05 avril 2009

Umbrella Academy : La Suite Apocalyptique

Le premier volume de la série Umbrella Academy vient d'être publié récemment en français. Le genre super-héroïque gagne-t-il à être revisité encore une fois ?

Suite à un évènement aussi mystérieux qu'extraordinaire, 47 enfants naissent de par le monde, sans que leurs génitrices n'aient présenté le moindre signe de grossesse. Un richissime scientifique, Sir Reginald Hargreeves, va alors adopter sept de ces enfants. Non pour assouvir un besoin urgent de paternité mais pour sauver le monde. En effet, ces étranges gamins ont des dons, des pouvoirs qui les rendent uniques et précieux.
Bien des années plus tard, les enfants ont grandi. Le groupe, séparé, se réunit à l'occasion de l'enterrement de Hargreeves. Les retrouvailles ne sont pas des plus heureuses, d'autant que les sept gamins ont été élevés dans le seul but d'être des héros, sans le véritable amour d'un père. Ils auraient eu besoin d'une famille, ils avaient un leader avec un nom de code... et pour tout arranger, la fin du monde est proche. Un monde qui ne mérite peut-être pas d'être sauvé.

Thierry Mornet nous l'avait annoncé sur ce blog lors d'un entretien, c'est aujourd'hui chose faite : le premier tome de Umbrella Academy vient de débarquer en France, chez Delcourt, il y a quelques jours.
Le scénario est signé Gerard Way, un nom déjà connu sans doute par certains puisqu'il s'agit du leader du groupe My Chemical Romance. Et pour un coup d'essai, le type frappe fort. L'univers dépeint flirte avec un steampunk soft et le vraiment bizarre ; les héros se battent contre la Tour Eiffel, utilisent des gadgets improbables et affrontent finalement une Viole Blanche qui pourrait bien, par ses notes, anéantir le monde. Mais une fois passée la découverte de cet univers excentrique, l'on finit par découvrir des personnages troublants, minés par une enfance sacrifiée, des souvenirs difficiles, des non-dits, des manques affectifs... le pudique voile de l'étrange se lève alors pour dévoiler le parcours des héros, les noms sous les pseudos et les coeurs sous les costumes.
Tout n'est néanmoins pas révélé à la fin de ce premier arc en six parties et de nombreuses zones d'ombres concernant le passé de ces protagonistes si attachants restent encore à éclaircir. Les pistes ne manquent pas, l'assassinat de JFK étant même brièvement évoqué. La suite a d'ailleurs déjà été publiée, aux Etats-Unis, chez Dark Horse.

Les dessins sont l'oeuvre de Gabriel Bã dont le style, non réaliste, rappelle celui de Mignola. La ressemblance ne s'arrête pas aux traits puisque le coloriste, Dave Stewart, a notamment travaillé sur Hellboy. Le genre est particulier mais loin d'être désagréable, d'autant qu'il n'est pas fait, ici, un usage excessif des fameux effets de contraste à grands coups d'aplats noirs (une technique difficile que certains, parfois, utilisent à mauvais escient). Bref, l'aspect visuel ne manque ni de charme ni d'originalité, deux qualités indispensables pour représenter l'univers baroque de Way (qui dessine d'ailleurs lui-même très bien et est à l'origine de l'aspect général des personnages).
Notons également les covers, dans un style différent mais fort beau, de James Jean, déjà apprécié pour ses couvertures sur Fables.

L'édition française ne manque pas de bonus. Tout d'abord une courte histoire de deux planches, destinée à l'époque à faire naître l'intérêt pour la série via le Net. Vient ensuite un épisode de 12 planches, distribué gratuitement lors du Free Comic Book Day (signalons l'honnêteté de l'éditeur qui, contrairement à la sandwicherie, utilise le matériel gratuit comme véritable bonus). L'on trouve encore une postface de Scott Allie, responsable éditorial, un petit topo sur les auteurs et, enfin, un carnet de croquis contenant du matériel publicitaire ainsi que les premières ébauches, commentées, des personnages. Un travail sérieux et soigné donc, comme très souvent avec Delcourt.
La couverture est en dur, le papier glacé, et le tout ne vous en coûtera qu'un peu moins de 17 euros.

Une saga riche et intrigante, mariant l'extravagance à une grande sensibilité.