09 août 2010

Les Mutants à l'Agonie ?

Alors que les séries "Heroes" fonctionnent plutôt bien (ou en tout cas avancent au niveau des intrigues), les titres "X" de la Maison des Idées semblent stagner et sombrer dans un marasme dont on ne voit plus la fin.
Petit bilan sur les mauvais élèves du professeur Quesada.

Commençons avec une saga particulièrement significative : Messiah War. Après un Messiah Complex à la conclusion fort peu enthousiasmante, il était permis d'accueillir ce crossover (certes à petite échelle) avec circonspection (j'avais d'ailleurs émis quelques doutes dès le premier épisode). Or, que pouvons-nous constater après le final du mois dernier ? Rien. Ou en tout cas, rien d'un point de vue narratif.
Ce Messiah War se révèle n'être qu'une extension de la série Cable dont les auteurs reprennent le principe : une course-poursuite sans fin.
L'on peut résumer le récit à "je vais la tuer", "je t'en empêcherai", "ça m'étonnerait !", "si, tu vas voir...", etc. Pas de quoi frétiller d'excitation tout de même. Cable et Bishop - ainsi que les différents mondes qu'ils traversent - ne sont pas totalement dénués d'intérêt, mais l'on a néanmoins la désagréable impression de faire du surplace.
Non seulement Messiah War n'a rien réglé, mais les mystères qui entourent Hope (seul bébé mutant né depuis House of M) n'ont pas été levés. Pire, l'enfant est écrite et dessinée de manière très aléatoire, elle a parfois les traits et le comportement d'une adolescente, puis régresse brutalement vers la petite enfance, bref, difficile de susciter de l'intérêt avec autant de laisser-aller.

Les mini-crossovers ne sont pas les seuls en cause. Même Wolverine, pourtant un personnage phare de Marvel, est souvent source de déception. Bien sûr, l'on peut citer Old Man Logan comme exemple d'arc récent et de qualité, mais la mini-série étant hors continuité, elle n'a en rien fait progresser le griffu.
Dans Wolverine : Origins (du Wolverine #199 de ce mois pour la VF), Daniel Way met un terme à Romulus, un arc attendu et présenté comme prometteur. Mais là encore, c'est la déception qui est au rendez-vous.
Rappelons que Romulus est un personnage machiavélique et manipulateur qui a, depuis toujours, semé la destruction et pesé lourdement sur la vie de Logan et de son fils, Daken. Si l'on en parlait souvent, on ne l'avait encore jamais vu (attention, petits spoilers dans ce qui vient). Il n'apparait ici que dans l'ultime épisode de la saga qui porte son nom mais, surtout, l'affrontement entre lui et Wolvie se termine sur... un statu quo. Logan était censé le descendre, il n'en fait rien, il lui tourne même le dos pour avoir la joie de se faire assommer. Non seulement le lecteur a la désagréable impression que, encore une fois, l'histoire n'avance pas, mais, en plus, le comportement des personnages s'avère aberrant !

Tous les titres ne subissent heureusement pas cette frilosité ou ce manque d'ambition. X-Factor reste une série dans laquelle un Peter David souvent inspiré arrive encore à nous surprendre (cf cette chronique). Il y a de vrais évènements, les personnages évoluent, subissent des traumatismes, tissent des liens, bref, un traitement qui se devrait d'être normal et généralisé, ce qui est loin d'être le cas.
Prenons le mensuel X-Men du mois dernier. La revue proposait une saga complète, ce qui est plutôt sympathique et permet de mieux rentrer dans l'histoire. Cette dernière n'était pas désagréable d'ailleurs, mais pourtant, une fois lue, elle sera vite oubliée. Pas de point d'orgue, de moments émouvants ou d'évolution significative.
Alors que la vie de la plupart des protagonistes du marvelverse (que ce soit Spidey, Daredevil, Thor, Iron Man...) est tout de même bien agitée et connaît de nombreux changements (bons ou mauvais), il faut remonter à House of M et la décimation des mutants pour trouver un évènement notable et durable dans celle des X-Men.
Bon, bien sûr, entre-temps, ils ont déménagés. D'abord à San Francisco, puis sur une île. Mais même si cela doit faire la joie des promoteurs immobiliers et des amateurs de la West Coast, pour le lecteur, c'est tout de même fort peu.

Je ne parle même pas des Exilés, dont le concept est ultra-répétitif par nature, ni des séries "Young" ou "New" X-Men, à l'intérêt fort peu évident (alors qu'à l'inverse, les Young Avengers ou les Runaways ont su marquer les esprits et exploiter le concept de héros adolescents, voire enfants). Certains pourraient répliquer alors que X-23 ou Kiden sont de vraies réussites, mais si elles apparaissent dans X-Force actuellement, il s'agit plus d'un clin d'oeil à NYX ou Target X que d'un véritable retour à la qualité de ces mini-séries. Un peu comme si en intégrant les titres prestigieux, peuplés par les intouchables "vétérans", les nouvelles recrues étaient condamnées au même immobilisme.
Daken a bien réussi à devenir un peu plus intéressant en passant de Wolverine : Origins à Dark Wolverine (sans doute en partie grâce à l'apport de Liu) mais l'on peut se demander, au vu du nombre déjà faramineux de possesseurs du gène X, si l'arrivée de nouveaux personnages est une réelle solution. Même en ne comptant que les mutants utilisés actuellement dans les séries qui leur sont dédiées, fort peu sont connus du grand public. Et beaucoup garderont ce quasi anonymat si les responsables éditoriaux continuent d'ériger en principe absolu une routine désastreuse.

Voilà un état des lieux qui n'est guère réjouissant mais il reste néanmoins une raison de se montrer optimiste : il n'existe pas de mauvais personnages.
Les mutants ont un réel potentiel. Ils possèdent un background solide, un véritable capital sympathie auprès des fans et ils conservent, au sein d'un univers plus sombre et policé que par le passé, un côté rebelle attrayant. Ce qui leur arrive aujourd'hui est plus un problème de manque de vision à long terme qu'une brusque inadéquation structurelle.
Un peu comme cette jolie théorie qui suppose qu'un sculpteur ne fait que dégager le surplus d'un bloc de pierre afin de faire apparaître un visage ; il nous faut attendre le bon tandem éditeur/scénariste qui permettra à Scott, Emma, Logan et tous les autres de se débarrasser d'une rigidité qui n'a rien d'inexorable.
Cette mutation là est essentielle.
C'est celle qui transforme les planches fades et tristes en source d'émerveillement. Et il ne faudrait pas qu'elle tarde trop si l'on ne veut pas transposer les mots prophétiques de Wanda, "no more mutants", à notre réalité.