13 février 2011

Celluloid : Roman Graphique Erotique

Probablement la sortie la plus originale du mois avec Celluloid, une étrange expérience visuelle.

Une jeune femme rentre chez elle, téléphone à son amant et, en l'attendant, visionne un film érotique trouvé dans un vieux projecteur. La bobine finit par brûler mais semble avoir laissé une trace sur l'un des murs. Une porte est apparue.
En l'empruntant, elle va découvrir un endroit inquiétant et sensuel dans lequel elle va faire des rencontres qui la mèneront vers l'abandon, le plaisir... la perte peut-être ?

Difficile d'en dire plus sur l'histoire tant cette oeuvre est particulière. L'auteur est Dave McKean, un artiste dont on avait déjà pu admirer l'univers graphique dans Batman : Arkham Asylum où, entre autres, dans Sandman dont il a signé les si admirables covers.
Ce graphic novel possède la particularité de n'être qu'exclusivement graphique, dans le sens où l'auteur n'utilise ni textes ni dialogues. Le lecteur est donc plongé dès le départ dans des planches "silencieuses" mais particulièrement évocatrices.
McKean utilise une large palette d'outils et d'effets pour faire passer les émotions désirées : collages, photographies, jeux de transparence, contrastes violents, gros plans ou ambiance surréaliste permettent de donner un ton presque plus inquiétant qu'érotique à ce récit (bien que le sexe, voire les sexes, soient au centre du propos).

Autant le dire, il s'agit plus d'une expérience singulière, d'un profond travail sur la forme, que d'une BD dans son acceptation classique. Chacun s'arrêtera plus longuement sur une page, sera frappé par un symbole ou une image crue, un peu comme si, finalement, le lecteur se baladait dans une exposition à la thématique unique et à la progression logique.
A la fois beau, dérangeant et déroutant, ce livre (qui se regarde plus qu'il ne se lit) mérite largement que l'on s'y attarde, ne serait-ce que pour la puissance de ses représentations oniriques ou l'utilisation, glauque et habile, de fruits "métaphoriques" permettant de renvoyer l'acte charnel à un aspect brut, naturel, presque obscène par manque de ce romantisme mou dont on entoure habituellement les désirs les plus primitifs. Le mieux est encore de dévoiler quelques planches afin de se faire une idée plus précise du contenu. Cet article sera donc largement illustré. J'ai bien évidemment choisi des dessins relativement soft mais sachez que des éléments bien plus explicites sont présents, ce qui destine naturellement l'ouvrage à un public adulte.
Bien entendu la démarche se veut résolument artistique et ne verse à aucun moment dans la vulgarité, toutefois, le sujet et son traitement peu commun seront probablement loin de faire l'unanimité. Ni un roman, ni une suite de tableaux, pas vraiment un artbook, voilà un objet - aussi atypique qu'esthétique - qui montre à quel point l'art subtil du dessin est riche et permet encore de bien surprenantes explorations.

Un voyage au pays des sens et de leurs représentations visuelles.
Intellectuellement excitant.



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