08 mars 2010

Bloody September : du cul entre les twins

Un polar dur et captivant, des personnages sordides et une fin... discutable. Voilà ce que l'on pourrait dire pour résumer Bloody September, publié en début d'année chez Casterman sous son label KSTR.

Statistiquement, un homme a plus de chance de réussir son suicide qu'une femme. Essentiellement parce qu'il utilise pour cela des moyens en général plus violents et définitifs. Pourtant, la jeune fille qui est retrouvée en décembre 2000 au pied d'un immeuble en plein Manhattan ne s'est pas ratée. Elle s'est jetée dans le vide pour mettre un terme à sa vie, douze étages plus bas.
L'inspecteur Pezzulo se tient au même endroit que la victime quelques heures plus tôt. De là il peut voir les twin towers du World Trade Center. La statue de la liberté aussi. Et des taches de sang, preuve que l'inconnue était blessée avant de faire le grand saut.
Qu'est-ce qui peut faire mal au point que l'on décide d'en finir ainsi ?
Les mois passent. Louise tourne des films pornographiques. Ed s'occupe de sa vieille mère et fait semblant de lutter contre ses pulsions sexuelles déviantes. Pezzulo ne touche plus sa femme depuis qu'elle est handicapée. En septembre, quelque chose de bien pire encore se produira, un point final sur une longue litanie de vies gâchées.

Ce n'est pas la première BD de Will Argunas, alias Arnaud Guillois, mais c'est bien avec ce titre que je découvre pour la première fois cet artiste qui signe ici scénario, dessins et colorisation. Le style graphique est réaliste mais conserve toutefois une force émotionnelle brute très importante. Pour l'anecdote, l'auteur s'est servi de têtes connues pour ses personnages. L'on reconnaîtra ainsi James Gandolfini, Glenn Close ou encore, entre autres, l'une des actrices de Bound (des frères Wachowski). Casting sympathique donc (l'on peut noter aussi des références plus morbides, comme Ed Myers, probable mélange entre Michael Myers et le bien tristement réel Ed Gein).
Pourtant, c'est surtout le récit en lui-même qui se révèle particulièrement intéressant. Argunas met en scène des personnages confrontés au sexe sous toutes ses formes, que ce soit les pires des perversions, l'industrie qu'il peut générer ou même son absence et ses conséquences psychologiques. Il en résulte un propos parfois très explicite à réserver bien sûr à un public adulte.
D'un point de vue narratif, l'on peut saluer la grande maîtrise de l'auteur qui fait s'entrecroiser des destins différents avec habileté et parvient très vite à instiller une impression de malaise tant certains aspects de l'histoire peuvent paraître glauques. La catastrophe finale apparaît presque comme une délivrance, une manière surréaliste d'abattre deux immenses symboles phalliques, responsables indirectement de tant de maux.

Tout est donc quasiment parfait jusqu'à l'épilogue où l'auteur, sautant du coq à l'âne, nous assène violemment son point de vue, totalement hors sujet, sur le Patriot Act. Un peu déconcertant. A la fin de l'ouvrage, diverses infos sur l'industrie du porno mais aussi une liste de livres ou DVD ayant rapport avec le 11 septembre. Dans le tas, les éructations fanatiques de Michael Moore mais aussi l'ouvrage, truffé d'inepties (voir ci-dessous) de Thierry Meyssan.
Dommage de s'éloigner ainsi du sujet, surtout en citant d'aussi piètres références.

Voilà donc un polar excellent, qui fait s'interroger le lecteur sur bien des pratiques et réussit à développer une intrigue efficace et peu conventionnelle, mais qui se termine dans une étrange queue de poisson.
Cette lecture est toutefois vivement conseillée.



Quand Jean-Pierre Otelli démonte les inepties de Meyssan
Jean-Pierre Otelli, pilote totalisant plus de 13 000 heures de vol, consultant, leader de patrouille acrobatique, est également écrivain. Il a démontré, dans Les fous du ciel : que s'est-il vraiment passé dans les avions ? (Altipresse), que les fumeuses théories de Meyssan étaient basées sur des absurdités évidentes. Voici les plus comiques.

Dans son livre (à la gloire d'une théorie nauséabonde bricolée à partir de... 7 photos trouvées sur le Net !), Meyssan affirme entre autres :
- que les trains d'atterrissage des avions sortent automatiquement lorsqu'on baisse l'altitude.
--> évidemment faux, c'est d'ailleurs devenu depuis une blague dans le milieu aéronautique.
- que les avions sont faits dans la même matière que les camions (en acier donc).
--> un fuselage, pour des raisons évidentes de poids, est généralement fabriqué en alliage d'aluminium, avec certaines parties en titane ou en matières composites comme la fibre de carbone. Tous ces matériaux brûlent dans les incendies (à plus forte raison lors d'un crash violent avec réservoirs pleins).
- qu'une ou deux balises ont été installées dans le WTC pour attirer les avions sans que les pilotes ne puissent rien faire.
--> une balise n'est pas un petit boitier que l'on fourre dans sa poche, pour porter à 500 kilomètres (distance à laquelle se trouvait le vol 77 lors de son détournement), une "balise" est en fait une Beacon/NDB, autrement dit une antenne de 20 à 30 mètres de haut (et autant en largeur pour l'haubaner) pesant plusieurs tonnes.
- que des pilotes inexpérimentées n'auraient pu percuter les tours, notamment la deuxième. Pour appuyer ses dires (attention, c'est la meilleure du bouquin) il explique que les avions, qui volaient à 700 km/h, parcouraient 55,65 m (la demi-largeur d'une tour) en 3/10 de seconde et qu'il était donc impossible de "bien viser" à une telle vitesse.
--> l'avion n'évolue évidemment pas à cette vitesse lors d'un déplacement latéral. Si vous doublez un véhicule sur l'autoroute et que vous gardez une vitesse constante de 120 km/h, vous ne vous déplacez pas latéralement à cette vitesse, sinon au moindre coup de volant, vous détruiriez les barrières de sécurité... et vous avec !

Tout cela pourrait être simplement une bonne occasion de rire si ce torchon ne constituait pas une insulte envers l'intelligence des lecteurs et surtout la mémoire des victimes. Mais bon, un scandale, même faux, fait toujours vendre.