02 janvier 2011

Locke & Key : vieille demeure et serial-killer

Quand le fils d'un géant de la pop culture se lance dans les comics, cela donne Locke & Key. On embarque immédiatement pour la Nouvelle-Angleterre.

Tyler, Kinsey et Bode viennent d'emménager dans un immense manoir appelé Keyhouse et situé dans la petite bourgade de Lovecraft. Pourtant, les trois enfants de la famille Locke n'ont guère le coeur à profiter de leur nouvelle demeure. Car s'ils ont quitté leur ancienne vie, c'est pour tenter de laisser derrière eux l'horrible souvenir du meurtre de leur père. Ce dernier a été massacré par l'un de ses anciens élèves, un gamin violent à l'esprit dérangé.
Ce sont les adolescents, Tyler et Kinsey, qui souffrent le plus. Bode, plus petit, explore son nouveau terrain de jeu et, surtout, trouve l'espoir de revoir son père d'une manière totalement inattendue. Le petit garçon a en effet découvert que les portes de Keyhouse sont dotées de propriétés exceptionnelles. En franchissant l'une d'entre-elles, il a quitté son corps un bref instant et a pu se déplacer comme un fantôme. Après la première frayeur passée, Bode souhaiterait bien partager son secret avec son grand frère et sa soeur, malheureusement ceux-ci ne se préoccupent guère de ce qu'ils pensent être un trop-plein d'imagination quelque peu morbide.
Les Locke vont de toute façon rapidement se détourner des mystères de leur logis et être préoccupés par une épouvantable nouvelle qui les glace d'effroi : l'assassin qui a déjà frappé la famille vient de s'enfuir de l'institution dans laquelle il était interné. Et comme s'il était guidé par une force maléfique, le tueur est déjà sur le chemin de Lovecraft...

Attention, voilà une excellente série qu'il ne faut pas rater si l'on apprécie un peu le mélange entre paranormal et thriller tendu. Le scénario est de Joe Hill, un auteur qui a déjà un roman et un recueil de nouvelles à son actif mais qui est surtout connu pour être le fils de l'illustre Stephen King. Il est peu de dire que la filiation lui aura profité car le fiston semble aussi à l'aise que son célèbre pôpa pour ce qui est de camper des personnages crédibles et profonds. Une ou deux cases et quelques lignes de texte suffisent pour que le lecteur puisse s'attacher aux protagonistes et éprouver une empathie totalement essentielle à ce genre de récits.
Hill revisite le thème de la maison hantée de manière originale, en y associant un serial-killer et un système de clés et de portes tout à fait prometteur. La narration est remarquable d'efficacité et maintient le lecteur en haleine jusqu'à la fin de ces six premiers épisodes.
La partie graphique a été confiée à Gabriel Rodriguez, un dessinateur chilien franchement doué. Le style est doux, très agréable, les décors sont souvent fort beaux et les visages expressifs. Les scènes choc sont bien amenées et les plans se révèlent variés et bien pensés. Difficile donc de trouver le moindre défaut à ce titre percutant et bien réalisé où stress et émotion se côtoient.

L'ouvrage est publié chez Milady et contient une galerie d'illustrations et une préface de Robert Crais. La traduction de Maxime Le Dain est exemplaire, sans maladresses ou aspérités qui pourraient nuire à l'immersion.
Pour l'anecdote, une adaptation de Locke & Key en série TV (produite par Spielberg) est déjà en chantier aux Etats-Unis.

Un nouveau poids lourd chez Milady, un éditeur qui confirme encore une fois la grande qualité de ses adaptations.
A posséder absolument, ne serait-ce que pour profiter des débuts d'un King (enfin, d'un Hill) à la hauteur du talent de son père, ce qui n'est pas peu dire.