12 septembre 2011

Morning Glory Academy : pire adaptation de l'année ?

Morning Glory Academy nous permet de faire connaissance avec un nouvel éditeur s'intéressant aux comics : Atlantic. Nom prédestiné puisque l'adaptation s'avère être un naufrage catastrophique.

Six jeunes étudiants font leur rentrée dans une prestigieuse académie. Cette dernière emploie des méthodes "modernes", voire même carrément étranges, pour optimiser les capacités de ses élèves. Ils sont coupés de leur famille et doivent laisser leur "ancienne vie" derrière eux.
Très vite, les nouveaux venus s'aperçoivent que ce qui se trame dans cette école à l'apparence si parfaite n'a pas grand-chose à voir avec l'éducation.
Une sorte de secte se réunit la nuit venue dans les sous-sols, la directrice emploie un taser pour faire entrer les leçons dans le crâne des élèves et une tentative de meurtre a même lieu !
Décidemment, cette rentrée n'a rien de réjouissant...

Voici donc la (quasi) version française de Morning Glories, une série publiée aux Etats-Unis par Image et qui est écrite par Nick Spencer et dessinée par Joe Eisma.
Graphiquement, rien de bien folichon, l'on a même quelques cases dont la finition fait très "amateur" (postures bizarres, problèmes de perspective...). Service minimum également pour les visages (les personnages se ressemblent beaucoup et il est parfois impossible de leur donner un âge) ainsi que le découpage, peu inspiré.
Niveau intrigue, le pitch semblait à première vue intéressant, mais la mise en place des premiers éléments est si ratée qu'il faudra beaucoup d'indulgence au lecteur pour se farcir la suite. Tout sonne faux, les protagonistes sont très mal présentés, certaines réactions ou péripéties paraissent complètement absurdes, bref, on est loin du chef-d'oeuvre. Et pourtant, l'on n'a pas encore abordé le pire...

C'est un studio (Full FX Studio) qui est crédité pour la traduction de cette oeuvre inaugurant le catalogue Atlantic. Et attention, parce que c'est du lourd : déjà, même quand les phrases sont plus ou moins correctes, on sent que ça "accroche" pas mal, que ça manque de fluidité, d'habileté littéraire... mais les phrases correctes sont de toute façon assez rares ; coquilles, fautes d'accord, mots manquants ou en trop, élisions hasardeuses ou expérimentations orthographiques, tout y passe ! Un festival.
C'est bien simple, à part dans les traductions de notre bien-aimée Geneviève (cf quelques articles, ici ou ), je n'avais jamais vu un tel niveau d'incompétence.
J'ai "prélevé" quelques preuves coupables sur le... cadavre (à ce niveau-là, le livre peut être considéré comme décédé je pense). Pour commencer, les classiques : "je ferai mieux de" (futur employé à la place du conditionnel), "ç'aurait" (habituel également), "tu devrait" (un "s", un "t", bof, quelle importance ?). On poursuit avec le fameux dilemme du trait d'union. Où en mettre, quand l'éviter ? Eh bien, ici, l'on nous en fout un dans "New-York" et on l'oublie dans "là bas". Pas de bol, c'est l'inverse.   Même chose pour un "votre" (à la place de "vôtre"). Dans les coquilles, notons les jolies "ces changements peuvent d'avérer", "classés préparatoires" (à la place de "classes") ou encore "c'est la mec qui". Bon, là on s'échauffait juste. Passons maintenant à la vitesse supérieure.

La construction de certaines phrases est ahurissante. Prenons "Je me demande juste pourquoi est-elle si excitée ?". Ce n'est pas une interrogation ! La forme correcte, affirmative, serait "Je me demande juste pourquoi elle est si excitée." (au pire, dans un dialogue, l'on pourrait éventuellement utiliser la forme : "je me demande juste... [longue pause] pourquoi est-elle si excitée ?", et encore, mais certainement pas la première forme qui ne veut rien dire). 
Encore mieux : (en parlant du dernier cahier d'une fille) "Le deuxième m'a fichu une telle trouille que je n'ai même pas osé le regarder le dernier." Oh, mais quel style magnifique ! On sent l'amour de l'article défini ! Evidemment on dit soit "que je n'ai même pas osé le regarder" soit "que je n'ai même pas osé regarder le dernier", mais pas "le regarder le dernier" !
On apprend ça au primaire. 
Autre exemple édifiant : "le dernier voyages". Bon, a priori, rien d'extraordinaire, c'est juste un "s" en trop, ça peut arriver. Sauf qu'ici, il y a une petite particularité. Dans la scène concernée, l'on voit en fait un chauffeur faire le même discours à cinq personnes différentes. La faute est donc présente cinq fois de suite sur cinq cases qui se suivent ! Preuve indubitable qu'il n'y a même pas eu une seule relecture ! (parce que bon, le rater une fois, ok, deux, c'est pas de bol, mais cinq fois, c'est un petit exploit)
Même dans les crédits il y a des trucs bizarres. Spencer est ainsi censé avoir signé les... "paroles". Les paroles ? Mais c'est quoi en fait ? un putain de single ? On dit "dialogues" pour un récit. Et un scénario, c'est un peu plus que ces seuls dialogues. 
Et enfin, le meilleur pour la fin, le finish en free style : "dans ce dongeon". Mais bien sûr ! Comme dans "augeourd'hui" ou "je me promenais dans le geardin" (ces deux là sont de moi hein). 
Wow...

Que puis-je dire que je n'ai pas déjà radoté cent fois (dans cette chronique par exemple) ?
Bien entendu, la perfection n'existe pas. L'on ne peut donc l'exiger de personne. Mais, enfin, entre un texte "parfait" et... ça, il y a quand même une marge. Un caniveau. Que dis-je, un gouffre !
Se prétendre éditeur et publier un tel texte, truffé d'erreurs, c'est tout simplement honteux. C'est n'avoir aucun respect pour l'oeuvre, les auteurs, les lecteurs, et même sans doute fort peu pour soi-même. Parce que là, on parle d'hygiène élémentaire. Le travail véritable commence ensuite. Un peu comme dans un restaurant (oui, je l'aime bien cette métaphore, mais elle convient parfaitement) où il est normal de trouver des couverts propres. Sans cela, peu importe la cuisine, l'on n'y goûtera même pas.
Le texte est tellement cradingue qu'il est impossible de s'intéresser véritablement à la cuisine de Spencer. Ou alors, cela demande un effort véritable qui n'a pas lieu d'être. Et si, en fin de chaîne, le lecteur doit rectifier mentalement certaines choses, c'est que l'un des acteurs du processus éditorial n'a pas fait correctement son boulot. Une tendance certes très actuelle mais qui n'a rien d'agréable.

Une série à l'intérêt peu évident, handicapée par une adaptation d'une légèreté stupéfiante.
Un gros "plouf" pour cette première plongée dans Atlantic.

+ heu... c'est un nouvel "éditeur"
- rien de bien folichon au niveau du scénario
- les dessins font parfois très "amateur" (et encore, ça dépend de l'amateur) 
- adaptation merdique au-delà de tout ce qui a pu être fait jusqu'à présent : illisible et même insultant envers les lecteurs et les auteurs
- n'importe quoi...