26 octobre 2011

Battle Pope : la série qui donne envie de devenir Pape

Gros plan aujourd'hui sur Battle Pape, l'adaptation française de la série déjantée de Kirkman.

Le jour du jugement est enfin arrivé et le verdict de Dieu est implacable : l'humanité est recalée ! Sans religion, le monde est voué à sa perte, d'autant que les hordes infernales ont débarqué et que les démons côtoient maintenant les humains...
Lucifer, autrefois banni du paradis pour rébellion, est bien décidé à prendre sa revanche en volant le halo de saint Michel.
Heureusement, les forces du bien ont encore un champion : Oswald Léopold II, souverain pontife musclé et rock n'roll. Ce pape là fume, picole, se tape des tonnes de gonzesses, mais c'est le seul héros qui peut encore prétendre mettre au pas les armées de Lucifer.
Bientôt, le pape va être rejoint par Jésus en personne et même le Père Noël. Et la cohabitation n'est pas toujours facile...

Le titre était précédé d'une réputation plutôt sympathique, le voilà maintenant disponible en VF depuis quelques mois. Au scénario l'on retrouve Robert Kirkman (Walking Dead, Brit, Invincible, Haunt, Marvel Zombies, The Astounding Wolf-Man), alors que les dessins sont réalisés par son vieux compère, Tony Moore.
Abordons tout de suite le sujet qui fâche : la réalisation technique des éditions Stara. Pour une fois, ce n'est pas la traduction qui est en cause mais la qualité d'impression. Cette série a en fait été publiée une première fois aux Etats-Unis en noir & blanc, puis une version colorisée est parue chez Image. On aurait pu penser que l'on allait bénéficier de cette dernière mouture, et d'une certaine façon c'est le cas, mais l'éditeur a opté pour un choix des plus étranges en nous livrant une version noir & blanc... à partir des planches colorisées ! Evidemment, ce n'est pas du tout prévu pour et, tout aussi évidemment, le rendu est exécrable. L'ensemble est si sombre que certaines cases sont à la limite de la lisibilité. 
Le seul moment où l'on peut se reposer les yeux, c'est lors d'une courte scène parodique dans laquelle le pape fait un cauchemar "en manga" (et donc en vrai noir & blanc) après avoir bouffé des sushi. Etant donné le prix tout de même très élevé de l'ouvrage (près de 30 euros), cette dégradation du matériel original est franchement regrettable.

Heureusement, ce Battle Pape présente également de nombreux points positifs. Son épaisseur tout d'abord. Avec plus de 360 pages, l'on a largement de quoi passer un bon moment. Contrairement à ce que l'on pourrait croire (ou craindre), il ne s'agit pas d'une charge contre l'Eglise mais bien d'une comédie, certes délirante mais presque bon enfant sur le fond. Et surtout, c'est souvent réellement drôle. 
Bien sûr, certains passages peuvent être parfois un peu plus faibles, mais l'ensemble tient largement la route. Le tandem Pape/Jésus est d'ailleurs particulièrement bien trouvé. Si le premier est obsédé sexuel et à moitié alcoolo, le second est d'une naïveté incroyable (certains pourront même aller jusqu'à dire qu'il est con comme un balai), ce qui engendre les scènes ou répliques les plus réussies. Le coup du "je vais avoir un petit frère" ou la découverte du café sont par exemple franchement savoureux. Certains gags sont très visuels (l'expressivité des visages de Moore est excellente) et les meilleurs moments résident finalement dans la cohabitation improvisée entre Oswald et Jésus, surtout lorsqu'il faut faire la vaisselle ou ranger les fringues.
Les démons et autres saloperies ne sont pas en reste, les frères Zombies notamment, qui, s'ils sont stupides comme la plupart de leurs congénères, sont doués de la parole.

A qui est destiné ce comic ? Certainement pas aux enfants. Même si l'on est très loin du trash d'un Ennis, ça cause gras, ça nique dans tous les sens (et avec n'importe qui, beurk), bref, mieux vaut éviter de glisser ça entre deux Astérix pour l'anniversaire de votre petit neveu de huit ans. Pour ceux qui ne connaissent Kirkman que par le biais de sa série culte, Walking Dead, c'est l'occasion de découvrir une autre facette de l'auteur, déjà toutefois entrevue lors de la parodie, courte mais bien barrée, qui avait été publiée dans Les Chroniques de Spawn #35
Et si vous avez un ami curé, vous savez maintenant quoi lui offrir pour Noël (si vous n'en avez pas, il vous reste deux mois pour aller traîner dans les églises). ;o)

Une série sans prétention, à la fois drôle et originale, qui souffre d'un traitement technique déconcertant mais demeure néanmoins un investissement conseillé, même si vous avez raté les dernières JMJ.