20 octobre 2010

Supermarket : pas si super que ça...

Le nouveau Brian Wood, qui sort en France dans deux jours, s'intitule Supermarket et s'intéresse à la société de consommation et... aux yakuza !

Pella Suzuki est une adolescente un peu rebelle, consciente de son époque et dégoutée par une société injuste où l'argent est roi, où la consommation est une valeur, où tout est synthétique et industrialisé. Elle est également issue d'un milieu aisé et profite de la situation de ses parents.
Facile de donner des leçons lorsque l'on vit dans une confortable bulle.
Mais tout va vite devenir bien plus compliqué pour Pella le jour où elle rentre chez elle et découvre ses parents assassinés.
Tout s'effondre alors. Plus d'adultes pour la protéger, plus d'argent pour garantir son train de vie, plus de maison même, car les mafieux qui ont tué ses proches sont sur sa trace.
Livrée à elle-même, la jeune fille va apprendre que ses géniteurs faisaient en fait partie d'un programme de protection des témoins. En clair, c'était d'anciens criminels. Comme héritage, ils lui ont laissé quelques conseils préenregistrés et une bande de yakuza qui veulent la transformer en sushi.
Pour une fois, elle a maintenant une bonne raison de se plaindre...

Supermarket fait partie de ces comics ultra courts (dans le genre, j'aurai l'occasion de vous parler de Red, de Ellis) qui laissent un peu le lecteur sur sa faim. Le scénario est signé Brian Wood (Northlanders, DMZ), les dessins sont de Kristian Donaldson. Graphiquement, cette brève histoire ne manque pas de charme. Couleurs vives et acidulées, paysages urbains fouillés et écrasants, scènes dynamiques et personnages typés permettent de se plonger dans cet univers avec un réel plaisir visuel.
Au niveau du récit, l'impression est plus déroutante. Je n'ose croire qu'il s'agit d'une réelle critique de la société de consommation, car elle serait alors si simpliste et peu pertinente qu'elle correspondrait en fait à l'analyse... d'un enfant. Il faut espérer du coup que Wood fasse parler son personnage à travers lui et non l'inverse. Ceci dit, la ville à la fois uniformisée et compartimentée, régie par l'économie et les gangs, est plutôt bien représentée. L'on notera notamment cet épouvantable empilement vertical de restauration rapide, avec de fort drôles références, dans les noms des snacks, à certains films bien connus (Grill Bill, Food Club...).

Malgré tout, l'on ne peut s'empêcher d'avoir l'impression que l'essentiel est un peu bâclé et que l'auteur ne sait guère où il veut aller. Tout est caricatural et réduit au strict minimum, que ce soit la pègre, Pella elle-même, ou encore les relations entre les personnages. La chute est à la mesure du reste : rapide et peu satisfaisante.
En tant que polar, l'ouvrage est trop peu abouti, en tant que brulot anti-consommation, il frise le ridicule. Reste une ambiance agréable, pour l'essentiel due à Donaldson, et des remises en question certes intéressantes mais trop peu développées. Au final, Supermarket possède les défauts qu'il semble dénoncer : du vite-fait, vite-lu, vite-jeté, prêt-à-consommer flashy mais sans véritable socle narratif solide.

Un comic comparable à une glace italienne, le mélange de vanille et de fraise fait illusion un temps, mais quand on arrive au cornet, sec et sans goût, l'on se rend compte que ce n'est pas si bon que ça.
Sortie : 22 octobre.