02 août 2010

King City : Chats, Ninjas et crottes de nez

En attendant la première fournée des sorties du mois d'août, petit retour sur un comic déguisé en manga : King City.

Joe est une sorte d'espion freelance, un voleur qui sévit dans la ville de King City. Il est notamment aidé dans sa tâche par son chat. Un félin tout de même très spécial puisqu'il suffit de lui faire quelques injections d'un produit miracle pour qu'il se transforme en arme, en périscope, en parachute ou en n'importe quel ustensile, suivant les besoins du moment.
Entre deux missions, Joe se repose dans une "boîte de lancement", l'un de ces hôtels secrets réservés aux espions et fournissant cartes, décodeurs et déguisements. C'est là qu'il retrouve son ami Pete, un type presque perpétuellement masqué qui bosse pour des employeurs plutôt louches. Là aussi qu'il pense à son ex, Anna, qui se trouve quelque part dans cette ville minée par les gangs et les trafics en tout genre.
Mais le maître-chat devra laisser ses histoires de coeur pour plus tard car dans l'immédiat, il aura fort à faire avec un restaurant où l'on sert... de la viande humaine !

Peut-être vous souvenez-vous de Scott Pilgrim, publié également chez Milady ? Ce King City est un peu dans la même veine, quoique sans doute plus surestimé encore. Mais commençons par le début.
Scénario et dessins sont signés Brandon Scott Graham. Graphiquement, on lorgne sévèrement du côté du manga, que ce soit pour le petit format, le noir et blanc ou le style simpliste très japonisant. Pour ce qui est de l'histoire, il y a de fort bonnes choses mais également de vraies lacunes. Dans le positif, soulignons de très bonnes idées, comme la "craie", une drogue extrêmement dangereuse qui transforme peu à peu celui qui s'y adonne. La ville en elle-même est plutôt originale et foisonne de petits détails, parfois subtils, d'autre fois plus lourdingues. Le nom des boissons, par exemple, est notamment assez bien vu. Un liquide au goût amer sera ainsi appelé "divorce" alors qu'un parfum plus doux aura pour nom "victoire". Le tout est assez déjanté, l'auteur mélangeant allègrement des serrures à eau avec un Sasquatch tenancier d'un motel ou encore des xombies, sorte de zombies coréens.
Quant au chat "couteau-suisse", là encore, le principe reste sympathique et peut faire sourire (mon mi-chat étant, lui, resté totalement hermétique à ce personnage, mais je le soupçonne de ne nourrir de l'intérêt que pour les trucs qui se mangent et les coussins moelleux).

Passons maintenant au moins bon. Tout d'abord, j'avoue avoir vraiment du mal avec l'humour pipi-caca de l'auteur. Que ce soit les expressions fleuries, du style "putain de sandwich à la merde", les "missiles" à base de morve ou les pieds qui sentent le pet, l'on ne peut pas dire que l'on fasse dans la finesse. On peut même se demander si Graham a dépassé le stade anal. Enfin bon, j'ai lu quelques critiques dithyrambiques sur ce titre, donc il doit plaire à un certain public.
Plus grave, la narration se révèle assez peu aboutie. Au point que certaines scènes soient parfois incompréhensibles alors que, à d'autres moments, le scénariste nous balance des espèces de fiches explicatives afin de caser en vitesse un maximum d'informations. Malgré des chapitres très brefs et finalement assez peu d'action, le récit paraît partir dans tous les sens, un peu à la manière d'un storyboard de travail, attendant coupes et corrections.
Enfin, étrangement, alors que la ville possède une vraie personnalité, le protagoniste principal en manque cruellement, le pauvre ayant à peu près le charisme d'un robinet.

Si vous avez atteint vos limites avec Scott Pilgrim, il est clair que vous pouvez faire l'impasse sur King City, d'autant que l'ouvrage est loin d'être aussi bon marché (9,90 euros). La traduction est d'un bon niveau, mis à part la traditionnelle confusion entre futur simple et conditionnel présent. Mais étant donné que tout le monde semble commettre cette faute, je pense qu'il ne faudra plus attendre très longtemps avant qu'une réforme ne vienne valider la forme incorrecte.
Au final, un sentiment plus que mitigé, d'autant que l'inventivité dont est parfois qualifiée cette série se traduit surtout par un côté brouillon et juvénile. Et puis, à force de vouloir paraître complètement barré, on finit par l'être. Or, si la folie fait souvent de bons personnages, elle donne rarement de bons auteurs.