25 septembre 2007

Le Compagnon du Vide

L'univers Marvel regorge de créatures cosmiques aux pouvoirs immenses et à la notoriété aléatoire. Même la Mort, la dulcinée de Thanos, est incarnée dans une sorte d'entité terrifiante dont les capacités (et la psychologie) n'ont que très peu de rapport avec les personnages traditionnels qui peuplent nos comics. Aussi, ces dieux et autres monstres métaphysiques restent-ils plutôt en marge de la terre 616. Tous à part peut-être ce brave Silver Surfer.

Bon, avouons-le tout de suite, ce n'est pas le seul être exceptionnel que les scénaristes aient tenté d'intégrer durablement à la vie quotidienne terrienne. Thor aussi reste un personnage difficilement maniable si l'on veut éviter les anachronismes (ou au moins un sentiment de désarrois chez le lecteur) et le syndrome de la surpuissance (rencontré il est vrai avec des personnages autres, tel que Sentry, mais lui a l'avantage d'être un homme avec des problèmes très concrets et une psyché bien humaine). Mais même Thor a des origines connues de tous et prenant racine dans la mythologie nordique. Le Surfer, lui, arrive donc comme un cheveu sur la soupe, plus habitué qu'il est au vide spatial qu'aux ruelles de New York.

La création même du Surfer ne tient pas à grand chose. L'anecdote est bien connue de nos jours : Stan Lee a l'idée d'une confrontation entre les Fantastic Four et Galactus, un dévoreur de planètes du genre costaud. Jack Kirby, selon le "marvel way" de l'époque, crée de lui-même une bonne partie du scénario dont le personnage du Surfer. Même la fameuse planche, si emblématique, n'est, à l'origine, qu'une facilité, Kirby décidant de ce moyen de locomotion, en grande partie, pour des raisons pratiques (de son propre aveu).
Bizarrement, Lee est emballé par ce personnage. Il lui manque pourtant ce côté humain, réaliste, ces problèmes quotidiens qui ont fait le succès de héros comme Spidey ou les X-Men. Pire, le Surfer se révèle bien vite larmoyant et donneur de leçons (sur wikipedia, source pourtant loin d'être toujours fiable, on peut noter qu'on le compare fort justement à un "hippie des années 60 à qui il doit son caractère pontifiant et moralisateur").
L'accueil est mitigé aux US mais le personnage fait recette en France (ah ben, pensez donc, un type qui donne des leçons au monde entier sans pour autant en comprendre les rouages, ça ne pouvait que fonctionner ici...en fait, on aurait pu l'appeler le French Surfer ;o)).

Origines spéciales donc. On est loin d'un Daredevil ou d'un Wolverine. L'identification est-elle pour autant impossible ? Difficile à affirmer, mais elle reste au moins peu évidente. Après tout, il s'agit là d'un être dont le quotidien est (ou a été) les voyages intersidéraux. Alors que Spidey est, à l'époque, un ado complexé et que Wolvie est un gros rustre, que faire de cet extraterrestre investi de la conscience cosmique ? Impossible en tout cas de lui filer une identité "civile" et de le bombarder reporter ou avocat.

Les réponses modernes semblent donner deux pistes :

- L'intégration aux grandes sagas cosmiques
Au moins, là, le Surfer est à sa place (même si, justement, il perd de sa spécificité). On a pu le voir jouer un rôle dans Annihilation mais aussi, avec une apparition moins longue mais plus réussie, dans Planet Hulk. Il rejoindrait alors le panthéon des entités "à manier avec précaution" et n'intervenant que très peu dans le destin de la terre 616.

- Le "E.T." de service pour les arcs plus "terriens"
Ce rôle a le mérite d'être original comme on peut le voir dans le relaunch de sa série (le volume IV en fait, paru en France en 100% Marvel) où il apparaît à la fois comme un personnage cosmique, très axé SF donc, et une menace terrienne "traditionnelle" et acceptable, au moins au niveau de l'inconscient collectif ou des légendes urbaines (les premiers épisodes notamment exploitent parfaitement cet aspect étrange et inquiétant).

Ces sagas récentes ne laissent pourtant pas notre grand machin argenté indemne. Il semble finalement bien fragile dans Planet Hulk et plutôt insensible et borné, puis franchement instable, dans Revelation. En gros, voilà le détenteur de la conscience cosmique ne rechignant pas à enlever des gamins à leurs parents (pour leur bien parait-il, ils disent tous ça non ?) puis se transformant en nunucheux éploré parce qu'une terrienne lui rappelle son premier amour...un peu léger pour un type censé avoir assisté à la naissance et (surtout) à la mort de bien des mondes. En fait, il semble n'avoir pas retiré grand chose de tout cela, ni compassion (d'où sa froideur) ni sagesse (d'où sa facilité à se laisser guider par le sentiment dominant du moment).

Voilà où nous en sommes, impossible de faire de Norrin Radd un "Clark Kent" marvellien, sa manière de penser et son passé en faisant un être bien trop à part, mais impossible également de s'en détacher tout à fait tant il semble manifester un intérêt particulier pour les habitants de notre planète. Plutôt les habitantes d'ailleurs pour être exact, comme quoi, l'on peut se la jouer en surfant entre deux galaxies, au final, il ne reste bien que le sexe...enfin, heu, l'amour...heu...ben, en tout cas, il ne semble pas insensible à nos produits locaux disons. ;o)
Sorte de Dr Manhattan du pauvre, ni totalement détaché des aspirations humaines, ni franchement intégré à la pourtant bigarrée communauté super-héroïque, le Surfer reste une sorte d'énigme romantique, personnage tourmenté et esthétiquement séduisant mais au final laissant un goût d'inachevé et un charisme entre deux chaises.

ps : la cover de Paolo Rivera (qui illustre cet article), bien que fort jolie, me semble présenter un défaut évident, saurez-vous trouver lequel ? (lol, je fais des jeux comme dans Mickey Parade maintenant)