27 janvier 2009

Elektra & Wolverine : une traductrice loin de la rédemption

Une tentative originale mais un peu fade qui vire, en VF, au grand n'importe quoi, cela donne Elektra & Wolverine : Le rédempteur. Un ouvrage paru il y a quelques années dans la collection Marvel Graphic Novel.

Elektra est une tueuse. Elle a été engagée pour éliminer un homme durant son sommeil. Et, comme toujours, sa cible n'a pas une chance de lui échapper. Seulement, cette fois, un témoin a aperçu le visage de la ninja. Une petite fille a vu le crime se dérouler sous ses yeux et est maintenant en danger. Pour la protéger, l'on fait alors appel à un type ronchon et solitaire, un tueur également, aux sens décuplés et à la rage animale.
Wolverine et Elektra devront s'affronter et se montrer sans pitié. Parce que c'est leur job, leur destin... et parce que dans l'ombre, quelqu'un est assez fou pour les manipuler.

Voilà un projet qui paraissait au départ plutôt attrayant puisqu'il s'agit en fait d'un texte illustré. Mais si aborder nos héros sous une forme un peu différente - ici une sorte de novella - est en soi une bonne idée, elle est loin d'être suffisante. L'histoire tout d'abord, de Greg Rucka, s'avère convenue et sans surprise. Les personnages manquent singulièrement de charisme, le "méchant" est franchement insipide, les rares rebondissement sont plutôt téléphonés et, pire encore, les scènes d'action se révèlent vite ennuyeuses au possible. Mais là, Rucka n'est sans doute pas le seul responsable. Cette version française est signée Geneviève Coulomb. Ceux qui connaissent déjà son travail sur les séries régulières sont habitués à serrer les dents, les fesses et, d'une manière générale, tout ce qu'il est physiquement possible de serrer, rien qu'à la lecture de son nom. Mais ce qui pouvait encore passer sur de simples dialogues à insérer dans une BD devient, ici, une démonstration exceptionnelle d'impéritie. Certaines phrases frisent l'imbécillité au niveau du sens, des termes sont incorrectement employés, lorsqu'il n'y a pas de fautes, les tournures sont ou plates ou incroyablement maladroites et empruntes de lourdeur, le tout saupoudré de répétitions et des habituelles erreurs d'impression. Même la ponctuation est utilisée de manière impropre ! Je crois n'avoir jamais vu jusqu'ici quelqu'un d'aussi peu à sa place dans le monde de l'édition, même le type qui a rédigé le manuel d'entretien de ma bagnole était plus inspiré... bien évidemment, la traductrice (enfin, la personne qui essaie de traduire) n'est pas la seule fautive. Pour valider un tel... "travail", soit les responsables de Panini ne se rendent pas compte du niveau requis pour adapter une oeuvre, soit ils s'en foutent. Le résultat, lui, est misérable.

Les illustrations sont de Yoshitaka Amano. Elles vont du pas trop mal (avec tout de même des problèmes de proportions et des postures étranges) au franchement moche (je n'ai pas choisi les pires pour illustrer l'article) mais, surtout, l'on se demande bien pourquoi Marvel a opté pour un style "estampes japonaises". Bon, Elektra est une ninja mais tout de même, l'un des personnages principaux est canadien, l'autre est grec et l'histoire se passe aux Etats-Unis ! Il n'y a même pas, dans le texte, un quelconque rapport avec la culture nippone, si ce n'est deux ou trois noms d'armes traditionnelles.
Du coup, il ne reste pas grand-chose à sauver de ce naufrage, vendu à l'époque 25 euros (quand c'est raté à ce point là, autant tenter le tout pour le tout en gonflant le prix). On peut aujourd'hui le trouver d'occasion pour une quinzaine d'euros si l'on est vraiment curieux ou très peu regardant sur la qualité. Un petit point qui mérite tout de même d'être signalé, le personnage de Avery préfigure un peu ce que sera, plus tard, la jeune Laura Kinney, alias X-23. Pour cette dernière, Kyle et Yost se révéleront heureusement bien plus habiles que Rucka et en feront un personnage déchirant et profond, tout ce qui manque ici à une Avery à peine ébauchée et pour qui il est difficile de vibrer.

Un ouvrage de référence pour tous ceux qui se destinent à la traduction tant il contient à peu près tout ce qu'il est possible de mal faire. Gagnerait à être étudié dans certaines écoles.