29 juin 2010

Uncle Sam : tonton flingué

Certaines oeuvres impressionnent par leur forme et leur ambition mais peuvent parfois se révéler, au final, bien décevantes. Uncle Sam en fait partie.

Il s'agit d'un thème aujourd'hui bien souvent rabâché : la condamnation de l'Amérique. Ou, tout du moins, la condamnation d'une certaine partie de l'Histoire des Etats-Unis.
Le bilan est souhaitable, certains l'ont d'ailleurs tiré avec moins de manières. Ici, Steve Darnall fait un immense show, souvent inutilement abscons, visant à appuyer un discours simpliste et indigeste.
Abraham Lincoln, pour ne prendre que cet exemple, est ainsi utilisé dans son acceptation la plus mythique et la moins rigoureuse sur le plan historique. Ce type, un boucher opportuniste, même pas abolitionniste, reste le symbole de la liberté pour ses chantres les moins inspirés. Heureusement, Alex Ross est là pour donner du corps aux idées reçues. Lorsque le mensonge est gros, autant le graver dans la roche. Le mont Rushmore - il ne faut pas s'en réjouir - a fait plus pour Lincoln que bien des historiens... Ross et sa dramatisation picturale jouent sur le même registre : imposer par la démesure et frapper l'oeil plus que l'esprit.

Faut-il pour autant tout balancer sur l'autel de l'ego démesuré d'un auteur qui a l'impression de découvrir les réalités, non d'un pays, mais de toute organisation sociale ?
Non. Il y a de petites scènes qui surnagent, même si, pour la plupart, l'on reste dans l'émotion plus que le constat sérieux. Jouer la carte de l'affectif n'a bien sûr rien de condamnable dans une fiction. Par contre, dans un pamphlet aussi radical, il est des effets dont on pourrait aisément se passer. Etourdir n'est pas convaincre, encore moins lorsque les arguments qui sous-tendent le récit sont aussi pauvres et friables.
L'étourdissement, c'est un peu l'impression qui surnage à force d'être trimballé dans ce délire pompeux qui repose avant tout sur l'esbroufe plutôt que l'intelligence des propos. L'on finit par avoir la nausée et le tournis, en cherchant vainement une vraie branche narrative à laquelle se raccrocher. Les planches sont chargées mais jolies, le texte dense, souvent verbeux, l'intrigue inexistante et souffrant d'une narration décousue et lourde.

Cette réédition de Panini contient des croquis de Ross, une galerie d'illustrations (plutôt belles, avouons-le) et, surtout, un long texte de Darnall expliquant l'origine de l'Oncle Sam en tant que symbole ainsi que son évolution. Ce petit "traité", fort justement qualifié d'apolitique, se révèle non seulement intéressant mais aussi richement illustré par des dessins de propagande, souvent anciens, dont on nous détaille l'origine. Ce supplément en deviendrait presque plus intéressant que le récit lui-même, ce qui est toujours ça de pris.

Un bilan putassier, basé sur des stéréotypes ainsi que des faits certes réels, mais non resitués dans l'époque, la morale et la culture qui les ont engendrés, autant d'erreurs qui passent sous couvert de la licence poétique mais qui font de cette BD prétentieuse une curiosité plus qu'un état des lieux des Etats-Unis.

Décevant, sauf pour les bonus et la partie graphique.