17 février 2011

Rex Mundi : Les Rois Perdus

Suite de Rex Mundi avec le tome #3 intitulé Les Rois Perdus.

L'enquête du docteur Saunière le mène progressivement vers la vérité et des révélations fracassantes concernant l'Eglise mais aussi le puissant duc de Lorraine. Ce dernier continue d'intriguer, contre le roi Louis XXII, afin d'annexer la Marche d'Espagne, formée par les terres des marquis de Catalogne, de Navarre et d'Aragon.
Une réunification qui sert en fait de prétexte, le duc s'étant promis de rejeter les hordes mahométanes par-delà les frontières naturelles de l'Europe. L'émirat de Cordoue est donc directement menacé mais, par un jeu d'alliances et un effet domino, une telle entreprise pourrait mettre le feu à tout le continent et entraîner l'Angleterre, la Prusse, le Saint Empire Romain et la Russie dans la guerre.
Julien Saunière et son amie le docteur Tournon sont plus que jamais en danger. En se mêlant des secrets du duc, ils pourraient même faire s'écrouler les fondements du christianisme...

Six nouveaux épisodes de Rex Mundi sont maintenant disponibles. Le scénario d'Arvid Nelson demeure toujours aussi palpitant. Côté dessin, Ericj, que l'on avait déjà vu à l'oeuvre sur les deux premiers tomes (cf tome #1 et tome #2) partage cette fois les crayons avec Jim Di Bartolo et Juan Ferreyra. C'est surtout le travail de ce dernier qui s'écarte un peu de l'ambiance que l'on connaissait, avec des visages plus lisses, qui perdent nettement en caractère.
Mais revenons à l'histoire. Celle-ci fait de véritables bonds en avant, que ce soit au niveau des révélations sur les secrets concernant les Templiers et les "véritables" rois de France, ou encore du côté des intrigues politiques qui ne sont pas sans rappeler d'autres évènements historiques bien réels. L'on assiste donc en parallèle à une enquête classique (mais passionnante), de type "Da Vinci Code", et à d'habiles manoeuvres géopolitiques. Le tout bien entendu avec toujours l'aspect uchronique et la magie qui viennent apporter une touche particulière à l'ensemble.
Le fonctionnement politique interne de cette France des années 30 est notamment très bien pensé. Le pouvoir est en fait partagé entre le Roi et l'assemblée nationale, scindée en deux chambres ; celle des Epées, traditionnellement acquise au duc de Lorraine, et celle des Robes, dont les membres sont généralement fidèles au roi. Pour qu'une décision soit entérinée, il faut qu'elle recueille l'approbation de deux de ces trois "institutions". Le souverain et sa chambre des Robes pouvaient donc, depuis toujours, offrir un simulacre de monarchie parlementaire alors que, dans les faits, le roi, sûr d'être soutenu, conservait les pleins pouvoirs. C'est en s'ingéniant à renverser cet équilibre et en ralliant à sa cause une majorité de Robes que le machiavélique Lorraine a pris les rênes du pouvoir, en toute légalité (ou presque, ses méthodes étant assez expéditives parfois lorsqu'il s'agit de convaincre un indécis).
Le système en place et sa conquête sont en tout cas parfaitement décrits et apportent un vrai plus à l'histoire.

Outre donc les dernières révélations, à base de pentagrammes, de crânes et autres éléments ésotériques (faisant même parfois appel à la légende arthurienne), nous avons droit aux maintenant habituels extraits de journaux, à une petite galerie d'illustration et à une préface de J.H. Williams III.
Il n'est pas inutile de dire quelques mots sur cette dernière, car, bien que son auteur soit dessinateur et scénariste, il parvient à dire tout de même pas mal d'âneries sur sa profession en seulement quelques lignes. Je vais passer rapidement sur les idioties et considérations politiques, du genre "on nous ment", "Rex Mundi est indispensable pour comprendre ce que disent les journaux du soir" (ah bon ?!), pour en venir à une affirmation gratuite et plus gênante qui prétend que ce comic est "l'un des très rares exemples qui vous dira quelque chose qui donne à réfléchir, et sera un bol d'air pour nos cerveaux abreuvés de propagande". Bon, je sais bien qu'il est de coutume en général d'encenser ce que l'on présente dans une préface, m'enfin là, il nous explique gentiment que les lecteurs sont de grands benêts naïfs qui ont besoin d'une BD pour réfléchir sur le monde et, surtout, que la plupart des comics ne font pas appel à la réflexion.
On a rarement vu un auteur dénigrer autant son propre domaine (ou bien il est juste stupide et ne se rend pas compte de ce qu'il dit, vu les propos décousus, je penche pour cette explication). Il est évident que Rex Mundi, sans nier ses qualités bien réelles, est loin d'être la seule série de comics permettant de susciter des débats, faire réfléchir ou remettre en cause notre société ou un aspect de celle-ci. Oser le prétendre est faire peu de cas du travail d'un grand nombre d'artistes qui font bien autre chose que de simplement divertir ou refourguer aux lecteurs de gentillettes histoires pour enfants.
Bref, c'est la préface la plus stupide que j'aie pu lire jusqu'à présent. La barre est haute, mais on trouvera certainement mieux un jour. Il paraît qu'il ne faut jamais désespérer des imbéciles.

Excellent opus pour une série qui devient de plus en plus addictive au fil des épisodes.