17 juin 2011

The Boys : Les Origines

Le dixième tome de The Boys se penche sur les origines de certains personnages. Et comme toujours avec Ennis, c'est plutôt gratiné.

Nous sommes maintenant arrivés à peu près à la moitié de cette excellente série, écrite par Garth Ennis et dessinée par Darick Robertson (cf ces articles sur les tomes #1 et #7 si vous avez manqué le début). Jusqu'ici les "P'tits Gars" s'étaient montrés particulièrement efficaces dans leur domaine si particulier - consistant à garder un oeil sur les "super-slips" et éviter leurs dérives - mais nous ne connaissions pas réellement leur passé. Voilà une lacune comblée grâce à ces quatre épisodes revenant sur les jeunes années de la Crème, du Français et de la Fille. Pour Butcher, le big boss, il faudra attendre.

On commence avec la Crème et son enfance pour le moins chaotique. En effet, sa mère ayant été contaminée par du composé V bien avant sa naissance, sa famille entière a subi les retombées des activités de Vought-American. Un frère sérieusement handicapé, un père se tuant à la tâche pour tenter de confondre la société responsable de leurs malheurs, et, surtout, pour la Crème, une particularité très spéciale : il ne pouvait se passer de lait maternel. Sans ce breuvage, il dépérissait et devenait dangereusement rachitique. L'on imagine bien les problèmes que peut poser une telle alimentation passé un certain âge...
Cette première partie est également l'occasion pour l'auteur d'évoquer indirectement les attentats du 11 septembre mais aussi de décrire la première rencontre entre la Crème et Butcher, ce dernier étant évidemment le point commun de tous les récits.

L'on poursuit ensuite avec le Français. Il fallait s'y attendre, c'est ici l'occasion d'égratigner un peu la douce France et son attitude parfois si étrange. C'est de bonne guerre dirons-nous. Par contre, cela s'accompagne de clichés aussi ridicules que surannés. Il est par exemple question d'une joute à vélo dans laquelle les lances sont remplacées par des... baguettes de pain. Sans parler des bérets évidemment, car c'est bien connu, nous ne sortons jamais sans.
Bon, ce n'est pas bien méchant, mais il est tout de même dommage qu'un auteur s'en tienne à l'utilisation de lieux communs éculés lorsqu'il doit aborder une culture étrangère. Même l'humour qui entoure ces stéréotypes ne parvient pas à masquer cette fâcheuse tentation de céder à la facilité (ce n'est d'ailleurs pas la première fois, cf ce tome de Preacher). Ceci dit, Ennis s'est quelque peu "couvert" puisqu'il a lui-même évoqué la possibilité que le Français ne le soit pas forcément (français), ce qui reviendrait à faire endosser la responsabilité de cet épisode poussif au seul personnage et à sa mythomanie.
Ce n'est pas à un vieux briscard que l'on apprend à trouver des échappatoires. ;o)

Enfin, l'on termine par l'histoire consacrée à la Fille. Le Japon y est traité avec plus d'égards et Ennis s'amuse à parsemer son intrigue de diverses références qui vont de Alien à Astérix. L'on ne peut s'empêcher de constater une certaine ressemblance entre la Fille et Laura Kinney, alias X-23. Les deux personnages sont fort jeunes, n'ont pas eu d'enfance, ils baignent dans une ultra-violence constante et sont considérés comme des armes plus que des êtres humains. Tous ces éléments dramatiques rendent bien entendu la Fille, murée dans son silence, encore plus touchante malgré son côté froid et dangereux. La scène finale est notamment particulièrement poignante.

Notons que ce volume débute par une petite introduction où l'éditeur prend soin de nous expliquer que le titre original du quatrième épisode est tiré d'une poésie (The Female of Species) de Rudyard Kipling. Voilà le genre de petits plus intéressants et instructifs que l'on aimerait voir plus souvent. Un bon point pour Panini. Wow !

Au final, un ensemble plutôt bon (si l'on excepte le petit ratage "français") qui permet de fouiller un peu le passé, chargé, des protagonistes et délaisse pour un temps les habituels encapés et leurs nombreuses perversions.