09 septembre 2011

Les Sentiers de la Perdition

Une plongée dans le milieu du crime organisé des années 30 avec Les Sentiers de la Perdition.

Le petit Michael O'Sullivan junior est fasciné par son père. Et encore plus intrigué par son étrange métier dont il ne parle jamais. Un jour, Michael se glisse en cachette dans la voiture de son père, certain de passer un moment aussi excitant qu'instructif. En réalité, l'enfant va assister à plusieurs assassinats et signer l'arrêt de mort de son petit frère et de sa mère.
Michael O'Sullivan était un soldat. Loyal et efficace. Il travaillait depuis toujours pour Looney et son gang. S'occupait de régler les problèmes en jouant, très efficacement, du flingue. Aujourd'hui, il n'est plus rien. Juste un père, poussé sur les routes, avec son seul fils encore en vie. Il lui reste pourtant encore quelque chose à quoi se raccrocher : la vengeance.
Celui que l'on surnommait l'Ange de la Mort n'a pas qu'une réputation, il connaît les rouages du milieu, comment l'argent est récolté, où il est envoyé... pour retrouver les responsables du massacre de sa famille, il va aller jusqu'à défier Capone...

L'ouvrage dont il est question ici avait déjà été publié par Delcourt, dans sa collection Contrebande, en 2002. Cette réédition rejoint cette fois le plus récent label Dark Night (cf Le Frisson). Le scénario est de Max Allan Collins, les dessins de Richard Piers Rayner.
Le style graphique s'avère plutôt agréable même si, bien que cela ne soit nullement le seul (ou même le meilleur) moyen d'évoquer une ambiance de polar noir, l'artiste a opté pour un Noir & Blanc sinistre et d'autant plus inutile que l'on est loin des effets et de la maîtrise d'un Frank Miller par exemple. Les ombrages sous forme de hachures, même s'ils donnent parfois des résultats esthétiquement réussis (comme dans les illustrations choisies ici), sont également parfois inutilement présents et donnent l'impression que le dessinateur a passé le plus clair de son temps à tracer des milliers de lignes parallèles (pas étonnant qu'il lui ait fallu quatre ans pour en venir à bout !). Des niveaux de gris donneraient pourtant plus rapidement un meilleur résultat... ah oui, mais ça ne serait plus du "pur" N&B, ouh, blasphème ! ;o)
En ce qui concerne l'intrigue, c'est tout autre chose et il sera difficile de ne pas être touché par cette vendetta qui est aussi une histoire s'intéressant aux relations entre un père et son fils.

Si l'époque et divers éléments bien réels (comme l'intervention de Ness ou encore Capone) rapprochent un peu ce récit d'un Torso, le côté historique et purement policier est ici contrebalancé par l'aspect dramatique généré par la présence d'un enfant, entrainé bien malgré lui dans un monde où les criminels dirigent des villes entières et peuvent acheter n'importe qui (ou presque).
Ce même enfant, devenu adulte, étant en fait le narrateur, la manière dont il voit son père (ni vraiment un ange, ni vraiment un salaud) influe largement sur l'ambiance générale et est habilement retranscrite. Le tueur implacable finit par en devenir sympathique, essentiellement parce qu'il est perçu avant tout comme un père (pas si mauvais d'ailleurs).
Certains éléments peuvent s'avérer un peu faiblards (comme la justification, somme toute rapide et facile, concernant l'activité de Sullivan, ou encore le piège final) mais l'ensemble constitue un bon divertissement, avec beaucoup d'action et ce qu'il faut d'émotion.
Signalons également la très bonne traduction d'Anne Capuron. 

Un binôme original et de nombreux gunfights, le tout dans le cadre troublé de la Prohibition.

- On est riches, papa ?
- On est très pauvres, fils.
- Mais, papa... tout cet argent !
- Sans ta mère et ton frère, il n'y aura jamais de vraie richesse.
Michael junior et Michael O'Sullivan, sous la plume de Max Allan Collins.