07 février 2011

Haunt : Frères Ennemis

Sortie du premier tome librairie de Haunt. Le résultat de l'association entre McFarlane et Kirkman est-il à la hauteur de nos espérances ?

Tout ou presque oppose les frères Kilgore. L'un est prêtre, l'autre agent secret. L'un est brun, l'autre blond. Et surtout, l'un est vivant, l'autre mort.
Daniel est encore sous le choc de la disparition de son frère lorsqu'il se rend compte qu'il peut le voir et même lui parler. Plus troublant encore, dans les situations de danger, lorsque Kurt, sous sa forme spectrale, s'associe à Daniel, ils donnent alors naissance à une étrange créature aux pouvoirs étonnants.
Les situations de danger, justement, cela ne va pas manquer, car une organisation est à la recherche du carnet de notes d'un scientifique abattu par Kurt. Pour mettre la main dessus, elle n'hésite pas à s'en prendre à ses proches. Daniel et son ectoplasme de frangin vont donc devoir faire équipe pour sauver notamment la femme qu'ils ont tout deux aimée.
La cohabitation ne sera pas facile, à cause du passif existant entre les deux hommes mais aussi parce que leur fusion risque d'avoir des effets, notamment physiques, imprévus et peu agréables...

Nous avions déjà eu l'occasion de parler de Haunt lors de la preview, puis des premiers épisodes en kiosque (épisodes #1 et #2). La sortie de ce premier album permet d'avoir une vue d'ensemble et de se faire une idée plus précise de la série.
Rappelons que le concept est de Todd McFarlane (ce dernier s'occupant également de l'encrage et de certaines covers), le scénario est de Robert Kirkman (Walking Dead, Invincible, Marvel Zombies, The Astounding Wolf-Man), le découpage et les crayonnés de Greg Capullo, et enfin la finalisation des dessins de Ryan Ottley.
L'idée de départ possède de nombreux points communs avec Spawn : le type qui revient de l'au-delà, le costume symbiotique, l'épouse en danger ou même la profession du défunt par exemple. Même graphiquement, Haunt fait tout de même pas mal penser à son cousin infernal. Ceci dit, son look n'en est pas moins réussi pour autant.
Le "fonctionnement" du (ou des) personnage(s) s'écarte par contre un peu plus des sentiers battus. Daniel peut voir son frère, lui parler également, mais lorsque ce dernier le touche ou pénètre entièrement en lui (dit comme ça, ça a l'air dégueulasse non ?) une matière ectoplasmique s'échappe du nez et de la bouche de Daniel pour recouvrir entièrement son corps. Oui, en quelque sorte, il "vomit" son costume, qui est en fait son frère. Imaginez un peu le truc dans la réalité :
- Mais enfin Régis, c'est une écharpe qui te sort par le nez !?
- Oui mais ne t'inquiète pas, c'est Franck, mon frère mort dans des circonstances épouvantables. Il me sert de manteau aussi maintenant.
Y'a quand même peu de chances pour qu'on vous réinvite à dîner après un coup pareil.
Bref, une fois la transformation effectuée, les deux frères restent conscients et cohabitent donc à l'intérieur du même corps. Ils peuvent même se parler d'ailleurs. Tout cela a l'air absurde mais, même si je m'en moque gentiment, ça fonctionne relativement bien.

En gros nous sommes donc face à un récit d'espionnage, assez violent (voire sanglant), mâtiné de fantastique. Les auteurs flinguent, découpent et hachent allégrement, ce qui réserve donc l'oeuvre à un public averti. D'autant que certaines scènes sont vraiment poignantes. La plus dérangeante est sans doute ce petit garçon, atrocement mutilé suite à des expériences, que l'on voit jouer, le regard triste, avec une figurine. Et c'est là que l'on se rend compte que les détails sont parfois très importants. Car, sans la présence du jouet, il n'y avait qu'un "monstre" sur lequel l'on pouvait vaguement s'apitoyer en faisant une petite grimace de dégoût, alors qu'ici, en lui rendant son humanité (et son jeune âge) par le biais d'un simple jeu, l'image n'en est que plus percutante et dramatique.
Outre l'hémoglobine et l'action, ces épisodes s'intéressent également aux histoires de coeur (et de cul, les deux allant souvent de pair) des frangins. Le fait est que les personnages féminins sont assez nombreux et que le brave Kurt, avant de passer l'arme à gauche, a eu une vie sentimentale visiblement bien remplie.

La VF est publiée par Delcourt. Hardcover et papier glacé.
Niveau bonus, l'on retrouve un sketchbook de trois pages et une postface de Kirkman. C'est un tout petit peu léger en comparaison de ce que l'on avait déjà pu trouver dans les revues kiosque, non seulement parce qu'il s'agit de matériel déjà publié, mais surtout parce qu'il manque des éléments qui étaient présents dans la preview. A la limite, pour les nouveaux lecteurs, il aurait peut-être été intéressant d'ajouter le portrait de McFarlane (4 pages) paru dans Les Chroniques de Spawn #27 (d'autant que le public librairie est en général moins connaisseur que les fidèles du kiosque). Mais bon, au moins il y a un petit quelque chose en plus, ce n'est pas le cas avec tous les éditeurs.

Une série violente, bien réalisée, mais qui ne brille pas par son originalité.
Même si ce premier arc se laisse lire sans déplaisir, il ne donne pas foncièrement envie de se jeter sur la suite.