07 octobre 2007

Le goût amer de la victoire

Le Civil War Extra #3, en plus de la fin de l'arc Embedded, contient une série d'épilogues qui servent également d'introduction aux nouvelles séries à venir. Détail du menu et critique des plats.

Ben Urich et Sally Floyd ont terminé leur enquête concernant les dessous de la guerre civile et rencontrent Cap (avant sa mort bien sûr) et Stark pour les sermonner plus que les interroger. Le tandem formé par les deux journalistes est fort sympathique et leur "scoop" permet de mieux comprendre les motivations d'un Iron Man plus noble que le laissait entendre Millar. Une belle conclusion en tout cas pour cet arc décrivant le point de vue des civils.

On s'offre une petite récréation ensuite avec le fort peu sérieux Howard the Duck ! Voilà un personnage que l'on ne voit pas beaucoup apparaître dans nos séries régulières, pourtant, les plus vieux se souviendront sans doute de son incartade au cinéma, vers le milieu des années 80, dans un film réalisé par Willard Huyck. Le film était bourré de répliques cinglantes et de parodies mais, il faut l'avouer, l'aspect du canard (genre costume d'animateur chez EuroDisney) n'avait pas franchement joué en sa faveur.
Bref, Howard est un canard assez à part, loin de l'image gentillette que l'on pourrait filer à ce genre d'animal dans les dessins animés habituellement. Notre Howard picole, insulte des vendeurs de hot-dogs, poursuit des strip-teaseuses ou tague des arrêts d'autobus. Le canard que l'on ne file pas à ses mômes quoi. Ici, il va tenter de se faire recenser dans sa bonne ville de Cleveland, Ohio et va se frotter à un fonctionnaire borné. Enfin, à un fonctionnaire quoi. ;o)

On repasse sur du plus sérieux avec Civil War : The Initiative #1 et Civil War : The Confession #1 & #2. Le premier aborde le fameux projet de Stark et Richards de créer une équipe officielle de super-héros par état. On voit donc ici les prémices de la formation de groupes importants : Omega Flight, qui remplace la défunte Alpha Flight (et dont la mini-série se suivra dans Marvel Heroes), les nouveaux Thunderbolts (dont la série a été intégrée au mensuel Spider-Man) mais aussi les Vengeurs. On termine par une rencontre entre Jessica Drew (l'une des Spider-Women) et Carol Danvers (Ms. Marvel) avec une révélation sentimentale à la clé. Elles s'aiment ! Mais non, je déconne, j'en vois déjà qui se réjouissaient d'un possible show lesbien ! ;o)
En fait, la dite révélation concerne un type bien connu (d'ailleurs, pour ceux qui suivent, on avait déjà eu un énorme indice visuel avec les news sur la future saga Secret Invasion) .
Notons ici les sublimes dessins de Marc Silvestri.

Pour les deux dernières parties, je conseille de les lire dans l'ordre inverse. The Confession #2 en premier donc, étant donné que Cap y est toujours vivant (il s'agit d'une rencontre entre Tony et lui, juste après qu'il se soit rendu). La première confession est la plus émouvante puisque l'on y voit un Stark halluciné et lyrique, désespéré par sa victoire et allant même jusqu'à citer Pyrrhus d'Epire (si après ça on me dit que l'on ne peut pas s'instruire avec les comics ;o)). L'attitude de Stark apparaît ici comme le comble de l'héroïsme, les affres qu'il ressent découlant tout droit de son esprit de sacrifice et de son dévouement pour le bien commun.
Seulement, avoir raison n'a jamais empêché la souffrance.
Là encore bien loin de la vision manichéenne de Millar, l'on prend la juste mesure de ce que Stark a pu endurer et endure encore à cause de son sens du devoir.
C'est du Brian Michael Bendis, c'est intelligent et c'est brillamment dialogué (monologué pourrait-on presque dire). Ah, que c'est bon quand les comics s'écartent ainsi des sentes foulées mille fois et nous emportent, à travers nos personnages familiers si exceptionnels et bardés de pouvoirs, vers des interrogations bien humaines et finalement simples mais essentielles. Ça vole haut et on en ressort l'esprit excité par l'ivresse de l'altitude, une ivresse somme toute bien saine et qui ne nuit pas à la santé mais se contente d'activer nos neurones.

Révélations, mises en place de nouvelles équipes, scènes poignantes ou clairement plus canardesques et drôles, ce CW Extra est franchement bien rempli et s'avère important pour la suite. A ne pas rater.

"Si nous devons remporter une autre victoire, je suis perdu."
Le Roi Pyrrhus d'Epire, mesurant l'étendue des pertes causées par ses batailles contre Rome.

NB : il existe, selon les sources, plusieurs variations de cette citation dont "Encore une victoire comme celle-ci et je rentrerai seul en Epire" ou encore "Si nous devons remporter encore une autre victoire contre les romains, nous sommes perdus". C'est ce souverain, parent éloigné d'Alexandre le Grand, qui a donné naissance à l'expression bien connue "victoire à la Pyrrhus", désignant un combat emporté au prix de lourdes pertes et ne suscitant nulle réjouissance dans le coeur des vainqueurs.

ps : les crédits des épisodes cités ci-dessus figurent dans la checklist Civil War.