22 octobre 2010

Superman : La Nouvelle Krypton

La collection Big Books accueille ce mois Superman : New Krypton, un crossover dans lequel l'homme d'acier retrouve, non sans heurts, quelques-uns de ses compatriotes.

Superman vient de perdre son père adoptif. Contre la peine, ses pouvoirs ne peuvent rien. Seule consolation, la cité de Kandor est maintenant sauvée. Cette dernière avait été miniaturisée par Brainiac, mais en faisant échouer les plans du criminels, Supes a permis à la ville d'échapper à son emprise.
La cité, ayant retrouvé sa taille normale, se dresse maintenant non loin de la forteresse de solitude. Elle abrite près de 100 000 kryptoniens. Et chacun d'entre eux va se voir doté des mêmes pouvoirs que Superman. Mais alors que le héros a eu des années pour apprendre à les maitriser et pour étudier les humains et leur complexe mode de vie, ces nouveaux supermen n'ont pas cette chance. Ils se retrouvent surpuissants, dans un monde inconnu dont ils ne comprennent pas les règles. Bientôt, la méfiance s'installe dans la population. Et si ces milliers de surhommes décidaient d'envahir cette planète ?
Lorsque les premiers incidents éclateront, Superman devra choisir entre sa propre civilisation et l'héritage laissé par un homme qui a fait de lui non pas simplement quelqu'un de fort, mais quelqu'un de juste.

Superman n'est pas un personnage très évident à aborder. Trop puissant, dégoulinant d'une morale simpliste et portant un costume relativement ridicule, il symbolise presque à lui seul les stéréotypes et excès du genre super-héroïque. Pourtant, lorsqu'il est correctement écrit, il peut devenir émouvant (Superman : For All Seasons) ou même quelque peu ambigu (Superman : Red Son). Tout étant en fait une question de scénariste et d'interprétation, la présence de Geoff Johns (Green Lantern Corps : Recharge, Green Lantern : The Sinestro Corps War) est plutôt de nature à rassurer le lecteur craintif. Il est accompagné par James Robinson et Sterling Gates.
Au dessin, il y a beaucoup plus de monde : Gary Frank, Pete Woods, Renato Guedes, Jamal Igle, Jesus Merino, Leno Carvalho, Steve Scott, Pere Perez et Jorge Correa Jr. Ce grand nombre d'intervenants s'explique par les séries impliquées dans l'histoire, les épisodes étant tirés de Action Comics, Superman, Supergirl, Adventure Comics et quelques numéros spéciaux. Graphiquement, le résultat reste relativement homogène et positif, avec des planches élégantes et soignées.

Le récit, même s'il reste compréhensible, fait référence à de nombreux évènements passés et implique plusieurs personnages secondaires pas forcément très connus. De plus, même s'il s'agit d'un arc "complet", le final reste très ouvert et manque cruellement d'une véritable conclusion. Tout cela rend l'ouvrage un peu moins accessible que les exemples cités plus haut. Il ne manque cependant pas d'intérêt. L'arrivée en masse de kryptoniens aux méthodes parfois bien expéditives s'avère une bonne idée, qui aurait peut-être d'ailleurs demandé à être plus exploitée. L'émotion est aussi au rendez-vous, avec un Superman bouleversé par la disparition d'un être cher. Enfin, l'enquête menée par Jimmy Olsen donne un petit arrière-goût de polar à l'ensemble qui n'est pas désagréable.
Malgré des qualités indéniables, la saga possède des limites naturelles inhérentes au fait qu'il s'agit d'un morceau de vie, arraché à la continuité, qu'il est difficile d'apprécier réellement sans le remettre dans son contexte et donc sans chercher à en savoir plus. Or, suivre la suite s'avère presque impossible étant donné, naturellement, que tout ne paraît pas en librairie et que les mensuels kiosque réservés à DC n'en sont plus là et sont, de toute façon, de moins en moins nombreux. Pas évident de déterminer quel public est alors visé (sans doute aucun, comme souvent avec Panini). Pour les nouveaux lecteurs, il ne s'agit pas d'un point d'entrée si évident que ça, et les complétistes ont dû déserter la VF depuis longtemps...
Notons, enfin, la traduction tout à fait correcte de Jérôme Wicky. J'avoue que j'aurais eu du mal à résister deux fois de suite au style coulombien.

Des épisodes plutôt agréables et bien réalisés mais qui, pris isolément, perdent de leur intérêt.