23 janvier 2007

Escapade à Manhattan

Les héros Marvel ont ceci de particulier qu'ils évoluent dans le monde réel. Nombre d'entre eux officient à New York et même spécifiquement à Manhattan. Il est peut-être intéressant, du coup, de voir où se situent les lieux imaginaires et réels qui constituent le cadre de la plupart des comics dont je parle ici. En attendant d'y mettre les pieds, pourquoi ne pas déjà y jeter un oeil ? Allez, visite guidée !
(la carte est issue de l'encyclopédie Marvel n°2, consacrée à Spider-Man)

CARTE (<--click span="">

A : Site du World Trade Center
B : City Hall (Mairie)
C : Empire State Building
D : Times Square
E : Gare Grand Central
F : O.N.U.
G : Metropolitan Museum of Art

1 : Premier appartement de Mary Jane Watson
2 : Bedford Towers
3 : Appartement de Matt Murdock (Daredevil)
4 : Ancien appartement de Peter Parker (Spider-Man)
5 : QG secret du S.H.I.E.L.D.
6 : Atelier du Bricoleur
7 : Sanctuaire du Dr Strange
8 : Ancien loft de Harry Osborn
9 : Appartement de Ben Reilly (Scarlet Spider)
10 : Yancy Street
11 : Appartement de Peter Parker
12 : Appartement de Parker et Randy Robertson
13 : Appartement d'étudiant de Parker et Harry Osborn
14 : Coffee Bean
15 : Empire State University
16 : Daily Grind
17 : Appartement de Nick Fury
18 : Daily Bugle
19 : Fisk Towers
20 : Bureaux de Marvel Comics
21 : Appartement de Curt Connors
22 : QG officiel du S.H.I.E.L.D.
23 : Bureaux des Heroes for Hire (Héros à louer)
24 : Appartement de Madame Web
25 : Baxter Building (FF)
26 : Luxueux appartement de Parker et MJ
27 : Ambassade de Latvérie
28 : Cabinet d'avocats Nelson et Murdock
29 : Hôtel du Club des Damnés
30 : Penthouse de Norman Osborn (Bouffon Vert)
31 : Hôtel des Vengeurs
32 : Penthouse de J. Jonah Jameson
33 : Ambassade de Symkarie
34 : Ambassade du Wakanda
35 : Daily Globe
36 : Appartement de Luke Cage
37 : Base sous-marine du Master Planner

Manhattan est une île représentant une infime partie de l'état de New York. Néanmoins, de part sa densité de population, ses symboles et son intense activité, elle en constitue le centre névralgique. L'on peut même se laisser aller à dire qu'elle constitue une vitrine pour New York voire même pour les Etats-Unis (ou en tout cas, un certain aspect de ce pays, si vaste et riche de tant de diversités qu'il serait ridicule de le réduire à cet endroit malgré sa renommée). Manhattan, comme on peut le voir sur la carte, est délimitée par le New Jersey à l'ouest, Brooklyn au sud, le Queens à l'est et le Bronx au nord. La densité de population dépasse le chiffre à peine croyable de 25 000 habitants/km². L'île représente néanmoins plus une photographie mondiale que purement américaine tant sa population est bigarrée (de nombreux new-yorkais ne parlent pas anglais chez eux). Malgré des origines diverses ou des religions différentes, les new-yorkais sont néanmoins soudés par un fort sentiment patriotique (souvent vu négativement chez nous suite aux vieux fantasmes de la deuxième guerre mondiale) qui permet de cimenter la nation américaine elle-même autour de valeurs communes quasi universelles (amour de la liberté, refus de la discrimination, acceptation de la notion de devoir, recherche de la justice dans tous les domaines, même économiques (à risques élevés, rémunérations appropriées, etc.)).
Ces américains que nous, français donneurs de leçons, conspuons souvent sont, il faut le savoir, en grande partie nos descendants. Les premiers habitants de l'île (enfin, non, pardon, les premiers habitants non amérindiens) étaient des belges. Mieux encore, des wallons (des belges francophones donc) qui venaient à l'époque des Pays-Bas espagnols...c'est dire si les racines de l'île ont un goût et une couleur européens ! Cela s'amplifiera évidemment par la suite avec des vagues d'immigration irlandaises, italiennes, polonaises...

Difficile d'évoquer Manhattan sans parler du 11 septembre 2001...
Ce jour là, au matin, une attaque terroriste massive fera des milliers de morts (de dizaines de nationalités différentes) lors de la destruction des tours du World Trade Center. L'acte, par sa lâcheté, son horreur et ses conséquences, est sans précédent dans l'histoire des civilisations occidentales. Bien des gens se rappellent ce qu'ils faisaient lors de l'assassinat de JFK ou lors du premier alunissage. Ma génération, celle des trentenaires, aura été marquée par cet acte épouvantable. Les comics aussi seront évidemment touchés. Je me propose de vous livrer ici la presque intégralité du texte de J.M. Straczynski, traduit par Sophie Viévard (je ne touche pas à la tournure de la traduction, malgré certaines maladresses que je mets sur le compte de l'émotion, mais je corrige néanmoins les fautes d'orthographe), paru lors de l'épisode sans titre d'Amazing Spider-Man en décembre 2001. C'est un beau texte. C'est aussi un état d'esprit. C'est...NY.
Note : les dessins de John Romita sont particulièrement poignants et le texte qui suit ne saurait dépeindre réellement l’ambiance de cet épisode historique. De même, les dialogues et situations ne sont pas, ci-après, décrits. Je me borne à rendre compte du seul monologue de l’auteur qui, évidemment, parle à travers Spider-Man.

Nous interrompons le cours de nos programmes pour un bulletin spécial.

Longitude : 74 degrés, 0 minutes, 13 secondes ouest.
Latitude : 40 degrés, 42 minutes, 51 secondes nord.

Ecoutez les sirènes…

Spider-Man
(se tenant la tête et voyant les tours s’effondrer) : … seigneur…
Certaines choses sont indicibles.
Incompréhensibles.
Impardonnables.
Comment leur dire qu’on ne savait pas ? Qu’on ne pouvait pas savoir. Qu’on ne pouvait pas imaginer. Parce que seuls des fous pouvaient imaginer ça, mettre ces plans à exécution.
Le monde est à la merci des fous car nous sommes incapables de concevoir des choses pareilles. On ne pouvait pas prévoir. On ne pouvait pas être là avant que ça arrive. On ne pouvait pas l’empêcher. Mais on est là maintenant.
La poussière nous masque à votre vue, mais on est là.
Les cris vous empêchent de nous entendre, mais on est là.
Même ceux que nous combattions sont là parce que certaines choses dépassent rivalités et frontières. Parce que l’histoire humaine ne s’écrit pas avec des tours mais avec des larmes. Avec du sang et de la chair. Avec la voix en nous qui dit que ce n’est pas juste.
Parce que, même chez ceux que la vie a blessés, il reste une part d’humain. De sentiment. Parce que eux aussi pleurent le massacre des innocents.
On est là.
Mais en dépit de nos costumes et de nos pouvoirs, nous ne sommes rien par rapport aux vrais héros. Ceux qui affrontent le feu sans peur et sans armure. Ceux qui entrent dans les ténèbres sans savoir s’ils en ressortiront parce qu’ils savent que d’autres attendent dans le noir. Qu’on les sauve. Qu’on leur parle. Que justice soit faite.
Des hommes ordinaires. Des femmes ordinaires. Qui deviennent extraordinaires par compassion. Par courage. Par esprit de sacrifice.
Des hommes ordinaires. Des femmes ordinaires. Qui refusent de se rendre.
Des hommes ordinaires. Des femmes ordinaires. Qui refusent de souscrire aux affirmations des fous de Dieu de toute eau qui prétendent que nous sommes responsables. Nous les rejetons car nous savons que rien de ce que nous avons pu faire ne justifie cette tragédie.
Ces corps qui tombent dans le vide.
Ce fanatisme qui vient nier quatorze siècles de vraie ferveur, qui oublie ce qu’ont prouvé d’autres croisades…
…que ceux qui souffrent sont ceux qui le méritaient le moins.
C’est indicible. Indescriptible. Le massacre des innocents…et l’innocence qu’on massacre. La fureur qui se nourrit d’elle-même jusqu’à occulter le soleil. Et ces questions au milieu de l’horreur. C’est la question qu’ils se posent. Pourquoi ? Pourquoi Seigneur ?
J’ai beaucoup voyagé. Dans beaucoup d’autres mondes. J’ai discuté avec des Dieux et pleuré avec des anges. Mais malheureusement, je n’ai pas la réponse.
Lui seul pourrait le savoir (Captain America apparaît de dos). Parce qu’il a déjà vécu ça (Spidey parle de l’attaque sur Pearl Harbor que Cap a évidemment vécu).
J’aurais voulu ne jamais connaître ça.
Et pour lui, c’est la deuxième fois. Je n’ose imaginer…
…ce qu’il peut ressentir.
Que dire à nos enfants ?
Que le mal, c’est un visage étranger ? Non. Le mal peut se cacher derrière n’importe quel visage.
Doit-on définir le mal en fonction de frontières ? Lui associer des noms, des histoires ? Non, c’est assez cauchemardesque comme ça. Disons-leur plutôt que nous sommes désolés. Désolés de ne pouvoir leur donner le monde que nous voudrions leur léguer. Que si nous avons envie de hurler, nous sommes aussi prêts à écouter. Que les hommes de bien doivent alléger les souffrances de tous les peuples, pour que leur souffrance ne devienne pas notre tragédie.
Disons-leur aussi que nous les aimons et que nous les protégerons. Que nous sommes prêts à donner notre vie pour eux tellement nous les aimons. Dans un monde de gameboys et de consoles, cela peut sembler peu de chose, mais cela seul sèchera les larmes, pansera les plaies et fera de ce monde un endroit sûr.
Nous ne pouvions pas prévoir ça ni l’empêcher. Personne n’aurait pu.
Mais nous sommes là. A vos côtés.
Aujourd’hui. Demain. Et pour toujours.
Nous sommes à vos côtés quand votre bras frappe au nom de la justice et que vous espérez qu’en sortira la sagesse.
Nous sommes à vos côtés dans la prise de conscience qui s’opère. Dans la voix qui dit que dans toute guerre il y a des innocents. La voix qui dit que vous êtes un peuple bon et plein de clémence. La voix qui dit ne faites pas comme eux, ou la guerre est perdue avant d’avoir commencé. Ne laissez pas le sang emporter cette sagesse.
Quoi que vous fassiez, où que vous alliez, où que vous soyez, nous sommes à vos côtés. Parce que l’avenir appartient aux hommes et femmes ordinaires, parce que ça ne doit plus jamais arriver et qu’il faut se battre pour que l’avenir soit plus pur. Parce qu’il faut envoyer un message à ceux qui confondent compassion et faiblesse. Un message qui doit traverser six mille ans de lutte et de sang. Et ce message est le suivant :
Au-delà de notre passé, des origines de nos noms, nous sommes un peuple respectable qui ne courbe pas l’échine ni ne renonce. Le feu qui brûle en nous ne peut être éteint par les bombes ou par les morts. On ne nous forcera pas au silence et nous émergerons des larmes.
Nous avons traversé d’autres épreuves. Nous supporterons ce fardeau et les suivants parce que c’est le rôle des hommes et femmes ordinaires.
Quoi qu’il arrive.
Loin de nous affaiblir…
…cette épreuve nous rend plus forts.
Ces dernières années notre peuple était divisé, noyauté par l’individualisme et l’égoïsme. Mais aujourd’hui…
…nous faisons corps.
Des drapeaux fleurissent partout sur un sol fertilisé par nos larmes et notre détermination.
Le malheur nous a unis.
Nous sommes unis pour réagir.
Unis pour guérir.
Unis pour reconstruire.
Vous avez voulu faire passer un message et ce message nous a ouvert les yeux. Nous avons compris. Et nous saurons nous montrer à la hauteur.
Car de nouveaux héros sont nés. Pas des héros comme nous. Les vrais héros du siècle qui commence.
Ces héros, ce sont les gens ordinaires.
Vous.
Vous qui êtes plus nobles et plus forts que vous ne l’imaginez.
Vous.
Vous les héros de ce moment particulier de l’Histoire.
Nous sommes éblouis par votre volonté sans faille. Face à cette lumière, les ténèbres ne peuvent vaincre. Que les deux tours qu’ils ont abattues servent de fondation à notre volonté de construire un monde où de telles choses n’arriveront plus. Un monde où nous n’aurons plus à demander pardon à nos enfants mais dont les rues ne seront pas jonchées des dépouilles de leurs droits inaliénables.
Ils ont abattus deux grandes tours. Que leur souvenir vive en vous. Devenez les poutrelles et le verre, la pierre et l’acier, qu’en vous voyant, le monde les voie.
Et restez debout.
Restez debout.
Restez debout.


Note perso : les derniers « restez debout » accompagnent des dessins dans lesquels l’on peut voir une foule immense constituée de blancs, noirs, asiatiques et d’une arabe portant le voile au premier plan. Tous sont américains et new-yorkais. Tous ont souffert des attentats. Tous sont du même côté. Le côté des victimes. Le côté de ceux qui respectent des principes mais qui sont obligés, parfois, de tuer des monstres pour garder en vie les innocents. Le 11 septembre et la politique américaine qui a suivi n’a jamais partagé le monde entre occidentaux et arabes mais plus sûrement entre braves gens et salopards. Cette séparation, comme l’affirme à juste titre J.M. Straczynski, ne peut se faire massivement sur une distinction de race, religion ou nationalité mais bien sur le comportement des individus. Rien ne peut faire de vous un salaud. Mais rien ne fait de vous une bonne personne tant que vous n’agissez pas « bien ». Les gens sont déterminés par leurs actes. Pensez-y avant d’agir.
Soyez un héros ! (ou au moins, ne soyez pas un super-vilain)
;o)



J'ajoute ce site car il a ceci de particulièrement poignant qu'il permet de voir les visages de beaucoup de victimes, pas des images atroces de corps mutilés, non, mais de vrais visages, humains, souriants, pleins de cette vie si chère que certains s'arrogent le droit d'ôter au nom d'une stupidité sans borne. Oubliez les noms, il ne sont pas si importants, mais regardez les visages, voyez ceux que nous n'avons pas su protéger des monstres, ceux qui sont morts si héroïquement mais si bêtement également, juste parce que, pour certains ignares criminels, ils représentaient un symbole. Les noms, nous les oublierons, mais j'espère sincèrement que ces visages nous hanteront à jamais, qu'ils nous permettent de voir à quoi peuvent conduire la négligence, l'angélisme et la naïveté. Puissent les morts reposer en paix et les vivants faire montre de plus de force, de clairvoyance et d'intelligence dans leur juste lutte contre le Mal. Car, sans verser dans l'idéologie absurde, c'est bien de Mal qu'il s'agit. Lorsque l'on tue en masse, lorsque l'on voue sa vie à nuire à autrui, lorsque l'on se réjouit de la mort de milliers d'innocents, alors oui, il s'agit de Mal, un Mal absolu, oecuménique, apolitique et totalement condamnable par n'importe quel être doué de raison.