23 février 2011

Judge Dredd : Mandroid

On lorgne aujourd'hui du côté de Mega-City One avec Judge Dredd : Mandroid, édité chez Soleil.

Le sergent Nate Slaughterhouse est un vétéran du Space Corps. Il s'est battu sur des planètes hostiles et a livré des dizaines de combats, jusqu'à ce jour où, grièvement blessé, il est récupéré à moitié mort sur le champ de bataille. Placé en suspension cryogénique, il ne doit la vie qu'aux implants cybernétiques qui constituent maintenant l'essentiel de son corps.
Le choc psychologique est intense. Démobilisé, Nate part, avec sa femme et son fils, pour Mega-City One. Là, la petite famille trouve un appartement dans un bloc immonde, gangréné par la criminalité. Ils sont à court d'argent, sans emplois, sans aucune aide psychologique. Slaughterhouse pensait avoir vécu des moments difficiles, mais c'est dans l'enfer de la mégapole qu'il va connaître le pire. Et quand il n'aura finalement plus rien à perdre, il fera ce qu'il a toujours fait : tuer.
Malheureusement pour ce brave type victime des circonstances, la Loi, dans Mega-City One, n'est rendue que par les Juges. Dredd, qui avait pris le vétéran en sympathie, si tant est qu'il pût en éprouver, va se retrouver dans l'obligation de le traquer.
Ils auraient dû être du même côté, la vie en a décidé autrement...

La branche US Comics de Soleil n'en est pas à son coup d'essai concernant le célèbre Judge Dredd, issu du non moins fameux hebdomadaire britannique 2000 AD. L'année dernière, l'éditeur avait déjà publié un recueil de courtes histoires, dont le contenu hétéroclite et l'aspect visuel très particulier pouvaient un peu rebuter.
Ici, ces réserves n'ont pas lieu d'être puisqu'il s'agit d'un seul long récit, écrit par John Wagner et illustré par Kev Walker (qui a officié sur Marvel Zombies), Simon Coleby et Carl Critchlow. Graphiquement, le résultat est efficace, surtout pour la première partie (ce volume contenant en fait deux arcs différents formant un tout), avec un style sombre et des jeux d'ombres et de contrastes qui parviennent à retranscrire aussi bien la violence de la ville que la perdition de ses habitants. La seconde partie est plus classique et moins inspirée mais reste tout à fait honnête.
L'histoire est particulièrement dure et sans concessions, les évènements se déroulant avec une froide logique qui en renforce l'horreur et l'inéluctabilité. Surtout, Dredd doit ici faire face non pas à un monstre ou un criminel endurci, mais à un homme foncièrement bon qui, par désespoir, va s'écarter de la Loi, seule référence pour un juge qui va pourtant se révéler un peu moins glacial qu'à son habitude (dans un premier temps au moins). Ce qui n'aurait pu être qu'une banale histoire de vengeance est finalement rehaussé par un questionnement moral intéressant et, surtout, une implacable progression dramatique donnant l'impression que les personnages ne peuvent que subir un système écrasant et ses conséquences inhumaines.

Vous l'aurez compris, ce n'est pas très gai. L'ouvrage se révèle inquiétant, musclé sans être simpliste et même émouvant parfois. Il a également l'avantage de présenter l'univers de Dredd (à base d'armures de combat, de blocs aussi immenses que glauques et de fort sentiment de désolation) d'une manière cohérente et accessible.
Techniquement, rien de particulier à signaler. Bonne trad, hardcover et (très) petite galerie de covers.

De la SF brutale et angoissante.
A éviter les soirs de déprime.



ps : j'en profite pour vous signaler le changement d'adresse du site Watchtower, maintenant hébergé ici : http://wtcomics.mdata.fr/