30 novembre 2009

Sur les traces de Straczynski - 3 : Parmi les Etoiles

Troisième et dernière partie des chroniques spécialement consacrées à Straczynski avec cette fois un coup de projecteur sur Rising Stars.

1969. Une météorite tombe non loin de Pederson, petite ville de l'Illinois. Une énergie inconnue se dégage alors, affectant 113 foetus. Une fois nés, les enfants développent différents pouvoirs. Certains volent ou sont invulnérables, d'autres peuvent marcher dans les rêves, parler aux morts ou maîtriser le feu.
Le gouvernement tente alors de les regrouper afin de les étudier et, surtout, de les contrôler. Les autorités ne peuvent pourtant indéfiniment les retenir contre leur gré et, peu à peu, tous vont partir mener leur vie comme bon leur semble. Certains rentrent dans les forces de l'ordre, d'autres sont plutôt considérés comme des criminels, mais la plupart mènent une vie paisible, ont un emploi, des enfants...
Jusqu'au jour où quelqu'un se met en tête de les éliminer, en commençant par les plus faibles. Pour John Simon, alias le Poète, il est évident que le meurtrier est l'un des leurs. Reste à connaître ses motivations.
Pour les Spéciaux de Pederson débute alors une lutte qui changera à jamais la face du monde.

Avec Rising Stars, J.M. Straczynski nous livre une oeuvre ambitieuse et résolument optimiste. De par l'ampleur du propos, l'intrigue et son déroulement mais aussi certains détails, comme l'enquête sur le tueur ou le carnet du Poète, l'on peut voir certaines similitudes (réelles celles-ci, contrairement à celles inventées pour la promotion de Black Summer) avec Watchmen. La scène du cimetière, sous la pluie, peut également être perçue comme un clin d'oeil à cette oeuvre jusque dans certains choix au niveau des angles de vue. Bien entendu la comparaison s'arrête là et l'auteur développe ses propres thèmes.
Il faut noter l'extrême sensibilité avec laquelle sont décrit les Spéciaux. Certains prennent une réelle épaisseur et s'avèrent touchants après seulement quelques planches, voire quelques cases. Les relations entre ces gamins à la destinée exceptionnelle mais aussi le rejet dont ils font l'objet permettent de traiter des "pouvoirs" sous un angle réaliste tout en introduisant des questionnements qui s'étendent bien au-delà du super-héroïsme classique. Qu'est-ce qui fait de vous un être à part ? Comment utiliser un don au mieux ? Comment concilier le fait de vouloir se prémunir de gens aux capacités exceptionnelles et le respect des droits fondamentaux ?
D'une certaine façon, Straczynski pose ici entre autres la problématique qui sera, des années plus tard, au centre de Civil War.

Le récit peut se diviser en trois époques bien distinctes : l'enquête du Poète, qui permet de revenir sur l'enfance des Spéciaux, l'affrontement dû à une conspiration que je ne dévoilerai pas en détails, et enfin un troisième acte, quelque peu naïf bien qu'émouvant.
Il est amusant de constater que Straczynski va donner ici une réponse valable à une question qui revient souvent lorsque l'on parle de super-héros : pourquoi le monde ne devient-il pas meilleur dans des univers où tant de gens ont des capacités extraordinaires ? La réflexion de Jason Miller (Patriot, anciennement Flagg) est à ce titre révélatrice du sentiment d'impuissance qui peut résulter de la terrible constatation que force, vitesse ou magie ne peuvent résoudre instantanément des problèmes humains complexes.
Nous sommes donc loin du justicier sans peur et sans reproche ou des menaces basiques expédiées à coups de baffe. Là encore, Straczynski, plutôt que de nous assener son opinion sur un sujet particulier, va subtilement émettre l'idée que le pouvoir ne résout rien sans volonté de changer les choses, sans prise de conscience, sans ce qui fait le héros : l'abnégation et le don de soi.
Et c'est un pur bonheur, pour le lecteur habitué aux leçons de morale visant des cibles faciles désignées à la vindicte populaire, de voir un auteur évoquer un humanisme pragmatique débarrassé de ces vieilles rancoeurs politiciennes et du radotage pavlovien propre aux illuminés qui ne réfléchissent que dans l'absolu, sans jamais tenir compte de la possible application concrète de leurs "idées" issues d'un prêt-à-penser absurde mais toujours prompt à fédérer les amateurs de bonne conscience bradée rapidement.

Niveau dessin, c'est plutôt sympathique mais il y a du monde (que je me dois de citer) : Keu Cha, Christian Zanier, Ken Lashley, Stuart Immonen et Brent Anderson. Si vraiment on veut chipoter, on peut regretter une certaine ressemblance physique entre certains personnages. M'enfin, il y a suffisamment de bonnes choses dans ces épisodes pour que l'on ne se focalise pas là-dessus.
La saga a été éditée en France, en quatre volumes, par Semic.
Et étant donné qu'on les trouve encore facilement d'occasion à des prix raisonnables, il serait dommage de passer à côté de ce titre qui démontre, si cela était encore nécessaire, que les comics de super-héros peuvent être tellement plus que de simples bastons en pyjama.

"Craignez de mourir, tant que vous n'avez pas remporté une victoire pour l'humanité."
Horace Mann

Sur les traces de Straczynski #1 : Et si l'espoir n'était qu'un leurre ?
Sur les traces de Straczynski #2 : Toiles & Totems

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