04 mai 2009

Powers : retour de la série en VF

La très bonne série Powers se voit enfin dotée d'une suite en version française.

Après les trois premiers tomes, publiés voici quelques années par Semic, Panini prend la relève pour ce quatrième volume de Powers et s'engage d'ailleurs à faire son possible pour rattraper le retard accumulé par rapport à la VO. J'avais un peu parlé de cette série ici mais, si vous avez raté le début, je vous conseille surtout d'aller jeter un oeil sur le petit guide concocté par Matt.
Premier bon point pour Panini, l'éditeur s'est fendu d'un résumé, succinct mais utile, des épisodes précédents. Deuxième bon point, c'est Jérémy Manesse qui se charge de la traduction, ce qui nous évite les dérapages de certaines spécialistes en bourdes et maladresses. Enfin, la tranche du comic, à dominante noire, ne devrait pas trop dépareiller votre collection, ce qui est toujours ça de pris. ;o)

Le scénario, de Brian Michael Bendis (Torso, House of M, Daredevil, Total Sell Out, Ultimate Spider-Man, New Avengers...), est sans doute le plus sombre depuis le début de la série. Christian Walker - flic et ex super-héros ayant perdu ses pouvoirs - et sa coéquipière Deena Pilgrim enquêtent sur une série de morts violentes décimant le groupe ultra-médiatisé des FG-3. Très vite, l'affaire leur est retirée et passe sous la juridiction fédérale. Malgré tout, Walker va se retrouver impliqué personnellement et sera amené à prendre une décision radicale pour la suite de sa carrière.
Les dessins sont toujours assurés par Michael Avon Oeming (Thor, Omega Fligth, Red Sonja). Même style très cartoonèsque, ce qui n'empêche pas l'émotion ou même quelques scènes assez gore.

Ces six épisodes permettent de creuser un peu le passé de Walker mais, même si le personnage prend une certaine épaisseur, il reste encore bien des mystères à éclaircir sur son ancienne vie. Sa relation avec la très piquante Deena est plus tendue (il faut dire que les circonstances ne se prêtent pas vraiment à la rigolade) et du coup, l'humour est moins présent dans cet arc. Les auteurs dénoncent un système médiatico-commercial qui s'emballe et finit par devenir dangereux. Flics, avocats, attachés de presse, super-héros, journalistes, tous agissent avec un certain cynisme, n'hésitant pas à se servir les uns des autres pour arriver à leurs fins.
D'une certaine façon, pour le côté piquant des dialogues (en moins trash quand même) et la déconstruction du mythe super-héroïque, l'on peut rapprocher Powers du The Boys de Ennis. Après le héros à problèmes, imposé par Lee dans les années 60, l'on se dirige tout doucement vers le héros désabusé, produit marketing dépouillé de ses nobles intentions et utilisé par l'état, la presse ou les multinationales. Les costumes et les noms ronflants demeurent pour amuser ou fasciner le grand public mais l'homme sous le masque s'est fait une raison en admettant qu'il ne pouvait combattre, malgré ses pouvoirs, ni les dollars ni la télévision. La scène finale, où Walker se recueille près d'une statue, déjà taguée, sous un ciel noir et menaçant, est révélatrice. Les grands idéaux sont morts. Le réalisme a rattrapé les Capes. Les super-héros se suicident ou se font arracher des membres qui ne repoussent pas. Il faut maintenant s'en arranger, même si l'avenir paraît bien sombre.

Une série culottée et profonde, douce par son graphisme mais très acide dans son propos. Une précision cependant, il est préférable d'avoir lu le début pour réellement profiter de cette histoire, les protagonistes notamment se construisant par petites touches au fil des épisodes.

"Le monde est en train de s'écrouler... et je ne sais pas quoi faire."
Inspecteur Christian Walker, anciennement Diamond, sous la plume de Bendis.