28 mai 2007

Le mal par le mal

Retour de Garth Ennis et Leandro Fernandez dans la collection Max avec le tome 7 des publications consacrées au Punisher. 6 épisodes survitaminés pour un arc violent et tendu intitulé "Les Négriers".

Des anciens soldats d'Europe de l'Est. Un trafic de femmes, plus rentables que la drogue qui ne peut se vendre qu'une fois. Des flics corrompus. Et au milieu... Frank Castle. Tout commence dans une ruelle sombre avec une jeune fille terrorisée et ivre de douleur. Celle-ci prétend que des hommes ont assassiné son bébé. Mais ce n'est pas tout. Elle a été violée. Souvent. Pour Castle c'est le début d'une plongée dans un monde encore plus noir que celui qu'il a l'habitude de côtoyer.

Si vous aviez du mal avec l'ultra-violence du Punisher, il vaudrait mieux éviter cet arc qui va particulièrement loin dans ce domaine et mérite pleinement le "pour lecteurs avertis" arboré sur la couverture. Le malaise s'installe dès le début, nous prend aux tripes et ne nous lâche plus. Ennis donne dans le médical lorsqu'il fait opérer l'un des trafiquants par Castle, ce dernier lui sortant les boyaux sous anesthésie pour lui montrer que, de toute façon, il parlera. Il donne dans le non politiquement correct et viole tous les codes de l'honneur lorsqu'il fait bastonner à mort une femme par ce Punisher qu'il veut décidemment intraitable. Il fait dans le feu de joie, enfin, lorsque Frank vide un bidon d'essence sur un type attaché à une chaise puis l'allume tout en filmant la scène en guise d'avertissement pour ceux qui voudraient prendre la place du trafiquant.
Si vous pensez que le camp des "bons" doit se composer de gentils bisounours, vous n'en trouverez pas chez Ennis. Même ses flics sont racistes, homophobes, pourris jusqu'à l'os, digne reflet d'une société nauséabonde où les valeurs les plus morales ont disparu. Le monde d'Ennis est sale. Il pue. Il transpire la douleur et la haine. Et lorsque les taches de sang disparaissent sur le trottoir... c'est qu'elles ont été détrempées par les larmes. Mais dans ce monde si effrayant, il reste une justice. Une justice qui exige que ceux qui la rendent se salissent autant que les criminels.

Les inconditionnels du Punisher (dont je suis) en ont ici pour leur argent. La violence est portée à son paroxysme, le lecteur étant partagé entre la volonté de vengeance et le dégoût face à des méthodes qui nous renvoient à nos pires démons et à quelques interrogations dont sans doute la plus importante : à force de le regarder, quand donc l'abîme finit-il par nous voir et plonger en nous ? Nietzsche n'est pas loin. La monstruosité non plus. Et c'est tout le dilemme, laisser les monstres agir en toute impunité ou devenir un monstre soi-même pour les combattre.
Désolé de décevoir les plus naïfs mais sachez que c'est le monstre qui gagne à tous les coups.
Une consolation ? Avec des auteurs comme Ennis, le lecteur y gagne aussi. ;o)