06 juin 2008

La Théorie de la Balle Magique

Un seul coup de feu et des millions de destins changent à jamais. C'est le point de départ de Bullet Points, une tragédie marvellienne en 5 actes signée Straczynski.

Les gens ou encore les découvertes scientifiques changent l'Histoire. Les balles aussi. Certaines sont devenues célèbres. Comme celle qui ôta la vie à l'archiduc François-Ferdinand le 28 juin 1914 à Sarajevo. Le percuteur fit partir un projectile et alluma deux guerres mondiales. Le 22 novembre 1963, à Dallas, trois coups de feu sont tirés. Une balle va devenir magique et mettre fin à la présidence Kennedy, précipitant la guerre du Vietnam. Le 30 janvier 1948, le leader pacifiste Mohandas Karamchand Gandhi, dit Mahatma (Grande âme), est abattu par un fanatique hindou. Avec lui se meurent alors les espoirs d'une cohabitation éclairée entre les grandes religions de l'Inde. Le 4 avril 1968, le rêve du pasteur Martin Luther King se termine en cauchemar dans un motel de Memphis, Tennessee. Partout dans le pays, des émeutes éclatent. Des vies basculent, des décisions changent, des sourires s'effacent.
Sur la terre 616, le 9 décembre 1940, le docteur Abraham Erskine est abattu par un nazi. Le sérum censé donner naissance à Captain America ne sera jamais inventé. La balle, traversant le corps du savant, tue également un MP du nom de Benjamin Parker.
Une seule balle. Et des milliers de vie basculent.

Le concept de départ de cette histoire est assez simple et fait penser à un bon vieux what if ou aux nombreuses mini-séries se déroulant dans des univers parallèles. Ce genre de récit, s'il a l'avantage d'offrir une grande liberté à son auteur, présente toujours le risque de ne pas passionner les foules, les lecteurs sachant d'avance que rien de ce qui est conté n'aura de conséquence par la suite.
Pourtant, il serait vraiment dommage de passer à côté de ce Bullet Points, dont la sortie française est imminente (c'est prévu pour le 12 juin si tout va bien), et ce pour deux raisons. D'une part, l'histoire écrite par J.M. Straczynski est d'une rare subtilité. Le scénariste utilise habilement les grandes figures et les grands évènements de la maison Marvel en en modifiant certains aspects qui finissent par tous s'imbriquer les uns dans les autres. D'autre part, les dessins de Tommy Lee Edwards sont sublimes et permettent de rendre compte de l'ambiance particulière de la seconde guerre mondiale ou des années 60 sans pour autant faire vieillots. Les personnages sont expressifs, leurs attitudes criantes de réalisme (sans que le style graphique le soit, lui, tout à fait, ce qui renforce encore l'immersion dans l'histoire). Une scène d'opération, dans le premier épisode, illustre parfaitement, en quelques cases, la maîtrise du dessinateur, tant dans le découpage que l'impact des situations, et ce, sans aucunement donner dans le gore. Bref, le gars est un bon.

Niveau "changements de situation", je ne veux pas vous en dire trop, sachez juste que Rogers (qui ne peut devenir Captain America) devient en fait Iron Man et que, évidemment, Peter Parker, sans l'éducation de son oncle Ben, change radicalement de personnalité (et de pouvoirs !). On va également retrouver Tony Stark ou Reed Richards, mais Straczynski a la bonne idée de ne pas abuser des personnages et de se tenir à une trame principale déjà suffisamment riche pour nous plonger dans les remous de cette fameuse balle.

Une mini-série intelligente et visuellement irréprochable. L'ensemble étant basé sur des changements concernant les personnages classiques, il est donc préférable, pour profiter pleinement de cette histoire, de les connaître un minimum.

ps : Puisque je fais allusion dans le titre à la fameuse "balle magique", je tiens à soulever un point qui n'est jamais évoqué dans la plupart des oeuvres traitant de l'assassinat de JFK. On nous affirme qu'une balle ne peut causer autant de dégâts et ressortir quasiment intacte. C'est certes vrai (et démontré par des tests) pour des balles classiques mais qu'en est-il des munitions rechargées (faites "maison") ? Non seulement la charge de poudre peut être modifiée mais l'alliage de la balle en elle-même également, ce qui permet parfois de retrouver un projectile peu déformé, même après un ricochet sur... un mur. Or, un mur me semble plus solide qu'un président des Etats-Unis, mais, bon, je peux me tromper, je n'ai pas la clairvoyance d'Oliver Stone. ;o)
Maintenant, il est possible que la balle retrouvée soit d'un alliage classique, mais je n'ai jamais lu cette précision nulle part, ce qui est étonnant car, lorsque l'on s'intéresse un peu au tir, sans être un expert en balistique, l'emploi d'une cartouche rechargée est la première idée qui vient à l'esprit.

pps : ajout de Electro dans les figurines Marvel.