12 janvier 2011

Green Hornet par Kevin Smith

La légende du Green Hornet reprend vie grâce au scénario d'un film qui n'a jamais vu le jour.

Il a arpenté les rues de Century City et les a nettoyées. Luttant contre le crime organisé, il avait un rêve, un but, un idéal qu'il a accompli. Aujourd'hui, le Green Hornet n'est plus et Britt Reid est un richissime homme d'affaires, préoccupé par un fils qui semble désoeuvré et aime un peu trop la fête.
C'est lors d'une réception en faveur de la réélection du maire que la tragédie frappe à nouveau la famille Reid. Après le décès de sa mère, Britt junior doit maintenant affronter le meurtre de son père. Un meurtre perpétré par une bande de ninja et... un Black Hornet.
Désemparé, ivre de douleur, Britt tente de calmer sa peine en jouant des poings dans un bar malfamé. C'est là qu'il va faire la rencontre de Kato, le vieux compagnon d'armes de son père. Là aussi qu'il va apprendre la vérité sur le passé de ce dernier.
Il a maintenant le choix. Fuir ou reprendre le flambeau en compagnie de la fille de Kato, aussi jolie qu'habile au combat...

Kevin Smith est capable du meilleur (son run sur Daredevil) comme du pire (la mini-série The Evil that Men Do, concernant Spider-Man), c'est un habitué des retards énormes (un fait assez rare pour un scénariste), mais c'est un auteur qui fait vendre, notamment parce qu'il est très apprécié dans le milieu de la pop culture. Une popularité due à quelques films bourrés de références et parfois très drôles (Clerks, Dogma, Chasing Amy...) et à une attitude pour le moins surprenante, mélange de glandeur et de rock star. Car, contrairement à Silent Bob (un personnage récurrent qu'il interprète lui-même), Smith n'a pas la langue dans sa poche et s'amuse régulièrement à provoquer fans ou journalistes. Sous son air débonnaire se cache un esprit vif et roublard, qui n'hésite pas à parler vrai, en avouant ses propres faiblesses ou en employant des expressions pour le moins... fleuries. Bref, un gars normal, pas encore aseptisé par les conventions et l'uniformisation consensuelle des commerciaux.
Pour ce Green Hornet, le gaillard ne trahit pas sa réputation. Alors que son nom est imprimé en gros sur la cover, il avoue dès la préface qu'il s'agit d'un scénario datant de plusieurs années et prévu pour un film qui ne s'est pas fait. Mieux (ou pire), il explique qu'il s'est très peu impliqué au départ sur ce projet comics, et signe même son papier en s'affublant du titre peu honorable de "prétendu scénariste de Green Hornet". Cette réserve vient du fait que, si Jonathan Lau signe les dessins, c'est Phil Hester qui a en fait adapté le fameux scénario de film en épisodes BD de 22 planches. Il n'est crédité dans l'ouvrage que pour avoir réalisé les "esquisses", mais son travail va en fait bien au-delà.

Reste à apprécier le résultat. Visuellement, c'est très beau, bien découpé, franchement agréable. Le récit est plus classique, sorte de mélange entre Dick Tracy et Batman, avec une histoire d'héritage et de vengeance à la clé. Somme toute, quelque chose d'assez convenu. Le côté rétro, forcément assumé (avec gadgets improbables et tenue quelque peu datée), est contrebalancé par un humour que l'on aurait voulu plus présent et un traitement moderne des personnages actuels, tous héritiers des méfaits ou actes héroïques de leurs géniteurs.
La fille sublime et un peu froide, le jeune premier un peu crétin qui essaie de faire de son mieux, le vieux sage nippon, rien ne nous sera épargné en terme de clichés. Et même les tentatives de mise en abyme (cf la référence à monsieur Miyagi) ne changeront rien à l'impression de déjà-vu.
C'est en fait le gros défaut de ce tome ; présenter une histoire banale et des personnages déjà maintes fois employés. La lecture n'est pas désagréable, et les dessins sont largement à la hauteur des plus ambitieuses séries, mais il sera difficile de se passionner suffisamment pour trouver la motivation d'accompagner Green Hornet dans le deuxième volume de ses si prévisibles aventures.

Un travail correct mais manquant cruellement d'imagination et d'audace.
L'alibi de l'hommage ne saurait tenir la route en face d'un ennui qui est, par nature, le pire ennemi d'une histoire et qui devrait être la première hantise des conteurs, même lorsqu'ils sont célèbres et sympathiques.


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