04 septembre 2008

The Portent : for the eyes only ?

Avec L'Augure, publié l'année dernière chez Delcourt, c'est à un étrange voyage onirique que le lecteur est convié. De la Fantasy douce et crépusculaire.

Milo marche parmi les esprits des Morts. Il se doit d'affronter une terrible créature afin de sauver un monde qui se meurt lentement. Sur sa route, il va rencontrer la belle Lin, à la fois sorcière et adepte des arts martiaux. Les éléments sont en place, la quête peut débuter, les destins s'accomplir. Et à la fin, une certitude : le statut de héros ne repose pas sur les épées ou les exploits mais bien sur l'abnégation, le sacrifice ultime.

Le nom de Peter Bergting, auteur du scénario et des dessins de cette oeuvre, ne dira peut-être pas grand-chose à la plupart d'entre vous. Le monsieur est trentenaire, suédois, et c'est là sa première réalisation (chez Image en VO) dans le monde du comic. Le bougre avoue être influencé par Mike Mignola (Hellboy). J'en viendrais presque à dire que là, ce n'est plus de l'influence mais du mimétisme. J'ai même pensé un temps qu'il s'agissait d'un pseudo qu'utilisait Mignola pour je ne sais quelle raison. Bon, parait que non. Je suis parano.
L'histoire est volontairement floue, l'action pure plutôt rare et les dessins épurés. Je partais d'ailleurs avec un a priori négatif sur le style. En voilà encore un qui, sous excuse de "mignoleries", va nous pondre des ombres en contre-jour à la place de dessins, me disais-je. Et il est vrai que certaines planches n'ont pas dû demander un travail phénoménal. Mais qu'importe, l'essentiel est que l'on puisse se laisser entraîner dans cet univers étrange et, pour le coup, on s'y laisse glisser avec un réel plaisir. C'est pourtant rare mais c'est ici la colorisation qui constitue le charme principal de ce livre. Elle souligne élégamment le récit, magnifie les décors, nous emporte avec délicatesse dans une cascade de teintes orangées, brunâtres ou violines. Michael Kaluta, auteur de la postface, utilise d'ailleurs une expression très juste pour décrire ce paysage : "une terre de fin de jour et de nuit éclairée au flambeau."

Notre auteur venu du froid nous explique qu'il s'est inspiré, pour cette histoire, de films comme Le Grand Bleu ou encore Histoire de Fantômes Chinois (cf cet entretien), en tout cas pour les sentiments qu'il a tenté de faire passer. On obtient, au final, un curieux et poétique mélange fait d'influences asiatiques et de vieilles superstitions celtiques où se côtoient fées, démons et adeptes du katana. Et malgré ces ingrédients éculés aux effets prévisibles, suspens et fracas métalliques laissent la place à un voyage initiatique au calme doux-amer. Les planches ont la consistance du rêve et, rien que pour cela, c'est une expérience que l'on ne regrette pas. Même la postface est imprégnée de cette magie difficilement explicable (ah si, on me dit que cette magie s'appelle Highland Park et que Kaluta a puisé l'inspiration dans les traditions écossaises, au temps pour moi (je plaisante évidemment, chacun sait que les auteurs ne boivent pas)).

Un dessin simpliste et un scénario fort mince sublimés par une ambiance envoûtante qui doit autant au ton lancinant du récit qu'à un jeu de couleur parfaitement maîtrisé. A savourer l'esprit léger avec un aérien parfum de thé vous chatouillant les narines. ;o)

Le site de l'auteur.

ps : petite précision concernant la traduction française, quelques subjonctifs passent à la trappe sans que l'on ne comprenne bien pourquoi. C'est un peu dommage, d'autant que cette édition respire la qualité et est, en plus, fort bon marché.