14 juin 2010

Freakangels : Londres après la fin du monde

FreakAngels, la nouvelle série de Warren Ellis, se déroule dans un Londres défiguré, à moitié submergé et tombé au main des gangs. Petite plongée dans ce steampunk futuriste.

Il y a 23 ans, en Angleterre, douze enfants naquirent exactement au même moment. Il y a 6 ans, ce fut la fin du monde. Aujourd'hui, dans un Londres inondé, les survivants se partagent le contrôle de la ville. Whitechapel est le territoire des Freakangels. Onze d'entre eux ont des dons particuliers. Ce sont des télépathes. Il y a la belle Sirkka, qui vit en permanence au milieu de son harem personnel. KK, qui patrouille sur un drôle d'engin volant. Jack, toujours à la recherche de matériel abandonné sous les eaux. Ou encore Kirk, perché sur sa tour de guet, à scruter les alentours au cas où un assaut surviendrait.
Le douzième de ces enfants si spéciaux a été banni depuis longtemps. Et alors que tous le croyaient mort, il lance une attaque sur la petite communauté à l'aide d'une jeune fille qu'il a manipulée mentalement. La pauvre Alice, armée d'un fusil, est néanmoins neutralisée sans trop de casse. N'ayant plus ni biens ni famille dans un monde à la dérive, elle va bientôt se joindre aux habitants de Whitechapel et découvrir les étranges pouvoirs que possèdent leurs protecteurs...

A l'origine un webcomic gratuit, FreakAngels est publié aux Etats-Unis par Avatar Press. L'on doit l'adaptation du premier TPB à l'éditeur belge Le Lombard qui effectue ici un travail soigné, tant au niveau de la traduction que par l'ajout de petites notes qui viennent parfois préciser la signification de certains noms, difficilement compréhensibles sans une bonne connaissance de Londres, ou encore remettre dans leur contexte des références culturelles qui ne vont pas forcément de soi.
Le scénario est signé Warren Ellis (Black Summer, Fell, Ocean, Ministry of Space, Transmetropolitan, New Universal, Nextwave), les dessins sont l'oeuvre de Paul Duffield. Style réaliste, colorisation pastel et découpage strict et régulier qui impose un rythme tout particulier à la narration. Ce lancinant effet de décompression du temps est tout à fait voulu et trouvera sa justification dans le récit, même si l'on est loin d'avoir encore toutes les informations relatives à cette perception plus "lente" du monde.

Ellis nous offre ici une oeuvre relativement longue, prévue en six volumes. Il ne se précipite donc pas pour installer les nombreux personnages et va distiller au compte-gouttes des éclaircissements sur les évènements passés ayant conduit à la situation post-apocalyptique de la capitale britannique. Les première pages peuvent ainsi dérouter un peu, tant l'on manque d'informations sur les motivations et les pouvoirs de ces douze êtres à la peau pâle et au regard violet.
C'est là que l'on prend toute la mesure du génie narratif de l'auteur. Car si l'on s'embarque un peu au début sur une question de confiance, l'on finit par tomber sous le charme d'une intrigue complexe, à peine dévoilée, et de personnages riches et atypiques. En 144 planches, Ellis est encore très loin d'avoir fait le tour du fonctionnement et des inventions de ce nouveau monde ou du parcours des télépathes, mais cette construction par petites touches suffit pour rendre l'univers crédible et l'intrigue passionnante.
Ce premier volume se termine par un raid à la fois impressionnant, grâce notamment à des angles de vue parfaitement étudiés, mais conservant cette impression de fatalité et de temps ralenti. Un temps qui va en tout cas sembler bien long jusqu'à la publication du deuxième tome.

Une histoire singulière, d'une grande maîtrise technique, qui dévoile son potentiel sur le long terme.
A conseiller à défaut de pouvoir l'imposer.