13 juillet 2009

Les Britanniques à la conquête de l'Espace

Et si les missions Britannia avaient remplacé Apollo ? Si l'espace avait été conquis, peu de temps après la guerre, par les pilotes de Sa Majesté ? C'est ce que conte Ministère de l'Espace, une mini-série en trois parties.

1945. Peenemünde, Allemagne. Le plus grand centre de recherche au monde est investi par les américains qui n'y trouvent que des baraquements vides. Les anglais viennent d'exfiltrer les scientifiques allemands au nez et à la barbe de leurs alliés et des soviétiques.
Trois ans plus tard, Spoutnik n'existe pas et la première lune artificielle mise en orbite autour de la terre émet le "God save the King" en morse. Les premières vont s'accumuler pour un Empire qui ne perd rien de sa superbe. Vol habité, station spatiale, premiers pas sur la Lune, conquête de Mars, la Grande-Bretagne, forte d'une avance technologique ahurissante, règne sur l'espace.
Pourtant, un lourd secret pèse sur la conscience de Sir John Dashwood. L'homme a laissé ses jambes dans la course à l'espace. Il est aujourd'hui le plus ancien membre du Ministry of Space. Anobli de surcroît. Et malheureusement, il n'est plus le seul à savoir que les plus beaux rêves ont parfois besoin d'exploiter la saleté et l'horreur pour se réaliser...

Voici donc une mini-série originale qui se révèle être une sorte de version uchronique de la course à l'espace, Washington et Moscou étant complètement dépassées ici par la perfide Albion. Le scénario de Warren Ellis (Astonishing X-Men, Fell, Nextwave, New Universal) est prenant et fort bien construit. L'auteur développe en fait parallèlement un récit contemporain et des flashbacks revenant sur les grandes dates de la Royal Space Force en s'appuyant sur quelques références historiques réelles, comme Peenemünde, immense centre de recherche allemand où furent élaborées les Vergeltungswaffe (les fameux V1 et V2) et où travaillèrent entre dix et quinze mille personnes, ce qui pour l'époque (1936) était tout simplement vertigineux et sans égal.
Visuellement, Ellis est fort bien appuyé par les excellents dessins de Chris Weston. Les appareils anglais ont ce qu'il faut de réalisme tout en s'écartant suffisamment de leurs homologues historiques américains, les scènes dans l'espace sont souvent impressionnantes, comme l'arrivée sur Mars, à couper le souffle, et l'on a droit, sur Terre, à quelques plans d'anthologie, comme cette magnifique planche où des vaisseaux survolent la Tamise et le Palais de Westminster.

Tout est réussi donc ? Eh bien oui sauf que c'est abominablement court. Le sujet est si riche, les étapes si nombreuses, que l'on aurait pu très largement imaginer une on-going plutôt que ces trois intenses mais brefs épisodes. Bizarrement, Ellis est un peu coutumier du fait, l'on retrouve cette même impression de ne pas avoir fait totalement le tour du sujet dans Red, une série inédite en France dans laquelle il dépeint la traque d'un ex agent de la CIA. Autre petit défaut, le fameux "secret" concernant le financement du ministère est franchement téléphoné vu le contexte et l'époque.
Mais qu'importe après tout puisque l'ensemble nous fait passer un très bon moment, surtout si l'on aime un peu les machines volantes et la profonde et mystérieuse noirceur du cosmos.

Un excellent comic qui nous tire de notre pesanteur terrestre pendant un trop bref instant.
La VF est disponible chez Semic et date de 2005.

"Dès lors que vous aurez goûté au vol, vous marcherez à jamais sur terre les yeux levés vers le Ciel."
Léonard De Vinci