20 mars 2010

Kick-Ass : vrai super-héros et vraies raclées

Le premier tome de Kick-Ass sort enfin en France et nous conte les déboires d'un jeune fan de comics bien décidé à imiter ses idoles de papier.

Dave Lizewski, un gamin comme les autres, obnubilé par une question : pourquoi, alors qu'il existe tant de lecteurs de comics mettant en scène des super-héros, personne n'a-t-il jamais essayé de suivre leur exemple ?
Lentement, l'idée fait son chemin puis se transforme en obsession. Dave se confectionne un costume, se cherche un pseudo puis effectue ses premières patrouilles. L'excitation est là, même la journée, le simple fait de porter sa tenue de héros sous ses vêtements civils transforme le jeune garçon.
Bientôt pourtant, il va être confronté à une véritable altercation avec des voyous. Le résultat est épouvantable. Dave en ressort grièvement blessé, couvert de sang et bon pour plusieurs opérations et des mois de rééducation. Il est passé très près de la mort mais cela ne l'arrêtera pas. Le virus du super-héros sera plus fort que la peur et la douleur.
Après s'être fait un nom, la popularité va encore plus doper le justicier costumé maintenant connu sous le nom de Kick-Ass. Et lorsque les premiers meurtres arriveront, il faudra en assumer les conséquences...

Il aura fallu attendre bien longtemps avant de voir arriver Kick-Ass dans nos contrées puisque cela fait deux ans déjà que je vous avais parlé du premier épisode, en VO, de la série (cf cet article).
Le scénariste est Mark Millar (Wanted, 1985, Old Man Logan...), les dessins sont de John Romita Jr qui signe ici des planches superbes, dans un style brut et dynamique. Le récit est particulièrement bien mené et explore des thèmes riches et intéressants, comme l'influence de la fiction sur la réalité ou les dangers d'une représentation édulcorée de la violence en art. Les auteurs font preuve d'une très grande maîtrise, que ce soit pour la scène d'introduction, le premier combat ou simplement la présentation du personnage principal. Tout ici est fluide et bien en place.
Si l'on devait être pointilleux, l'on pourrait faire un petit reproche au niveau du questionnement de départ, puisqu'il existe en fait de vrais "super-héros" aux Etats-Unis, et ce depuis bien longtemps. Certains patrouillent sur les routes les plus fréquentées et portent secours aux victimes des accidents, d'autres gênent parfois le travail des dealers, beaucoup sont relativement bien vus par les polices locales. Mais bon, Millar n'a peut-être pas suffisamment de temps pour se documenter, occupé qu'il est à se faire le plus de pognon possible. On sait qu'il a notamment vendu le nom de son personnage sur ebay et que, depuis, il a retenté l'opération avec succès pour d'autres séries. La démarche me semble limite, ne serait-ce que parce que même les noms peuvent parfois avoir dans une histoire un sens particulier, autre en tout cas que celui de représenter le gars qui a remporté une vente aux enchères. Quand on pense que cette idée est issue du cerveau du type qui faisait semblant de nous faire la morale à la fin de Wanted... [Edit 20/03/2010 - 18h20 : on me précise dans les commentaires qu'il s'agit en fait d'une action à but caritatif et que les fonds ont été reversés à la recherche sur la maladie de Crohn, ce qui change évidemment tout. Je présente mes excuses aux lecteurs pour les avoir induits en erreur sur le sens de la démarche de l'auteur.]
Pour revenir à la série en elle-même, elle est fort bien partie, mais Millar ayant la désagréable habitude de gaufrer ses conclusions, espérons qu'elle gardera le même niveau du début à la fin. Ce ne serait pas trop lui en demander pour une fois.

Un petit mot sur l'introduction de l'édition française. Non seulement Millar y est encensé par tous les moyens (même son run sur Fantastic Four est cité en exemple de réussite, c'est dire !) mais Romita y est présenté comme "le meilleur dessinateur de comics américains". Même si l'on ne tient pas compte du pléonasme "comics américains" (en fait je pense qu'ils voulaient dire le meilleur dessinateur américain de comics, mais ils n'ont pas été capables de bien placer et accorder l'adjectif), cette affirmation péremptoire me semble hautement déplacée.
Quel besoin y a-t-il de créer une hiérarchie entre les artistes ? Surtout basée sur du vent et rien d'autre qu'un avis subjectif. Romita serait-il supérieur à Mack, Maleev, Gaydos, Mignola ou Guice ? Différent certes, mais de là à être affublé d'un titre de champion qu'il ne voudrait sans doute pas lui-même, il y a un gouffre.
Et on termine par l'inévitable laïus sur l'adaptation ciné et son casting (ils se sont retenus de qualifier Nicolas Cage de "meilleur acteur de tous les temps" mais on sent qu'il leur en a coûté).
Bref, du n'importe quoi avec un peu de hors-sujet sur la fin, autrement dit du Panini dans toute sa splendeur.

Une excellente série qui démarre de manière énorme avec ces quatre épisodes survitaminés et passionnants.