11 juillet 2009

Une histoire d'amour en web 2.0

Avec Il était une fois... une fille que j'ai rencontrée deux fois ! les éditions Adalie nous proposent une BD à la fois touchante et drôle. Attention, un geek peut cacher un artiste de talent.

L'amour, la mort, la peur de l'autre, la solitude dans un monde où les moyens de communication ne cessent de prendre de l'ampleur, voilà quelques-uns des thèmes abordés dans cette première oeuvre de Davy Mourier. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, il s'agit de l'un des auteurs-comédiens de la série Nerdz. Habituellement plutôt déjanté, l'auteur prend le temps ici de construire deux histoires pleines de sensibilité.
La première partie, Il était une fois... une fille que j'ai rencontrée deux fois ! nous fait partager les doutes d'un petit bonhomme très bavard mais très stressé qui tente de séduire une jeune fille rencontrée sur le Net. Impossible de ne pas se reconnaître, au moins un peu, dans les situations que l'auteur dépeint avec une sincérité d'autant plus louable qu'il se met lui-même en scène, le récit se voulant ouvertement autobiographique. Graphiquement, Davy Mourier pose ses personnages, au look particulier mais attachant, sur des décors à base de photographies retouchées. Le résultat possède un charme indéniable.

Petite originalité de présentation, la BD étant réversible, il faut la retourner pour lire la deuxième histoire, Papa, Maman, une maladie et Moi ! Alors, je dois vous avouer une chose, je suis hypocondriaque. J'aurais préféré être nyctalope mais on ne m'a pas demandé mon avis. Pour vous donner un ordre d'idée, je dois être le seul trentenaire mosellan à n'avoir jamais vu un seul épisode de Dr House. Donc quand y'a "maladie" dans le titre d'un bouquin, c'est un réflexe, j'ai envie de me réfugier dans un vieux Picsou Géant, parce que les canards, ça fait pas peur. Mais bon, ne pouvant pas décemment chroniquer un livre sans le lire en entier, je me suis forcé. Et heureusement !
Parce que, autant la première partie est agréable, douce, amusante, autant ce second récit va encore plus loin dans l'émotion et se révèle d'une maîtrise narrative exceptionnelle. Les cases de ces planches sont conçues d'une manière bien précise : la partie supérieure contient un texte, direct et honnête, qui bien souvent vous serre la gorge alors que la partie inférieure dévoile une illustration ou une courte mise en situation totalement décalée qui vient contrebalancer la gravité des propos. Une peur qui vous tord le ventre est aussitôt écartée par un grand éclat de rire qui vient vous soulager d'un poids, un voile de tristesse se déchire grâce à un petit sourire en coin, bref, l'alternance d'émotions contradictoires est constante et vous laisse épuisé mais heureux.

Heureux parce que, putain, qu'est-ce que c'est bon !
C'est à la fois tendre et féroce, drôle et intelligent, et, en prime, bourré de références (parfois explicites, parfois plus subtiles) à Saint Seiya, Matrix, Marvel et ses comics, Retour vers le futur et un tas d'autres éléments de la culture populaire moderne. Non seulement le lecteur se sent en terrain connu mais, s'il aime ne pas ressortir totalement indemne d'une rencontre avec une oeuvre, il en aura alors très largement pour son argent.
Un grand soin a également été apporté à la réalisation, l'ouvrage bénéficiant d'un grand format, d'un papier glacé et d'une élégante hardcover avec vernis sélectif.

Il y a parfois des bouquins que vous commandez par curiosité et qui vous donnent des sueurs froides rétrospectivement parce que vous auriez pu bêtement passer à côté. Celui-ci en fait partie tout comme il fait partie de cet Art, au sens large, qui nous rend la vie plus acceptable en magnifiant ses bons côtés et en raillant ses vacheries.
Mieux qu'un Tranxen. Et tellement plus joli...


Le blog de Davy Mourier : BadStrip