18 mai 2011

Comixheroes Universe

Le numéro #1 de Comixheroes Universe contient trois nouvelles séries Aelement Comics. On passe en revue le contenu.

Jusqu'à présent, les différentes publications Aelement étaient centrées sur un titre particulier (Ringhorn, Dieu le Veut...). Avec Comixheros Universe, l'éditeur lance une revue au contenu plus important et varié. Au menu ; Roncevaux, Golden Stars et Superbug. Ces trois séries ont toutefois un point commun puisqu'elles se déroulent à Europolis, capitale futuriste des Nations-Unies Européennes que l'on avait découverte dans Hoplitea. Plusieurs personnages déjà rencontrés aux côtés de la Lionne de Sparte s'invitent d'ailleurs dans ces planches.
Voyons cela dans le détail.

L'on commence avec Roncevaux, par Laurent Arthaud (scénario) et Nido (dessin). Roncevaux, chevalier astral aidé de sa fidèle Durandal, affronte l'ignoble Obscur et ses sbires. L'essentiel de l'épisode est constitué d'affrontements qui malheureusement tombent un peu à plat à cause d'un enjeu peu évident à cerner et de protagonistes auxquels le lecteur n'est pas encore suffisamment attaché pour réellement se soucier de leurs ennuis. De bonnes idées parsèment malgré tout les pages, comme la relation entre Roncevaux et "l'âme" de son épée, ou encore le plan astral et ses particularités, mais tout cela est insuffisamment développé.

Avec la suite, Golden Stars, on monte d'un cran en qualité. Toujours Laurent Arthaud au scénario, secondé par Frédéric Pham Chuong, artiste qui se charge également du dessin, de l'encrage et de la colorisation. Visuellement, c'est beau, dynamique et inspiré. Même Europolis, jusqu'ici représentée de manière cartoony et un peu fade, acquiert ici une âme. La vue d'ensemble de la deuxième planche donne de la ville une vision fascinante, à la fois un peu inquiétante et totalement réaliste grâce aux détails et à l'aspect "vécu" qui s'en dégage.
Les personnages, bien qu'encore un peu artificiels, doivent beaucoup au traitement graphique qui les fait gagner en charisme. Les différents effets et jeux de lumière sont également habilement dosés et employés, bref, une vraie claque visuelle.
Pour ce qui est du récit, là encore il s'agit essentiellement d'une baston, mais les dialogues, sans échapper à certains stéréotypes, sont un peu plus inspirés. Les rapports entre le boss des Golden Stars et Roncevaux constituent une piste intéressante mais elle reste encore trop embryonnaire et mal servie par un texte et des choix narratifs pesants.  

Enfin, l'on termine par Superbug, une histoire courte mettant en scène le personnage qui donne son nom à la série et qui porte un costume inspiré d'une... coccinelle ! Plutôt amusant et original (bouh ! je vais vous anéantir damnés vilains, car j'ai en moi la force et le courage de... heu... d'une coccinelle...). Laurent Arthaud est rejoint ici par Marti pour la partie graphique.
Là encore, du combat, mais narrativement, c'est déjà plus intéressant, le scénariste parvenant, malgré la brièveté du récit, à donner un peu d'épaisseur - voire simplement de caractéristiques - à Superbug, notamment en en faisant un type un peu maladroit (ou guère rigoureux) ne sachant même pas utiliser son propre équipement. C'est de ce genre d'anecdotes, humanisant fortement les protagonistes, dont on sent souvent cruellement l'absence.

Globalement, les trois titres n'ont rien de repoussants mais souffrent tous des mêmes défauts. L'on en vient trop vite à de l'action qui a un côté superficiel car l'on ne connaît rien des motivations des personnages ni d'ailleurs, souvent, de leur caractère. Si certaines répliques fonctionnent vraiment bien, nombre de dialogues manquent de naturel et flirtent presque avec la parodie. Le travail et la bonne volonté des auteurs sont évidents, mais la marge de progression l'est tout autant.
Le constat, un peu rude, ne doit pas édulcorer les points positifs : la richesse de l'univers partagé semble réelle, même si la façon de le présenter reste maladroite, des pointes d'humour laissent à penser que l'écriture de Laurent Arthaud devrait grandement gagner en efficacité une fois qu'il aura pris ses marques, et, enfin, le travail de Frédéric Pham Chuong apporte un plus indéniable à l'univers. Ajoutons à cela un travail éditorial plutôt bon (impression de qualité, présence de bonus, notamment un sketchbook et un article de fond intéressant) même si, là encore, l'on peut déplorer une ou deux coquilles et un gros ratage qui fait mal aux yeux (on ne dit pas "être en biz biz" mais "en bisbille").
Reste le prix, 7,50 euros tout de même, qui pourrait constituer un frein sérieux à l'achat.

Une entreprise ambitieuse qui n'est pas sans défauts mais pourrait réserver de bonnes surprises si ces derniers sont corrigés.