Sur les traces de Bendis
Le point sur la carrière et les oeuvres marquantes de l'un des scénaristes phare du marvelverse, Brian Michael Bendis.
En quelques années, Bendis s'est imposé dans le monde des comics comme l'un des auteurs incontournables. Particulièrement productif, passé maître dans l'art du dialogue, ses détracteurs lui reprochent une tendance à "délayer" ses histoires. Comme tout écrivain, il a ses coups de génie et ses périodes plus creuses, mais limiter son apport à la bande dessinée en le caricaturant comme simplement bavard et étirant en longueur ses récits semble très réducteur, surtout au regard de son oeuvre.
Bendis commence sa carrière non pas en tant que scénariste mais comme dessinateur dans des journaux locaux ou magazines pour lesquels il effectuera diverses illustrations, notamment des caricatures (ce côté plus fantaisiste de sa personnalité peut se retrouver
notamment dans Total Sell Out, malheureusement inédit en VF). C'est tout d'abord chez Caliber Comics, puis Image, qu'il va se faire connaître en tant qu'auteur de polars.
notamment dans Total Sell Out, malheureusement inédit en VF). C'est tout d'abord chez Caliber Comics, puis Image, qu'il va se faire connaître en tant qu'auteur de polars.Si Goldfish semble souffrir de quelques défauts mineurs malgré une réelle maîtrise, d'autres oeuvres, comme Torso, démontrent l'étendue du talent du bonhomme. Ce dernier récit puise aux sources du roman noir et présente la particularité de se référer à des évènements historiques et à l'une des premières affaires de crimes en série.
C'est un peu dans la même lignée que Sam & Twitch, spin-off de la série Spawn, va s'inscrire, Bendis déplaçant sa thématique policière et sombre dans un univers fantastique et super-héroïque, un procédé qui fera d'ailleurs partie de sa marque de fabrique et se retrouvera notamment dans Powers, une série d'une exceptionnelle maturité, dont les personnages, à la psychologie fouillée et aux failles assumées, contrastent très fortement avec l'aspect cartoony de l'ensemble.
C'est en arrivant chez Marvel que Bendis va se faire connaître d'un plus large public. Son rôle au sein de la Maison des Idées, ces dernières années, est si crucial qu'il deviendra l'un des architectes de cet univers.
L'auteur contribue tout d'abord au lancement - et au succès - de la gamme
Ultimate. Sa collaboration, avec Mark Bagley, sur Ultimate Spider-Man, s'avère aussi longue que réussie. Le tandem va revisiter les jeunes années du Tisseur en mélangeant humour, drame et petites entorses (souvent ingénieuses) à la version classique, que ce soit dans le rôle de certaines protagonistes ou la conclusion de sagas importantes.
Ultimate. Sa collaboration, avec Mark Bagley, sur Ultimate Spider-Man, s'avère aussi longue que réussie. Le tandem va revisiter les jeunes années du Tisseur en mélangeant humour, drame et petites entorses (souvent ingénieuses) à la version classique, que ce soit dans le rôle de certaines protagonistes ou la conclusion de sagas importantes.C'est cependant sur Daredevil, aux côtés de Alex Maleev, que Bendis signe l'un de ses runs les plus aboutis. Il offre au Diable Rouge une descente aux enfers qui n'est pas s'en rappeler le traitement que, jadis, lui infligea Frank Miller. Il ira même jusqu'à dévoiler sa véritable identité et le livrer ainsi en pâture aux media autant qu'aux criminels.
Toujours dans les apports fondamentaux de Bendis, il faut également signaler la série Alias, l'une des plus réussies de la gamme Max (le label adulte de Marvel). Là encore, le scénariste renoue avec le mélange de genres qui lui réussit tant - polar et super-héroïsme "light" - et met en scène l'un des nouveaux personnages les plus attachants de ces dernières années : Jessica Jones, une ex héroïne devenue détective privée.
Bendis va bien entendu être présent sur les gros events qui secouent régulièrement l'univers Marvel. Il met en oeuvre l'effondrement des Vengeurs et leur renaissance (cf ce Deluxe, comportant la saga Avengers : Disassembled et le début de l'on-going New Avengers), il va
écrire House of M, l'une des rares sagas importantes qui a encore des répercussions aujourd'hui, il sera également aux commandes de Secret Invasion ou, encore, signera la fin de la période Dark Reign avec la mini-série Siege.
écrire House of M, l'une des rares sagas importantes qui a encore des répercussions aujourd'hui, il sera également aux commandes de Secret Invasion ou, encore, signera la fin de la période Dark Reign avec la mini-série Siege. Son empreinte sur le marvelverse est donc énorme.
Le portrait ne serait néanmoins pas complet si l'on ne mentionnait pas ses quelques ratés. Le relaunch de Ultimate Spider-Man, après Ultimatum, ne tient pas la route en comparaison des excellents premiers arcs de la série. Etrangement, les dialogues semblent même poussifs et désagréablement répétitifs. Un défaut que l'on retrouvera également un temps sur le titre New Avengers, subissant un certain essoufflement. La mini-série consacrée à Spider Woman n'est pas non plus un modèle de réussite. Il faut savoir qu'à l'origine, c'est ce personnage (Jessica Drew) sur lequel Bendis voulait travailler juste avant de créer, presque par dépit, Jessica Jones. Peut-être ses meilleures idées étaient-elles épuisées lorsqu'on lui autorisa enfin à s'emparer du destin de la jolie femme araignée. Pour compléter le tableau, Halo ne s'avère pas non plus très enthousiasmant et souffre de défauts rédhibitoires (personnages fort peu creusés, intrigue plate et obscure) qui sont pourtant à l'opposé de ce que l'auteur a pu démontrer à maintes reprises.
Faut-il y voir une usure prématurée, due à un rythme d'écriture éffréné ? Sans doute en partie. Le fait de devoir gérer de plus en plus de séries en parallèle n'aide évidemment pas au renouvellement et à la sélectivité. Néanmoins, il est probable que bon nombre d'auteurs seraient prêts à endosser ces quelques ratages
pour pouvoir revendiquer également la paternité de tant de runs et récits aussi inventifs que brillamment menés. La polémique sur sa tendance à rallonger "la sauce" n'a pas lieu d'être. Soit un récit est bon, et le lecteur n'a aucun intérêt à ce qu'il s'arrête prématurément, soit il ne l'est pas, et même une seule planche est alors de trop.
pour pouvoir revendiquer également la paternité de tant de runs et récits aussi inventifs que brillamment menés. La polémique sur sa tendance à rallonger "la sauce" n'a pas lieu d'être. Soit un récit est bon, et le lecteur n'a aucun intérêt à ce qu'il s'arrête prématurément, soit il ne l'est pas, et même une seule planche est alors de trop. Même s'il reste bien évidemment faillible, Bendis possède un talent exceptionnel. Il fait partie de ces rares auteurs dont on reconnait tout de suite la patte et qui vous marquent à jamais. Il est de cette caste, précieuse, qui transforme les histoires en contes et parvient à les inscrire durablement dans la mémoire collective. Il est enfin de ceux qui, peu à peu, contre tous les a priori, parviennent à faire de la bande dessinée un art reconnu. Non pas un art mineur, destiné aux enfants et aux niais, comme les media télévisés tentent encore de nous le faire croire, mais un art mature, complexe, aux possibilités infinies, pouvant rivaliser avec le roman ou le cinéma.
Si vous vous intéressez aux comics modernes, il y a peu de chances pour que vous n'ayez jamais lu du Bendis. Et si c'est le cas, je vous envie. Car il vous reste à découvrir de formidables séries.





6 commentaires:
Amen ! ;-)
Nuff said!
Bon résumé. D'ailleurs, quand je relis du Bendis, je me rends compte que ce qui fais vraiment le sel de ses récits, ce sont ses petits "à côté".
Genre comment Matt Murdock essaye de mener une vie "normale" après avoir été exposée. Ou même, je me rend compte que le pilier de la série Dark Avengers reposait sur toute la relation qui s'était bâtie entre Norman Osborn et The Sentry.
Quand on les relis, c'est flagrant. Et au final on se rend compte que c'est cette multitudes de détails qui donnait toute l'épaisseur à ses personnages.
En ce moment, il est possible que Bendis se répète un peu sur certaines de ses séries. Mais je serais tenter de lui laisser le bénéfice du doute. Avec un peu de chance, le bonhomme sait ce qu'il fait.
Tous pareil
Peut être vit il des moments durs, passager, dans sa vie, ce qui pourrait, éventuellement, nuire à la qualité de son travail?...
Je suis un inconditionnel de Bendis. Selon moi Daredevil et Alias sont ses œuvres les plus abouties.
Ce qui est amusant c’est que ses prestations sur les 2 séries datent de la même époque (Début 2000). Il a travaillé simultanément sur ces 2 titres mensuels en nous livrant, toujours et malgré tout, un boulot exceptionnel.
C’est assez rare pour être signalé.
Quand je pense que je n'ai pas la fin (et que je ne l'ai jamais lu) de son run sur Daredevil...ça me rend malade!
Je suis un novice des comics et j'ai connu Bendis et Daredevil en même temps il y a deux ans...une énorme claque!
Enregistrer un commentaire