07 avril 2010

Superman - Red Son : Supes chez les Soviets

Et si le plus grand héros américain avait en fait atterri en Union Soviétique et était devenu le champion du communisme ? Voilà l'hypothèse de départ de Superman - Red Son, aujourd'hui réédité en VF.

Les Etats-Unis sont sous le choc depuis que Staline a dévoilé sa nouvelle arme ; un surhomme à la force exceptionnelle, pouvant voler ou encore voir à travers les murs. Le docteur Lex Luthor, dont l'intelligence semble sans égale, a été chargé de trouver une parade contre ce Superman qui menace les intérêts du monde libre.
Les années passent et le super-héros à la faucille et au marteau est toujours là. Bien que ce ne soit pas au goût de tout le monde, il succède même à Staline et érige peu à peu une nouvelle société. Les opposants au régime sont reprogrammés avec un peu de neurochirurgie tandis que la plupart des pays du globe finissent par se ranger dans le camp du Pacte de Varsovie.
Qui peut maintenant vaincre un tel pouvoir absolu ? Ce Batman qui hante les bas-fonds de Moscou ? Luthor et ses nouvelles armes ? La rancoeur d'un fils ? Beaucoup en tout cas refusent aujourd'hui le paradis rouge de Superman et se battent pour le droit de vivre dans un monde certes imparfait mais libre...

Après l'excellent Superman - For all seasons, qui nous contait les débuts de la carrière du Superman classique, la collection DC Icons retrouve l'homme d'acier dans une version cette fois très différente. Le scénario de cette uchronie super-héroïque est écrit par Mark Millar (Kick-Ass, Wanted, 1985, Old Man Logan), les dessins sont de Dave Johnson et Kilian Plunkett.
Le concept est, à la base, plutôt alléchant. Les personnages traditionnels de DC, ainsi que certains évènements historiques, sont ici revisités par l'auteur. Batman devient un dissident suite au meurtre de ses parents par la police, le corps des Green Lanterns est constitué grâce à un anneau retrouvé dans un vaisseau se crashant à Roswell, Luthor devient président des Etats-Unis, bref, un tableau sympathique qui permet d'adresser des clins d'oeil aux habitués de l'univers DC tout en restant accessible aux novices.
Pourtant, tout n'est pas parfait. Alors que Tom DeSanto encense Millar dans sa préface, en le comparant même à Orwell et en louant sa vision "Big Brother" de Superman, c'est surtout en fait cette approche qui est mal ou peu développée. L'horreur totalitaire soviétique est très largement aseptisée, le combat des résistants très mal représenté (même Batman perd toute profondeur une fois adulte) et l'on passe très vite sur les mesures de rééducation prises par Superman. Là où Millar pouvait s'offrir le luxe d'une véritable réflexion sur le pouvoir et la liberté, celle-ci n'est que très succinctement ébauchée. Loin d'une démonstration magistrale à la 1984, le scénariste se contente d'un récit finalement peu ambitieux. Mais bon, contrairement à ce que DeSanto affirme, il y a loin de Millar à Orwell.

L'auteur réussit tout de même à ne pas saloper la fin en concluant par une boucle narrative déjà vue mais toujours élégante. Au final, le traitement global paraît tout de même bien léger en regard du potentiel qu'offrait une telle idée. Même certaines parties, pourtant intéressantes (comme le redressement des Etats-Unis par Luthor ou la guerre civile), sont trop vite expédiées pour réellement pouvoir susciter l'angoisse ou la stupéfaction que de tels évènements génèreraient dans la réalité.
L'ouvrage se termine sur 17 planches de croquis et dessins préparatoires par Johnson, Plunkett et Alex Ross. Les notes manuscrites des dessinateurs n'ont pas été traduites par Panini mais c'est plutôt le contraire qui eut été étonnant. Ils ont une réputation à entretenir.

Une histoire qui se laisse lire mais qui s'avère assez décevante en comparaison des possibilités immenses qu'elle offrait.
Une "orwellette" du pauvre en quelque sorte, pour faire plaisir à Tom.