvel Monster Iron Man #2). Le Squadron Supreme de Straczynski intervient au Moyen-Orient en... 2006 (Supreme Power volume #7 en VF). Et je ne parle là que de ce qui me vient immédiatement à l'esprit. Marvel n'a pas attendu les français pour s'intéresser à l'actualité politique. Et quand on va dans des chiottes publiques et que l'on ne voit personne, ça veut pas dire non plus qu'on vient d'inventer l'envie de pisser.
Autre sortie fumeuse de Mitton, décidemment en forme : il évoque le rachat de Marvel par Disney en ponctuant l'info d'un sentencieux "aïe, aïe, aïe, gare à la mièvrerie". Encore un qui a tout compris et qui confond un montage financier avec une ligne éditoriale. Bref, un bien agaçant personnage.

Au final, voilà une revue qui aura du mal à se hisser à la hauteur de son illustre prédécesseur. L'on peut regretter que ce Strange ne soit pas plus axé sur des auteurs locaux. Tant qu'à publier des trucs très moyens, autant laisser Godland à nos amis américains et donner leur chance à des petits frenchies. Notons que l'effort de rajouter un contenu informatif est louable, même si les personnages interviewés sont loin d'être passionnants (entre un qui est sur une autre planète et l'autre qui ne connaît visiblement rien aux sujets qu'il évoque, ils font la paire).
La marge de progression est donc énorme.

Un titre mythique pour un contenu qui l'est beaucoup moins. Devrait plaire néanmoins aux grands nostalgiques.

ps : le blog Le journal de Matt Murdock ayant maintenant deux ans, j'en profite pour souhaiter un bon anniversaire à l'ami Matt et vous encourager à aller lui rendre visite. ;o)