21 avril 2010

Walking Dead : Fear the Hunters

Onzième tome pour The Walking Dead avec aujourd'hui la sortie de l'adaptation française de Fear the Hunters, sobrement traduit sous le titre Les Chasseurs.

Rick et les rares survivants encore réunis autour de lui tentent de rallier Washington. Eugène Porter, accompagné notamment d'un sergent de l'armée aux méthodes assez brutales, les a convaincu qu'ils pourraient en apprendre plus là-bas sur les causes de l'épidémie.
La route n'est pourtant pas facile. Le manque de nourriture se fait de plus en plus sentir et le danger est omniprésent. Comme si les zombies ne suffisaient pas, un autre drame survient. L'un des enfants adoptifs de Dale et Andrea commet un acte d'une atrocité épouvantable. Le groupe doit statuer sur son sort. Et par les temps qui courent, cela revient à décider s'il faut ou non le laisser en vie.
Après une nouvelle rencontre, cette fois avec un prêtre assez étrange, la petite bande se sent épiée. Dans les bois, des ombres rôdent. Et ce ne sont pas des morts-vivants. Rick et les autres découvrent bientôt qu'ils sont la cible d'un groupe de chasseurs. Mais après les évènements liés aux actions du Gouverneur, qui peut dire qui seront vraiment les proies ?
Carl, de son côté, se montre de plus en plus froid et insensible. Le petit garçon apprend, et vite, que pour survivre dans le nouveau monde, il faut se montrer... sans pitié.

Toujours un très bon moment de lecture, c'est donc avec joie que l'on retrouve Robert Kirkman au scénario et Charlie Adlard au dessin. Le temps, un peu moins mouvementé, de la prison est loin derrière les rescapés. Ceux-ci, en plus des attaques de zombies et des éventuels humains hostiles, subissent maintenant le contrecoup psychologique de l'épouvantable situation qu'ils endurent depuis si longtemps.
L'évolution de Carl est assez spectaculaire. Malgré son jeune âge, il se protège au mieux et développe des mécanismes lui permettant de ne pas être submergé par ce qui, souvent, ralentit les adultes. Il n'est tout de même pas insensible et pleure encore parfois, mais souvent seul, caché, comme s'il devait à tout prix ne plus montrer aucune faiblesse face aux autres. Il ne s'en sort toutefois pas si mal si on le compare au petit Ben, complètement anéanti par les horreurs qu'il a dû vivre.
Encore des morts donc dans cet opus, mais aussi beaucoup d'émotion. Dale notamment passe par des moments extrêmes, que ce soit lorsqu'il est aux mains de l'ennemi ou quand il tente de sauver, presque seul contre tous, l'un des gamins dont il a la charge.

Des révélations, des actes incroyables, des coups de théâtre, le cocktail reste donc identique et toujours aussi savoureux et... déchirant. Les personnages, poussés par le contexte, s'enfoncent encore plus profondément dans la violence. Il faut tout de même reconnaître que celle-ci n'est jamais gratuite et est motivée par la survie. Débarrassé des lois et codes qui déterminent ses droits et le rendent plus civilisé, l'homme retrouve ses instincts primaires et est bien souvent frappé de stupeur par ce qu'il ne pensait pas être capable de faire.
Les petites lâchetés côtoient les grandes ignominies, sans qu'il n'y ait semble-t-il de place pour une quelconque rédemption.
Après un semblant d'organisation sociale et de normalisation durant le moment où les protagonistes étaient à l'abri relatif de leur prison, Kirkman les met de nouveau sur la route, au milieu du danger. Face à eux-mêmes, sans murs protecteurs, sans système global leur permettant d'absorber une part de leur responsabilité, ils sont plus fragiles que jamais, à la fois bien décidés à se battre mais hantés par leurs actes. Et finalement, bien plus que leur confort matériel ou leur sécurité, c'est la perte de leur confort moral qui semble le plus difficilement supportable.
Reste à savoir ce que nous découvrirons à Washington et ce que l'auteur a prévu pour justifier le sort de l'humanité. Dans tous les cas, il y a de grande chance pour que l'on en reste, encore une fois, sur le cul.

Addictive et magistralement construite, cette série est à conseiller à tout le monde, même aux lecteurs les plus réfractaires à la bande dessinée.



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