28 mai 2009

Beaucoup de Bruit pour Rien ?

Le premier tome VF de The End League (intitulé "Beaucoup de bruit pour rien") nous plonge dans un monde où les héros sont fatigués et les vilains au top.

En mai 1962, Astonishman a provoqué la fin du monde. D'un monde en tout cas. Pour les survivants, il reste un héros, mais lui sait. Il sait qu'il porte une lourde responsabilité : n'avoir pas pu éviter la catastrophe verte. Une explosion qui tua trois milliards d'humains et provoqua la mutation d'environ 1% des rescapés. En Chine, un homme se change en verre, à New York, une femme peut ériger un mur de glace, à Tokyo, un type peut ramener les morts à la vie. Partout, ils émergèrent.
Et presque tous décidèrent d'utiliser leurs pouvoirs à des fins personnelles. Pire encore, la ligue de vertu qu'Astonishman décida de mettre en place fut quasiment anéantie le jour de l'Annihilation. Le monde appartenait dorénavant aux vilains et les héros se cachaient, en Australie, dans la bien nommée forteresse de solitude.
Le monde est à l'agonie. Les héros sont impuissants et limitent leurs actions à quelques raids leur permettant de trouver de la nourriture. C'est la fin. C'est aussi l'avènement de la End League.

Eh bien malgré un titre assez mal choisi pour ce premier volume français, voilà un comic qui mérite que l'on s'y attarde un peu. The End League est publié chez Akileos, une maison déjà évoquée ici à l'occasion de chroniques sur Strangehaven ou Tim Sale. Ce premier tome regroupe quatre épisodes. L'on peut regretter l'absence de sommaire précis ou la non publication des covers originales. Mais bon, intéressons-nous plutôt à l'histoire. Elle est signée Rick Remender (Punisher War Journal, Wolverine) et s'inscrit pleinement dans le genre super-héroïque, à tel point que de nombreux personnages sont en fait des références appuyées à de vieilles connaissances : l'on peut reconnaître une Emma Frost, un Ghost Rider, un Superman, un Joker, Thor (sous son vrai nom, les dieux étant depuis longtemps tombés dans le domaine public (quelle déchéance !)). Si Remender réussit un exploit, c'est celui d'amalgamer, plutôt habilement, un tas de clichés mais aussi un nombre impressionnant de supposées transgressions : le héros coupable, le couple lesbien, la scène de viol "hardcore", bref, un panel presque exhaustif de ce qui peut faire "tendance" et "adulte".

Dit comme cela, c'est assez peu engageant. Pourtant, il ne manque pas grand-chose pour que cette histoire devienne culte. Les dialogues notamment sont plutôt bien pensés, avec ce qu'il faut de recul et d'humour. La noirceur du récit est cependant parfois trop artificielle pour que l'on y adhère sans broncher. Ce n'est ni totalement sérieux, ni franchement parodique, et à trop jouer sur tous les tableaux, le scénariste finit par perdre un peu en puissance ce qu'il gagne en clins d'oeil. Les habitués de Marvel et DC se sentiront chez eux mais peineront sans doute à s'attacher à des personnages et situations qui se résument à un collage, plutôt réussi, de clichés.
Sur la quatrième de couverture (qui contient une faute dès le premier mot, record battu), l'on compare cette saga à un croisement entre Le Seigneur des Anneaux et Watchmen. Ouf ! Rien que ça. Heu, ça n'a rien à voir, évidemment, mais on sent que le type qui a rédigé ça avait envie de ratisser large. Un conseil pour le tome #2 : citer aussi Les feux de l'amour, La croisière s'amuse, Plus Belle la Vie, Dragon Ball, Par où t'es rentré on t'a pas vu sortir (sisi ça existe) et le film de cul de Laly de Secret Story. Là, on est sûr que ça conviendra à tout le monde ou presque.
Les dessins sont de Mat Broome, un artiste ayant bossé chez Marvel dans les années 90. C'est joli, détaillé, sans grand défaut, bref, plutôt bon. Il faut signaler, pour être honnête, que ce premier opus contient une "galerie" qui se résume à trois dessins sur deux pages. Mieux que rien mais pas de quoi pavoiser.

Une sorte de mélange de ce qui a bien marché ces dernières années. La série n'est pas mauvaise mais a du mal à se démarquer et créer ses propres références. Suite prévue en France fin 2009.

- On s'est bien marré quand on était jeunes, pas vrai ?
- Marré ? Espèce de taré... tu as tué ma femme !
- Oh, allez, ce n'était pas une très bonne épouse... elle avait de tout petits nibards.
Un trait d'humour du Smiling Man, sous la plume de Rick Remender.