02 janvier 2011

Dracula version Comics

Le plus célèbre des vampires débarque chez Fusion pour une adaptation en graphic novel du roman de Bram Stoker.

Jonathan Harker se rend pour affaires en Europe de l'Est. Après être passé par Munich puis Vienne, il laisse derrière lui les grandes villes pour entrer dans des contrées isolées, de plus en plus sauvages. Il arrive bientôt en Transylvanie, une terre parsemée de vieilles croyances et de ce qu'il pense encore être de sottes superstitions. Pourtant, d'étranges évènements vont vite troubler la sérénité du pauvre Harker. Le comte Dracula, son hôte, se révèle impressionnant et animé de bien curieuses intentions. L'homme possède un magnétisme animal, un regard aussi glacial que cruel et se met parfois, une fois la nuit tombée, à escalader les parois de son château, comme un lézard !
Harker en vient à craindre pour sa vie lorsque le comte lui fait rédiger plusieurs lettres antidatées annonçant son retour. Bien pire encore, il se rend compte que c'est peut-être une monstrueuse menace qui pourrait fondre sur l'Angleterre par sa faute...

Si Bram Stoker n'a pas inventé le mythe du vampire, c'est bien évidemment lui qui lui donne ses lettres de noblesses et le fait entrer durablement dans l'Imaginaire populaire. On doit notamment à l'écrivain plusieurs spécifications "techniques" qui contribueront grandement à définir le vampire, comme la capacité de se transformer en chauve-souris ou l'absence de reflet dans les miroirs (une absence tout à fait possible et expliquée de nos jours par la psychologie sous le terme d'hallucination négative).
Se lancer dans l'adaptation d'un tel monument n'a forcément rien d'aisé. C'est ici Leah Moore et John Reppion qui se sont associés pour écrire le scénario. Les auteurs ont choisi de conserver le côté épistolaire du roman, ce qui est une idée pour le moins contestable, notamment parce qu'elle donne à l'ensemble un côté plat et affreusement lent. Les dialogues sont extrêmement rares et les faits sont exposés grâce à des extraits de lettres ou journaux intimes. Cette fausse fidélité aux écrits de Stoker place finalement ce comic dans une position scabreuse, n'assumant pas totalement son potentiel graphique et se révélant trop "écrit" pour une BD tout en ne l'étant pas suffisamment par rapport au matériel d'origine dont il ne sait pas se détacher.
C'est presque donc une version illustrée du roman que l'on découvre et non une relecture de l'oeuvre.

Plus de réussite toutefois du côté des dessins de Colton Worley. Le talent de l'artiste est incontestable. Il livre des peintures souvent sublimes, dans un style réaliste. Les planches les plus envoûtantes se trouvent dans la première partie du récit et parviennent à créer une ambiance gothique et crépusculaire du plus bel effet. La suite, bien que loin d'être laide, est plus banale. Surtout, là encore à cause de choix narratifs malheureux, l'ensemble manque de dynamisme et l'ennui guette. Un comble pour une histoire censée inspirer la terreur.

Au final, le résultat est certes esthétique mais profondément ennuyeux. Les scénaristes, peut-être rendus fébriles par l'ampleur de la tâche, semblent s'être embarrassés d'un respect excessif de l'oeuvre qui les a empêché de se l'approprier réellement et, surtout, de transformer la logique romanesque en écriture propre à l'art séquentiel.

Un échec, lourdingue et malhabile, qui parvient à rendre soporifique l'un des plus inquiétants monstres de la littérature.
Décevant.