12 mai 2008

Loveless : du Western dans nos Comics

Loin du genre super-héroïque, Loveless s'affirme comme un western musclé, réaliste et soigné se déroulant peu de temps après la guerre de sécession. Bienvenue à Blackwater.

Le vieux Sud est tombé. Pour Washington, cela signifie la fin de la guerre. Pour les habitants de Blackwater, occupés et dépossédés de leurs biens par les yankees, c'est une autre lutte qui commence. Pour la terre... pour l'honneur. Sale temps donc pour rentrer au pays, surtout lorsque, comme Wes Cutter, l'on découvre une demi-douzaine de nordistes sous son porche. Surtout quand toute une ville vous croyait mort et que cet état de fait en arrangeait certains. Surtout quand vous êtes amené à devenir le sheriff d'un lieu où la violence semble être la forme de langage la plus évoluée.

Voilà une excellente surprise que ce Loveless de Brian Azzarello. Cette série DC, parue sous le label Vertigo, cible un public plutôt adulte. Attendez-vous donc à un langage fleuri, un peu de sexe et quelques scènes choc (une amputation à l'ancienne par exemple, si vous avez envie de scier). Mais, on le sait bien, les gros mots et le sang ne suffisent pas à rendre une série agréable à lire. La force d'Azzarello réside dans une narration intelligente, parfois complexe, qui, dit-on dans certains milieux, aurait rebuté plus d'un lecteur et influé sur les ventes.
L'on peut ainsi voir, dès les premiers épisodes, deux scènes se déroulant à des époques différentes mais étant présentes dans les mêmes cases (à expliquer comme ça, ça n'a pas l'air évident mais c'est bien plus clair à lire). On a donc un flashback se déroulant non pas au premier plan mais au centre de l'image avec, autour, l'action présente, comme si les évènements d'aujourd'hui s'articulaient autour de causes centrales plus anciennes. Toute l'histoire n'est évidemment pas construite comme ça, mais je trouve le procédé suffisamment original et éclairant sur l'auteur pour être signalé.
Autre élément important (et enrichissant le récit) : le traitement des personnages est particulièrement habile. Nordistes, confédérés, blancs ou noirs, tous ont une part d'ombre, un côté sale et malsain, et une ou plusieurs bonnes raisons d'en vouloir à tout le monde. Le climat est donc tendu et la mort rode et est omniprésente sans pour autant prendre le visage d'un camp en particulier.

Le graphisme de Marcelo Frusin (qui dessine les premiers épisodes) génère, lui, moins d'enthousiasme dans un premier temps. Les décors sont un peu dépouillés, les traits parfois minimalistes et, surtout, la colorisation et l'encrage jouent à fond la carte du clair-obscur, avec des contrastes parfois sublimes et à d'autres moments très quelconques voire naïfs. L'avantage d'un tel parti pris consiste toutefois à donner, aux visages et à quelques scènes, une ambiance crépusculaire qui convient parfaitement à l'époque et au propos. Et puis, bon, après tout, l'on s'y fait et on reconnaît même certaines trognes ressemblant étrangement à des acteurs habitués à porter un six coups et à être... impitoyables. ;o)

Alors là, j'en vois déjà certains se dire "oui, c'est bien beau tout ça mais va encore falloir se taper de la VO et gnagnagna". Mais non justement, pas de gnagnagna ! En fait, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. Allez, je commence par la bonne. Figurez-vous que la VF est prévue pour... le mois prochain ! Weepeeeeee ! (heu, c'était une sorte de cri de joie mais en cowboy)
La mauvaise nouvelle maintenant : ce sera publié par Panini. Autrement dit, si ça se passe comme avec Shaolin Cowboy (prévu pour le mois dernier et repoussé à une date inconnue), le délais avant de pouvoir dévorer ce premier tome en 100% Vertigo pourrait s'avérer plus long que prévu.

Un comic qui donne envie de prendre un colt, un canasson et d'aller descendre le premier desperado venu. ;o)
Plus sérieusement, c'est du très bon et, en plus, cela change des Masques ou des polars, autrement dit, il serait étonnant que Wes Cutter ne rentre pas très vite dans le cercle, pourtant fermé, des héros cultes.

ps : j'ajoute quelques exemples en ce qui concerne les dessins dont je parlais. Pour cette première illustration, le résultat n'est pas très joli, le dessin est fade, simpliste, la colorisation grossière. Par contre, pour cette case ou celle-ci, le même procédé donne un effet bien plus agréable à l'oeil même si les décors restent dépouillés.