21 septembre 2011

Nemesis : bête et méchant

Sortie aujourd'hui de Nemesis, la nouvelle série de Mark Millar.

Un criminel richissime s'amuse à buter des flics de la pire manière qui soit. Sa nouvelle cible, Blake Morrow, pressenti pour être le futur boss de la sécurité intérieure des Etats-Unis, va devoir tout mettre en oeuvre pour tenter de l'arrêter.
Un résumé fort court mais il faut dire que le scénario de Mark Millar tient en quelques lignes. L'auteur est ici secondé par Steve McNiven qui se charge de la partie graphique. Ce n'est pas le meilleur travail de l'artiste mais les dessins restent tout de même plutôt sympathiques dans l'ensemble.
Voyons maintenant ces quatre épisodes dans le détail.

Millar s'était fendu à l'époque d'une promo tapageuse, d'un goût discutable, qui affirmait qu'en comparaison de Nemesis, Kick-Ass était de la... merde. Il avait également intrigué nombre de lecteurs avec un teaser qui posait une question simple mais intéressante : que se serait-il passé si Batman était devenu le Joker ?
L'on sait malheureusement que Millar ne se tient pas forcément toujours au pitch de départ qu'il annonce, et Kick-Ass par exemple, après un début passionnant et réaliste, avait vite versé dans l'invraisemblance la plus totale. Et pourtant, Kick-Ass était loin d'être mauvais, surtout en comparaison de Nemesis !

Non seulement le récit ne brille pas par son originalité, mais il est s'avère vide de sens, creux et repose sur une violence gratuite assez malsaine. Car effectivement, c'est assez sanglant et quelque peu pervers. Ce n'est bien entendu pas un problème en soi, certains auteurs, comme Ennis, nous ont déjà habitué à un niveau de transgression très élevé. Seulement, pour que cela fonctionne, il faut que cette transgression soit au service de quelque chose. Ennis, dans Preacher, The Boys ou La Pro, pour ne citer que ces exemples, sait être drôle ou émouvant et, surtout, son propos est très souvent bien plus intelligent que la forme brutale ne pourrait le laisser penser.
Ici, Millar se contente de surfer sur la provocation et les effets d'annonce (l'on en vient à penser qu'il est meilleur en construction de teasers qu'en scénariste, même si certaines de ses oeuvres, comme Old Man Logan ou Wanted, valent largement le détour). De manière étonnante, Panini évoque, dans la petite introduction qui accompagne l'ouvrage, un humour noir qui est au contraire totalement absent. Et si ce côté (trop) sérieux est sans doute pour beaucoup dans l'impression générale, ce n'est qu'une partie du problème.

Là où le choix de Millar apparaît comme incompréhensible, c'est dans le peu de développement qu'il accorde à ses deux personnages principaux. A son niveau d'expérience (et étant donné ses travaux passés), il ne peut s'agir que d'une volonté délibérée et non d'une maladresse de débutant, ce qui est encore plus déroutant.
L'on se retrouve en effet devant un méchant très méchant et un gentil assez fadasse. Difficile de faire plus minimaliste. Et sans un background un peu travaillé, sans un minimum de personnalité, les personnages deviennent transparents et, par contraste, font encore plus ressortir une ultra-violence qui tourne au voyeurisme de bas étage et à l'absurde. Une absurdité encore appuyée par la plupart des rares rebondissements, qui manquent totalement de crédibilité, et par une navrante vacuité.

Au final, voilà un comic bien mauvais mais qui, en surface, donne l'impression d'être "moderne" et dans l'air du temps. Vite lu, mal digéré, immédiatement oublié, Nemesis est à la BD ce que McDonald est à la gastronomie : un ersatz gras et lourd misant tout sur l'emballage, la rapidité et de fausses promesses.
A côté, Kick-Ass était un chef-d'oeuvre. Quant à savoir ce que Batman serait devenu s'il avait été le Joker, personne n'en a la moindre idée. En tout cas, pas Millar.
Bien sûr, cette histoire sera adaptée au cinéma, ce serait dommage de passer à côté. Décidemment, tout se recycle.

Un faux évènement, porté par un auteur qui, visiblement, mise plus sur la communication que l'écriture.