06 novembre 2009

Angoisse au fond des mers

Une excellente mini-série, Namor - Voyage au fond des mers, débarque dans la collection Marvel Graphic Novels. Ne vous laissez pas abuser par le titre, l'atlante, bien qu'au centre des préoccupations, est relativement peu présent dans ce thriller des profondeurs.

1950. Randolph Stein est un éminent scientifique et un explorateur expérimenté. Il vient de rentrer de l'Himalaya où il a réuni assez d'éléments pour démontrer que l'abominable homme des neiges n'existait pas. Après l'une de ses conférences, on lui propose une autre mission : s'attaquer au mythe de l'Atlantide. Et découvrir ce qui est arrivé à la précédente équipe dont le dernier message était plus qu'inquiétant.
Stein accepte et embarque à bord du Platon, un sous-marin des plus modernes pour l'époque.
Alors qu'ils approchent de la fosse des Mariannes, les hommes d'équipage sont de plus en plus nerveux. Au-delà, il n'y a que les Eaux Noires. Une terra incognita dont on dit qu'elle est protégée par Namor. Certains prétendent même que le Titanic a coulé parce que l'un des passagers possédait une carte qui datait de l'antiquité et qui embarrassait le souverain des Mers. L'esprit cartésien de Stein affronte alors les superstitions des marins. La tension monte tandis que le submersible s'enfonce plus profondément dans les ténèbres.
Mais l'homme est-il vraiment fait pour ce monde froid et noir ? Le bon sens peut-il tenir longtemps contre l'angoisse des profondeurs ? Stein va bientôt réaliser qu'il est des mythes dont il vaut mieux ne jamais s'approcher.

Eh bien voilà la très très bonne surprise du mois ! Au départ, je ne vous le cache pas, un récit sur Namor ne m'attirait pas plus que ça. Et c'est d'abord le dessinateur, Esad Ribic, qui m'a convaincu de regarder d'un peu plus près ces cinq épisodes. L'artiste avait déjà fait largement la preuve de son talent sur Loki ou Silver Surfer : Requiem, il confirme ici son exceptionnelle facilité à rendre ses planches aussi expressives que fascinantes.
Les vues du fond des océans sont notamment parfaitement maîtrisées, Ribic parvenant à rendre l'impression de gigantesque masse liquide et de profondeur abyssale au travers d'éclairages diffus, de silhouettes et autres jeux d'ombres. Le sous-marin, avec ses recoins et son éclairage blafard, prend lui aussi très vite des allures inquiétantes. Quant à Namor, il a rarement été aussi impressionnant (bien autre chose que la version de Maleev que l'on a pu voir récemment dans Dark Reign).
Autrement dit, du point de vue visuel, c'est un pur régal.

Et comme il ne s'agit pas juste d'un artbook, c'est là que Peter Milligan (Toxin) entre en scène. L'auteur va faire lentement monter la tension et mettre à profit le stress particulier découlant du confinement des protagonistes. Tout au long du récit, Milligan joue habilement sur les légendes aussi bien que le possible délire des personnages, faisant naître ainsi le doute chez le lecteur qui ne sait jamais s'il faut pencher pour les explications rationnelles ou la possibilité de l'incroyable existence de l'Atlantide.
Au final, l'on aboutit à une ambiance tendue et effrayante qui dépasse en intensité les ouvrages de la collection Dark Side, pourtant censés nous faire frissonner. Ajoutons à cela que l'accessibilité pour les nouveaux lecteurs est totale, Namor n'étant ici finalement qu'un prétexte pour rattacher à l'univers Marvel une histoire qui échappe totalement au genre super-héroïque classique.
La traduction de Sophie Watine-Vievard s'avérant correcte, c'est une raison de plus de s'embarquer pour cet étrange voyage, avec un ticket à 17 euros tout de même. Reste que si les amateurs se cantonnent au titre et à la cover, ils risquent de se priver d'une très belle mini-série.

Une histoire originale et très efficace servie par de sublimes graphismes.

- Vous ne devriez pas être en train de manoeuvrer le vaisseau Nelson ?
- Au début, il s'agit juste de se laisser couler. Mon salaire, je le gagne en remontant.
- Ah. Parfait. C'est incroyablement beau ici. L'eau est si limpide, si translucide.
- Profitez-en Doc. Bientôt, il fera bien plus noir...
Stein et Nelson, sous la plume de Peter Milligan.